QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?Contre la guerre : une seule famille humaine
Qu'est-ce qu'une société juste ?Une seule humanité

Contre la guerre : une seule famille humaine

Érasme 1466 · 1536Éloge de la folie : le savoir contre le fanatisme.
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Ce qu'il soutient

Il n'y a presque pas de paix si injuste qu'elle ne vaille mieux que la guerre la plus juste.

Pourquoi

L'homme naît nu et faible, fait pour l'entraide ; chacun croit sa cause juste, et les maux de la guerre pèsent plus que ses biens.

En bref

« Contre la guerre : une seule famille humaine » est un argument d'Érasme (Complainte de la paix (1517, la Paix parle) et Adages (1515)) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : une seule humanité). Sa thèse : Il n'y a presque pas de paix si injuste qu'elle ne vaille mieux que la guerre la plus juste. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Complainte de la paix (1517, la Paix parle) et Adages (1515)
Valide avec une prémisse implicite

Érasme a vu l'Europe en guerre presque sans arrêt : France, Empire, Angleterre, papes. Dans un adage de 1515 (« La guerre est douce à ceux qui ne l'ont pas faite »), il parle en son nom ; dans la Complainte de la paix (1517), il fait parler la Paix elle-même, chassée de partout. L'idée est la même : les hommes sont faits pour s'entendre, ils ont une seule patrie, le monde, et la guerre coûte presque toujours plus qu'elle ne rapporte. Il ne dit pas « jamais » la guerre, mais « presque jamais ».

P1La nature a donné des armes aux autres animaux, mais elle a fait naître l'homme nu et faible : il ne peut vivre en sécurité que par l'alliance et l'entraide. Il est fait pour l'amitié, pas pour la guerre.
P2Le monde est la patrie commune de tous les hommes, et tous descendent des mêmes ancêtres : ceux qu'on combat sont des frères.
P3Chacun croit sa propre cause juste. Si l'on pèse dans une balance les biens et les maux de la guerre, les maux l'emportent presque toujours, et ils frappent surtout des innocents.
P4 · prémisse impliciteQuand ceux qui se battraient sont faits pour s'entendre, appartiennent à une même famille, et que la guerre ferait plus de mal que le tort qu'elle veut réparer, il faut préférer la paix, même imparfaite.
Donc il n'y a presque pas de paix si injuste qu'elle ne vaille mieux que la guerre la plus juste.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où l'homme est fait pour l'amitié, où tous sont frères, où la guerre coûte plus qu'elle ne rapporte, et où l'on ne préfère pourtant pas la paix : rien dans P1 à P3 ne l'interdit.
Avec P4, la conclusion suit. P4 relie les trois constats (nature, famille, bilan) à un choix : préférer la paix. Sans elle, on pourrait accepter les trois constats et penser quand même qu'il faut se battre, par exemple par honneur ou pour punir un crime. Le point le plus discuté est P3 : est-il vrai que la guerre coûte presque toujours plus qu'elle ne rapporte ? Les partisans de la guerre juste répondent que laisser faire l'agresseur coûte parfois encore plus.
Analogie. Deux frères se disputent un champ. Ils pourraient aller au procès, ou se battre, et y laisser leur santé, leur argent et la paix de toute la famille. Érasme leur dirait : un partage imparfait vaut mieux. Et rappelez-vous que vous êtes frères.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Augustin (la guerre juste) 426 · attaque la prémisse 3

Le sage fera des guerres justes, à regret. C'est l'injustice de l'adversaire qui l'y oblige : si l'on ne répond pas au crime, on le laisse triompher. Toute la tradition chrétienne de la guerre juste (Augustin, puis Thomas d'Aquin) en tire des conditions : une cause juste, une autorité légitime, une intention droite.

Érasme répond
Érasme Réponse d'Érasme (Adages, 1515), à ceux qui comparent la guerre à la punition d'un criminel
Quand la loi punit un criminel reconnu coupable, c'est lui seul qui paie, et sa punition sert d'exemple. À la guerre, aucun des deux camps n'est sans faute, et le mal tombe surtout sur ceux qui méritent le moins d'être punis : les paysans, les vieillards, les femmes, les enfants. Mieux vaut laisser impunie la faute de quelques-uns que mettre en danger des milliers d'innocents.
Le débat continue (notre résumé) Les théoriciens de la guerre juste ont ensuite intégré cette objection : ils ajoutent la règle de proportionnalité (ne pas causer plus de mal que celui qu'on combat) et l'immunité des civils. Mais ils maintiennent qu'il existe des cas, comme une invasion ou un massacre, où ne rien faire est pire que se battre. Érasme répond à l'argument de la punition, sans discuter Augustin lui-même. Et dans la Complainte de la paix, la Paix l'accorde en partie : si la guerre ne peut pas être évitée, que le mal retombe sur ceux qui l'ont causée.
Machiavel (Le Prince, 14) 1532 · attaque la prémisse 4

Écrit en 1513, publié en 1532. Un prince désarmé est méprisé, et il n'est pas en sûreté parmi des gens armés. La guerre est le seul art qui convienne à celui qui commande ; en temps de paix, il doit s'y préparer plus encore. Préférer la paix à tout prix, c'est se livrer à ceux qui, eux, ne la préfèrent pas.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe d'Érasme dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Le Prince est imprimé en 1532 ; Érasme meurt en 1536 sans y avoir répondu, à notre connaissance. Les deux hommes ne parlent pas tout à fait de la même chose : Machiavel conseille un prince entouré d'ennemis, Érasme demande aux princes chrétiens de ne pas se faire la guerre entre eux. La question reste ouverte : la préparation à la guerre protège-t-elle la paix, ou la rend-elle plus fragile ?