QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?Tous les hommes sont des intellectuels
Qu'est-ce qu'une société juste ?L'égalité

Tous les hommes sont des intellectuels

Antonio Gramsci 1891 · 1937Le pouvoir repose sur l'hégémonie culturelle, pas seulement la force.
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Ce qu'il soutient

Tous les hommes sont intellectuels, mais tous n'ont pas dans la société la fonction d'intellectuels.

Pourquoi

Aucun travail n'est purement physique, et chacun a hors de son métier une conception du monde et une conduite morale consciente.

En bref

« Tous les hommes sont des intellectuels » est un argument d'Antonio Gramsci (Cahiers de prison, Q 12, §1 et §3 (vers 1932)) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : l'égalité). Sa thèse : Tous les hommes sont intellectuels, mais tous n'ont pas dans la société la fonction d'intellectuels. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Cahiers de prison, Q 12, §1 et §3 (vers 1932)
Valide avec une prémisse implicite

On range d'un côté les « intellectuels » (écrivains, professeurs, savants) et de l'autre ceux qui travaillent de leurs mains. Gramsci dit que ce partage est faux. Tout travail demande de la réflexion et chacun a une vision du monde. Ce qui distingue les intellectuels, c'est la fonction que la société leur donne, pas une nature spéciale. De là sa tâche politique : chaque groupe social doit faire naître ses propres intellectuels, en élevant la pensée qui existe déjà en chacun. Nous rangeons l'argument dans la question de la société juste, du côté de l'égalité, faute de mieux : il porte sur la place du savoir dans la société, et ce rangement reste approximatif.

P1Il n'existe pas de travail purement physique : même le plus mécanique et le plus dégradé demande un minimum de qualification technique, donc un minimum d'activité intellectuelle créatrice.
P2En dehors de sa profession, chacun exerce une activité intellectuelle : il est à sa façon un « philosophe », un artiste, un homme de goût, il partage une conception du monde et suit une ligne de conduite morale consciente.
P3L'histoire a formé des catégories spécialisées pour exercer la fonction d'intellectuel.
P4 · prémisse impliciteSi tous pensent, mais que seuls certains groupes ont reçu la fonction d'intellectuel, alors « intellectuel » désigne une fonction sociale et non une capacité : tous le sont par la capacité, certains seulement par la fonction.
Donc tous les hommes sont intellectuels, mais tous n'ont pas dans la société la fonction d'intellectuels.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où chacun pense un peu, où des catégories spécialisées existent, mais où « intellectuel » désigne seulement ces catégories : alors la conclusion « tous sont intellectuels » est fausse.
Valide avec P4. Les trois premières prémisses disent que tous pensent et que la société a spécialisé certains. P4 en tire que le mot « intellectuel » a deux sens, l'un pour tous, l'autre pour quelques-uns. Tout le débat porte sur ce point : est-on encore dans le même mot, ou en change-t-on en cours de route ?
Analogie. Tout le monde court parfois pour prendre un bus, mais seuls certains sont coureurs de métier. Gramsci dit : tout le monde pense, seuls certains en font leur fonction. Le critique répond : si l'on met dans le même panier le bus et le marathon, le mot ne sert plus à rien.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Platon, République, VI (Socrate) 375 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Socrate soutient que la foule ne reconnaît pas le beau en soi, seulement la multitude des belles choses. Il conclut qu'il est impossible que le peuple soit philosophe. Tous ne pensent donc pas au même niveau : chercher la sagesse est réservé à de rares natures.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Gramsci dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Gramsci ne répond pas à Platon dans nos textes. Mais le désaccord est net. Pour lui, tout homme est « philosophe » à sa façon, dans le langage, le sens commun et la religion populaire (Q 11, §12), et la tâche est de rendre cette philosophie critique. Pour Platon, philosopher, c'est saisir les Idées, ce que la foule ne peut pas. Le désaccord est en partie verbal (que veut dire « philosophe » ?), en partie réel (peut-on élever le plus grand nombre ?).
L
L'objection du mot trop large attaque la conclusion

Si tout le monde est intellectuel, le mot ne veut plus rien dire. Quelqu'un qui fait cuire un œuf n'est pas pour autant cuisinier. Appeler tous les hommes « intellectuels » est une formule frappante, pas une thèse.

Gramsci répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Gramsci Gramsci prévoit l'objection dans le même passage
Parce que chacun peut, à un moment, faire cuire deux œufs ou recoudre un accroc de sa veste, on ne dira pas pour autant que tous sont cuisiniers et tailleurs.
Le débat continue (notre résumé) Le critère de Gramsci est la fonction sociale, pas l'activité occasionnelle : il le cherche dans « l'ensemble du système de rapports » où les activités se trouvent (Q 12, §1). Reste une différence avec la cuisine : il ne dit pas que tous sont cuisiniers, mais il dit que tous sont intellectuels. Sa raison est qu'aucune activité humaine n'est sans intervention de l'intelligence : on ne peut pas séparer l'homo faber de l'homo sapiens (Q 12, §3). Mais il ne donne pas de seuil mesurable entre un usage ordinaire de la pensée et une fonction d'intellectuel.