Le pouvoir repose sur le consentement autant que sur la force
Il peut et il doit y avoir une hégémonie avant l'arrivée au gouvernement : on ne peut pas compter seulement sur le pouvoir d'État et sur la force matérielle qu'il donne pour exercer la direction politique.
Le pouvoir combine force et consentement : en Occident l'État n'est qu'une tranchée avancée, derrière laquelle se tient la société civile.
« Le pouvoir repose sur le consentement autant que sur la force » est un argument d'Antonio Gramsci (Cahiers de prison, Q 1, Q 7, Q 13 (1929-1934)) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : l'égalité). Sa thèse : Il peut et il doit y avoir une hégémonie avant l'arrivée au gouvernement : on ne peut pas compter seulement sur le pouvoir d'État et sur la force matérielle qu'il donne pour exercer la direction politique. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Pourquoi les dominés acceptent-ils si souvent l'ordre établi, alors qu'ils sont les plus nombreux ? Gramsci, qui écrit en prison sous Mussolini, répond que la force ne suffit pas. Une classe tient aussi parce qu'elle « dirige » : ses idées et ses valeurs passent pour évidentes, par l'école, la presse, l'Église, les associations. Il appelle cela l'hégémonie. Conséquence pratique : qui veut changer la société ne peut pas compter seulement sur la prise de l'appareil d'État. Nous rangeons l'argument dans la question de la société juste, du côté de l'égalité, parce que Gramsci veut renverser la domination d'une classe ; mais l'argument décrit comment le pouvoir tient plus qu'il ne dit ce qui est juste, et ce rangement reste approximatif.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où une classe dirige par le consentement, avec une société civile solide, mais où la prise de l'appareil d'État suffit tout de même à la renverser.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Karl Marx, Préface de 1859 (lue dans un sens « économiste ») 1859 · attaque la conclusionMarx écrit que ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, mais leur être social qui détermine leur conscience. Si c'est vrai, les idées dominantes suivent la base économique : gagner les esprits avant de changer les rapports de production serait impossible ou inutile. C'est un débat interne au marxisme : Marx ne vise pas Gramsci, mais certains lecteurs en ont tiré cette objection contre lui.
Gramsci répond
Marx écrit que ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, mais leur être social qui détermine leur conscience. Si c'est vrai, les idées dominantes suivent la base économique : gagner les esprits avant de changer les rapports de production serait impossible ou inutile. C'est un débat interne au marxisme : Marx ne vise pas Gramsci, mais certains lecteurs en ont tiré cette objection contre lui.
James C. Scott, Weapons of the Weak (Les armes des faibles) 1985 · attaque la prémisse 2Scott a vécu deux ans dans un village de riziculteurs de Malaisie. Les paysans pauvres y obéissent en public, mais en privé ils se moquent des riches, traînent les pieds, chapardent, font circuler des rumeurs. Ce qui les fait obéir, ce n'est pas qu'ils croient aux valeurs des dominants : c'est la pression des besoins et la peur de la répression. Pour Scott, la soumission visible n'est pas un consentement, et la théorie de l'hégémonie surestime la part des idées. Il conteste aussi la version faible de la thèse, selon laquelle les dominés jugeraient seulement l'ordre inévitable.
sans réponse
Scott a vécu deux ans dans un village de riziculteurs de Malaisie. Les paysans pauvres y obéissent en public, mais en privé ils se moquent des riches, traînent les pieds, chapardent, font circuler des rumeurs. Ce qui les fait obéir, ce n'est pas qu'ils croient aux valeurs des dominants : c'est la pression des besoins et la peur de la répression. Pour Scott, la soumission visible n'est pas un consentement, et la théorie de l'hégémonie surestime la part des idées. Il conteste aussi la version faible de la thèse, selon laquelle les dominés jugeraient seulement l'ordre inévitable.
L'objection libérale (dans l'esprit de Karl Popper) 1963 · attaque la prémisse 2Popper ne parle pas de Gramsci ; c'est son critère de réfutabilité (Conjectures et réfutations, 1963) qu'on applique ici. Si tout accord peut être lu comme un consentement fabriqué et tout désaccord comme une résistance, aucune observation ne peut contredire la théorie. Elle devient alors immunisée contre les faits. Et appeler « hégémonie » le consentement libre des citoyens enlève toute valeur à leurs choix.
sans réponse
Popper ne parle pas de Gramsci ; c'est son critère de réfutabilité (Conjectures et réfutations, 1963) qu'on applique ici. Si tout accord peut être lu comme un consentement fabriqué et tout désaccord comme une résistance, aucune observation ne peut contredire la théorie. Elle devient alors immunisée contre les faits. Et appeler « hégémonie » le consentement libre des citoyens enlève toute valeur à leurs choix.