Le paradoxe d'Easterlin : l'argent rend heureux, mais pas la croissance
Le paradoxe d'Easterlin ; le paradoxe bonheur-revenu ; la comparaison sociale
Le bonheur dépend en grande partie de la comparaison avec les autres et de ses attentes, pas seulement du revenu. Quand le pays s'enrichit, les attentes montent avec lui et annulent l'effet attendu : la croissance seule n'améliore pas durablement le bonheur moyen.
Les riches sont plus heureux que les pauvres, mais quand tout le pays s'enrichit, personne ne se sent plus haut : on se compare.
« Le paradoxe d'Easterlin : l'argent rend heureux, mais pas la croissance » est un argument de Richard Easterlin (Easterlin, « Does Economic Growth Improve the Human Lot? » (1974), 1974) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : une affaire de société). Sa thèse : Le bonheur dépend en grande partie de la comparaison avec les autres et de ses attentes, pas seulement du revenu. Quand le pays s'enrichit, les attentes montent avec lui et annulent l'effet attendu : la croissance seule n'améliore pas durablement le bonheur moyen. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3, P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Dans un même pays, les riches se disent plus heureux que les pauvres : rien d'étonnant. On s'attend donc à ce que, si tout le pays s'enrichit, tout le pays soit plus heureux. En 1974, l'économiste américain Richard Easterlin regarde les sondages sur le bonheur faits depuis 1946 et trouve l'inverse : aux États-Unis, le pays devient bien plus riche et le bonheur moyen ne bouge pas vraiment. Son explication : on ne se sent pas riche en absolu, mais par rapport aux autres et à ses attentes. Si tout le monde monte d'un étage, personne ne se sent plus haut. Ce débat est resté vif pendant cinquante ans.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3 et P4, l'ordinateur trouve un cas où les riches sont plus heureux dans chaque pays, où le bonheur moyen ne monte pas avec la croissance, et où la comparaison ne joue aucun rôle : par exemple si le bonheur ne dépend que du revenu en lui-même, mais que les statistiques de bonheur sont mal mesurées au fil des ans. Easterlin écarte cette piste en rassemblant des enquêtes de pays très différents, mais P3 et P4 sont bien des hypothèses.
Objections
2Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Betsey Stevenson et Justin Wolfers 2008 · attaque la prémisse 2Avec des données plus récentes et plus de pays, il n'y a pas de paradoxe. Les pays riches sont en moyenne plus heureux que les pays pauvres, sans seuil où la richesse cesserait de compter. Et dans le temps, quand un pays croît, son bonheur moyen augmente. Les individus et les pays suivent la même relation : le revenu absolu compte, la comparaison un peu moins.
Easterlin répond
Avec des données plus récentes et plus de pays, il n'y a pas de paradoxe. Les pays riches sont en moyenne plus heureux que les pays pauvres, sans seuil où la richesse cesserait de compter. Et dans le temps, quand un pays croît, son bonheur moyen augmente. Les individus et les pays suivent la même relation : le revenu absolu compte, la comparaison un peu moins.
DDaniel Kahneman et Angus Deaton 2010 · attaque la conclusionSur plus de 450 000 réponses, ils distinguent deux choses. Quand on évalue sa vie (« ma vie est-elle réussie ? »), la satisfaction monte régulièrement avec le revenu. Quand on mesure les émotions du quotidien (joie, stress, tristesse), elles montent aussi avec le revenu, mais plus rien ne progresse au-delà d'environ 75 000 dollars par an. Le revenu pèse donc en lui-même sur l'évaluation de la vie, et le plafond des émotions n'a pas besoin de la comparaison pour s'expliquer.
Easterlin répond
Sur plus de 450 000 réponses, ils distinguent deux choses. Quand on évalue sa vie (« ma vie est-elle réussie ? »), la satisfaction monte régulièrement avec le revenu. Quand on mesure les émotions du quotidien (joie, stress, tristesse), elles montent aussi avec le revenu, mais plus rien ne progresse au-delà d'environ 75 000 dollars par an. Le revenu pèse donc en lui-même sur l'évaluation de la vie, et le plafond des émotions n'a pas besoin de la comparaison pour s'expliquer.