QuestionsDieu existe-t-il ?Je ne suis pas l'auteur de ce que je vois : Dieu l'est
Dieu existe-t-il ?Théisme

Je ne suis pas l'auteur de ce que je vois : Dieu l'est

L'argument de Berkeley pour l'existence de Dieu ; Dieu cause de nos sensations

George Berkeley 1685 · 1753Les choses sensibles n'existent qu'en étant perçues : il n'y a pas de matière derrière nos idées, seulement des esprits.
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Ce qu'il soutient

Dieu existe, et il est connu avec autant de certitude que n'importe quel autre esprit, et même avec plus d'évidence que l'existence des hommes.

Pourquoi

Je ne choisis pas ce que mes sens m'apportent, et des idées ne peuvent rien causer : c'est donc l'acte d'un autre esprit.

La même idée à travers l'histoire
George Berkeley1710Principes, § 29 et 146 : les idées des sens ne dépendent pas de ma volonté, ni de celle d'aucun homme ; un autre Esprit les cause, et l'ordre de la nature montre que cet Esprit est Un, éternel, sage et bon.
George Berkeley1713Les Trois dialogues redonnent l'argument par la voix de Philonous : tant que le monde sensible existe, il existe un Esprit infini et présent partout qui le contient et le soutient.
En bref

« Je ne suis pas l'auteur de ce que je vois : Dieu l'est » est un argument de George Berkeley (Berkeley, Principes de la connaissance humaine, 1710, § 26-33 et 146-147 ; Trois dialogues, 1713, II, 1710) sur la question « Dieu existe-t-il ? » (réponse : théisme). Sa thèse : Dieu existe, et il est connu avec autant de certitude que n'importe quel autre esprit, et même avec plus d'évidence que l'existence des hommes. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Berkeley, Principes de la connaissance humaine, 1710, § 26-33 et 146-147 ; Trois dialogues, 1713, II
Valide avec une prémisse implicite

Ouvre les yeux en plein jour. Tu ne peux pas décider de voir ou de ne pas voir, ni choisir ce qui va apparaître devant toi. Pour Berkeley, philosophe irlandais (il deviendra évêque en 1734), ce simple fait suffit à prouver l'existence de Dieu. Il pense que ce que nous voyons, touchons et entendons se réduit à des idées dans notre esprit. Ces idées ne sont pas faites par nous. Or une idée est passive : elle ne peut rien produire. Il faut donc un esprit qui les cause. Ce n'est ni toi ni un autre humain ; et l'ordre et la régularité du monde montrent que cet Esprit est unique, sage et bon. Locke partait de la même observation, mais en tirait une autre conclusion : des corps extérieurs. Tout l'argument dépend donc du refus de la matière, défendu dans un autre argument du site.

P1Les idées que mes sens m'apportent ne dépendent pas de ma volonté, ni de celle d'aucun homme : en plein jour, je ne peux ni choisir de voir ou non, ni choisir ce qui s'offre à ma vue.
P2Ces idées se suivent et changent, elles ont donc une cause. Or une idée est inerte : une idée ne peut en produire ou en changer une autre.
P3Il n'existe pas de substance matérielle, hors de tout esprit, qui pourrait être la cause de nos idées (Berkeley la tient pour établie plus haut dans les Principes ; voir berkeley-immaterialisme).
P4Ce qui produit des idées sans en être une, et sans être un corps, est une substance qui agit et pense : un esprit, qui les produit par sa volonté.
P5Les idées des sens sont plus fortes, plus ordonnées et plus cohérentes que celles de l'imagination ; elles suivent des règles fixes. Cet ordre et cette sagesse portent la marque d'un Auteur Un, éternel, sage, bon et parfait.
P6 · prémisse impliciteSi un esprit autre que les humains cause nos idées des sens et si le monde porte la marque de la sagesse et de la bonté, cet esprit est Dieu.
Donc Dieu existe, et il est connu avec autant de certitude que n'importe quel autre esprit, et même avec plus d'évidence que l'existence des hommes.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où un esprit non humain, par exemple un esprit fini ou imparfait, cause nos idées sans être Dieu.
L'argument est valide avec la prémisse cachée P6. P1 écarte l'humain comme cause. P2, P3 et P4 disent que la cause d'idées inertes ne peut être ni une idée, ni un corps : c'est un esprit. P5 apporte l'ordre qui rend cet esprit sage et bon, et P6 l'identifie à Dieu. Les objections visent P3 (la matière est-elle vraiment exclue ?), P4 (un esprit peut-il causer des idées ?) et P5-P6 (l'ordre du monde prouve-t-il un Dieu parfait ?).
Analogie. Tu lis un livre dont tu n'es pas l'auteur : les phrases s'enchaînent avec ordre et sens, tu ne peux pas les changer en lisant. Tu en conclus qu'un auteur a écrit ce livre. Pour Berkeley, la nature est ce livre, et nous le lisons avec nos sens.

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

John Locke (la cause est un corps) 1689 · attaque la prémisse 3

Locke fait la même observation que Berkeley : si je tourne les yeux vers le soleil à midi, je ne peux pas éviter les idées qu'il produit en moi. Il en tire l'existence de choses extérieures qui causent ces idées. Si la matière existe, un corps est une autre cause possible, sans recours à Dieu.

un défenseur répond
George Berkeley défenseur de l'argument · 1710
Berkeley répond que les corps ne peuvent pas expliquer comment nos idées sont produites : de l'aveu même des matérialistes, ils ne savent pas comment un corps agit sur un esprit. Il ajoute qu'on ne pourrait jamais savoir qu'il existe des corps extérieurs : un esprit affecté des mêmes idées aurait exactement les mêmes raisons d'y croire.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : tout dépend de la question de la matière, traitée dans berkeley-immaterialisme. Si l'on admet des corps extérieurs, la cause de nos sensations n'a plus besoin d'être un esprit. Les réalistes pensent que cette hypothèse reste la plus simple. Le débat est toujours ouvert.
David Hume (l'esprit en action) 1748 · attaque la prémisse 4

Nous ne sentons que l'événement, par exemple l'existence d'une idée après un ordre de notre volonté. Mais la manière dont cela se produit, et le pouvoir qui le réalise, échappent à notre compréhension. Dire qu'un esprit est une cause active n'explique donc pas mieux que dire qu'un corps l'est.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Berkeley dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Berkeley tient que nous connaissons l'esprit actif par ses effets, et que nous sommes sûrs d'agir en voulant (§ 27-28). Hume répond que ce qu'on sent, c'est une suite de faits, pas un pouvoir. Berkeley n'a pas répondu à cet argument précis.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : désaccord de fond. Pour Berkeley, la volonté est le seul modèle clair d'une cause ; pour Hume, nous ne comprenons aucune cause, et l'esprit n'a pas de privilège. Débat ouvert.
David Hume (la cause et son effet) 1748 · attaque la prémisse 5

Quand on conclut d'un effet à sa cause, on doit les proportionner : on ne peut attribuer à la cause que les qualités exactement nécessaires pour produire l'effet. Notre monde, mêlé de bien et de mal, ne permet pas de conclure à un Esprit infiniment sage, bon et parfait.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Berkeley dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : Berkeley tire de l'ordre du monde les attributs « Un, Éternel, Infiniment Sage, Bon et Parfait » (§ 146) sans discuter la proportion entre l'effet et la cause. Hume écrit trente-huit ans plus tard et ne le cite pas dans ce passage.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : la conclusion minimale (un esprit autre que les humains) est plus facile à défendre que la conclusion maximale (Dieu parfait). Les défenseurs répondent que l'ensemble de la nature, vu comme un tout, en suggère davantage.
Objection que Berkeley prévoit lui-même (le mal et les défauts de la nature) 1710 · attaque la prémisse 5

Les méthodes lentes de la nature, les monstres, les naissances prématurées, les fruits flétris et les misères de la vie humaine seraient autant d'arguments contre l'idée que la nature est dirigée de près par un Esprit infiniment sage et bon.

un défenseur répond
George Berkeley défenseur de l'argument · 1710
Berkeley répond que la douleur dans le monde vient des lois générales de la nature et des actions d'esprits finis et imparfaits, et qu'elle est nécessaire à notre bien-être dans notre état présent. Nos vues sont trop étroites pour juger d'une douleur isolée.
David Hume (Philon) 1779
Philon reprend les vieilles questions d'Épicure : on n'y a pas encore répondu. Si Dieu veut empêcher le mal mais ne le peut pas, il est impuissant ; s'il le peut mais ne le veut pas, il est malveillant.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : c'est le problème du mal. Berkeley donne la réponse classique du plan d'ensemble ; ses critiques répondent que cela n'explique pas la souffrance des innocents. Le débat est toujours ouvert.