QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?Gouverner par la vertu et les rites plutôt que par la peur
Qu'est-ce qu'une société juste ?La vertu et l'harmonie

Gouverner par la vertu et les rites plutôt que par la peur

Confucius v. 551 av. J.-C. · v. 479 av. J.-C.Devenir humain par l'étude, les rites et la bienveillance.
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Ce qu'il soutient

Il vaut mieux gouverner d'abord par la vertu et les rites que par les lois et la peur des châtiments. Le bon prince est comme l'étoile polaire : il reste à sa place, et tout tourne autour de lui.

Pourquoi

Mené par les châtiments, le peuple évite les fautes par peur sans honte ; il imite l'exemple vertueux et apprend à avoir honte.

En bref

« Gouverner par la vertu et les rites plutôt que par la peur » est un argument de Confucius (Entretiens 2.3, 12.19, 2.1) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : la vertu et l'harmonie). Sa thèse : Il vaut mieux gouverner d'abord par la vertu et les rites que par les lois et la peur des châtiments. Le bon prince est comme l'étoile polaire : il reste à sa place, et tout tourne autour de lui. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Entretiens 2.3, 12.19, 2.1
Valide avec une prémisse implicite

Un ministre propose à Confucius de mettre à mort les malfaiteurs pour rendre le peuple meilleur. Confucius refuse : un peuple qu'on mène par la peur obéit sans devenir bon. Il ne veut pas supprimer les lois ni les peines (il demande seulement qu'elles soient justes), mais elles ne peuvent pas être le cœur du gouvernement. La forme P1..P4 → C est notre reconstruction à partir de paroles rapportées.

P1Mené seulement par les lois et les châtiments, le peuple évite les fautes par peur, mais n'a aucune honte : il n'en devient pas meilleur.
P2Le peuple imite ceux qui le gouvernent : la vertu du prince est comme le vent, celle du peuple comme l'herbe, qui se courbe sous le vent.
P3Puisqu'il imite, un peuple mené par l'exemple de la vertu et par les rites apprend la honte de mal faire et devient bon.
P4 · prémisse impliciteLe but du gouvernement est un peuple bon et confiant, pas seulement obéissant : entre deux façons de gouverner, il faut préférer celle qui rend le peuple bon.
Donc il vaut mieux gouverner d'abord par la vertu et les rites que par les lois et la peur des châtiments. Le bon prince est comme l'étoile polaire : il reste à sa place, et tout tourne autour de lui.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où les lois ne rendent pas le peuple bon et où l'exemple le rend bon, mais où l'on ne préfère pas pour autant l'exemple : par exemple si l'on ne cherche que l'ordre, quel que soit le cœur des gens.
Les quatre prémisses sont toutes indispensables. P4 n'est pas écrite telle quelle, mais Confucius la suppose : il dit ailleurs qu'un État peut renoncer aux armes et même aux vivres, mais pas à la confiance du peuple. Le vrai débat porte sur P2 : le peuple imite-t-il vraiment ses dirigeants ? Les légistes chinois et Machiavel répondent que non, que les hommes suivent leur intérêt et la peur.
Analogie. Un prof qui ne tient sa classe que par les heures de colle obtient le silence, mais les élèves trichent dès qu'il tourne le dos. Un prof que les élèves respectent n'a presque pas besoin de punir.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

H
Han Fei et les légistes 240 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Les gens obéissent à la force et à leur intérêt, pas à l'exemple. Confucius, le plus grand sage, n'eut que soixante-dix disciples ; un prince médiocre, parce qu'il a le pouvoir, se fait obéir de tout un peuple. Des lois claires, des récompenses et des châtiments sûrs gouvernent mieux que la vertu, qui est rare.

Confucius répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Confucius Ce que disent les Entretiens du prince (Han Fei écrit plus de deux siècles après)
Si le prince est lui-même vertueux, le peuple fera son devoir sans qu'on le lui ordonne. S'il ne l'est pas, il aura beau donner des ordres, le peuple ne suivra pas.
Le débat continue (notre résumé) Han Fei répondrait que tout repose sur ce « si » : un prince vertueux est rare, alors que l'État doit fonctionner avec des souverains ordinaires. Des lois claires marchent avec n'importe quel prince, la vertu seulement avec un sage. Et l'histoire lui a d'abord donné raison : c'est l'État de Qin, gouverné par les lois et les châtiments, qui a unifié la Chine en 221 av. J.-C. (l'empire s'effondre quinze ans plus tard, et les Han qui suivent garderont beaucoup de ses lois sous une façade confucéenne).
L
Lao-tseu (Tao-tö-king) attaque la prémisse 3

Les rites ne rendent pas bon : ils ne sont que l'écorce de la loyauté et de la sincérité, et le début du désordre. Quand on doit enseigner l'humanité et la justice, c'est que la grande Voie est déjà perdue.

Confucius répond
Confucius Réponse de Confucius à ceux qui réduisent les rites à l'apparence (Lao-tseu n'est pas nommé)
Un homme dépourvu d'humanité, que peut-il faire des rites ? Un homme dépourvu d'humanité, que peut-il faire de la musique ?
Le débat continue (notre résumé) Lao-tseu répondrait que c'est justement le problème : une vertu qu'il faut cultiver et mettre en rites n'est plus la vertu spontanée. Le sage ne pense pas à sa vertu, et c'est pour cela qu'il en a.
Machiavel 1513 · attaque la prémisse 2

Les hommes sont ingrats et changeants : ils oublient plus vite un bienfait qu'une menace. Un prince qui veut être bon en tout parmi tant de gens qui ne le sont pas court à sa perte. Mieux vaut être craint qu'aimé, si l'on ne peut être les deux.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1513, après sa mort (-479).