QuestionsQu'est-ce que le bonheur ?L'homme est un animal politique : on ne peut pas être heureux seul
Qu'est-ce que le bonheur ?Une affaire de société

L'homme est un animal politique : on ne peut pas être heureux seul

L'homme est un animal politique

Aristote 384 av. J.-C. · 322 av. J.-C.Observer, classer, raisonner : le bonheur par la vertu.
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Ce qu'il soutient

Le bonheur humain se vit avec les autres, dans la communauté : la cité existe « en vue de bien vivre », et un homme seul ne peut pas être pleinement heureux.

Pourquoi

Le bonheur se suffit à lui-même, et pour un être fait pour vivre avec les autres, cela inclut ses proches, ses amis et sa cité.

En bref

« L'homme est un animal politique : on ne peut pas être heureux seul » est un argument d'Aristote (Éthique à Nicomaque I, 7 (1097b) ; Politique I, 2 (1253a)) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : une affaire de société). Sa thèse : Le bonheur humain se vit avec les autres, dans la communauté : la cité existe « en vue de bien vivre », et un homme seul ne peut pas être pleinement heureux. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Éthique à Nicomaque I, 7 (1097b) ; Politique I, 2 (1253a)
Valide avec une prémisse implicite

Quand Aristote cherche ce qu'est le bonheur, il dit qu'il doit « se suffire à lui-même ». On pourrait croire que cela veut dire : vivre seul, sans rien devoir à personne. Il répond le contraire. Pour lui, l'être humain est fait pour vivre en communauté ; un bonheur qui se suffit, c'est donc un bonheur partagé avec ses parents, ses enfants, ses amis et ses concitoyens. Celui qui n'a besoin de personne n'est pas un sage au-dessus des autres : c'est « une bête ou un dieu ».

P1Le bonheur est le bien parfait, et le bien parfait se suffit à lui-même : rien d'autre ne lui manque pour rendre la vie désirable.
P2Se suffire, pour un être naturellement fait pour la cité, ne veut pas dire vivre seul et isolé : cela inclut ses parents, ses enfants, sa femme, ses amis et ses concitoyens.
P3Celui qui ne peut pas vivre en société, ou qui n'en a pas besoin parce qu'il se suffit à lui-même, n'est pas une partie de la cité : c'est une bête ou un dieu.
P4 · prémisse impliciteLes êtres humains ordinaires ne sont ni des bêtes ni des dieux.
Donc le bonheur humain se vit avec les autres, dans la communauté : la cité existe « en vue de bien vivre », et un homme seul ne peut pas être pleinement heureux.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, rien n'exclut qu'un être humain soit en fait un « dieu » qui n'a besoin de personne : l'ordinateur trouve alors un cas où l'on se suffit à soi-même sans vie commune.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P4. Si l'on ne peut pas être sans cité sans être bête ou dieu (P3), et si nous ne sommes ni l'un ni l'autre (P4), alors nous sommes faits pour la cité. Le bonheur se suffit (P1), et pour un tel être se suffire inclut les autres (P2) : le bonheur suppose donc une vie commune. Les objections visent P2 (est-on vraiment sociable par nature ?) et la place des autres dans le bonheur du sage.
Analogie. Un joueur de football seul avec un ballon peut s'entraîner, mais le jeu, ses règles, ses exploits n'existent qu'à plusieurs. Pour Aristote, la vie humaine à son meilleur ressemble au jeu : elle ne se joue pas seul.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Aristote lui-même (Éthique à Nicomaque X, 7) 350 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Dans le dernier livre de l'Éthique, Aristote dit que la vie du sage qui contemple la vérité est la plus autosuffisante : l'homme juste a besoin de gens envers qui être juste, mais le sage peut contempler « même seul », peut-être mieux avec des collaborateurs, mais sans en dépendre. Le bonheur parfait semble donc le moins lié aux autres.

un défenseur répond
Aristote (même livre, X, 8) défenseur de l'argument · 350 av. J.-C.
Aristote ajoute que le contemplatif, « en tant qu'il est homme et vit avec plusieurs », choisit d'agir selon la vertu et aura donc besoin de ces secours pour mener une vie humaine. Le sage seul est un cas limite, où l'on touche au divin ; la vie proprement humaine reste une vie avec les autres.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point disputé entre les spécialistes d'Aristote. Les uns lisent l'Éthique comme donnant la première place à la contemplation, les autres comme faisant du bonheur un ensemble de vies vertueuses, politiques comprises. Les deux lectures s'appuient sur le texte.
Thomas Hobbes 1642 · attaque la prémisse 2

Hobbes juge faux l'axiome que l'homme est « né pour la société » : les hommes se réunissent par accident, pour l'honneur ou l'utilité qu'ils y trouvent, non par amour naturel de leurs semblables. La cité n'est donc pas un fait de nature, mais une construction par accords.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1642, après sa mort (-322).
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Aristote est mort 2 000 ans avant Hobbes et ne lui répond pas. Hobbes accorde pourtant lui-même, dans une note, que la solitude est un mal pour l'homme : les enfants ont besoin des autres pour vivre, les adultes pour mieux vivre. Le désaccord porte sur l'origine de la cité (nature ou accord), moins sur le besoin des autres.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : point ouvert. Les aristotéliciens répondent que « naturel » ne veut pas dire « sans effort » : la cité se construit, mais pour réaliser une capacité que la nature a donnée. Les contractualistes répondent qu'une capacité de parler et de s'associer ne suffit pas à faire d'une société quelque chose de naturel.
Jean-Jacques Rousseau 1755 · attaque la prémisse 2

Dans son Discours sur l'inégalité, Rousseau décrit l'homme à l'état de nature comme un être qui erre dans les forêts, sans besoin de ses semblables, et qui se suffit à lui-même. La sociabilité ne serait pas une donnée de la nature : elle viendrait avec l'histoire, le langage et les passions.

un défenseur répond
Aristote (définition de la nature) défenseur de l'argument · 350 av. J.-C.
Pour Aristote, la nature d'un être n'est pas son état au commencement mais ce qu'il est quand il est pleinement développé : on le dit d'un homme, d'un cheval ou d'une famille. Que l'homme isolé du début soit sans cité ne prouve donc rien contre une nature sociale : la cité est justement l'accomplissement de sa nature.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Rousseau et Aristote se répondent sur le sens du mot « nature » (point de départ ou accomplissement). Rousseau dit que l'état de nature est une hypothèse de pensée, pas un fait ; la question de savoir si la vie sociale est un accomplissement ou une déformation reste ouverte.