QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?L'impôt léger rapporte plus, l'injustice ruine l'État
Qu'est-ce qu'une société juste ?Les libertés

L'impôt léger rapporte plus, l'injustice ruine l'État

Ibn Khaldoun 1332 · 1406Les civilisations naissent et meurent selon la force de leur solidarité.
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Ce qu'il soutient

Un pouvoir juste doit taxer légèrement et respecter les biens et le travail de ses sujets ; c'est aussi ce qui enrichit l'État, alors que l'injustice le ruine.

Pourquoi

Des impôts légers encouragent l'activité, qui rapporte davantage à l'État ; des impôts excessifs découragent le travail et ruinent tout.

En bref

« L'impôt léger rapporte plus, l'injustice ruine l'État » est un argument d'Ibn Khaldoun (Muqaddima, I, 3, 36-41) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : les libertés). Sa thèse : Un pouvoir juste doit taxer légèrement et respecter les biens et le travail de ses sujets ; c'est aussi ce qui enrichit l'État, alors que l'injustice le ruine. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 6 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Muqaddima, I, 3, 36-41
Valide

Au début d'une dynastie, les impôts sont légers et rapportent beaucoup ; à la fin, ils sont lourds et rapportent peu. Ibn Khaldoun, qui a lui-même servi plusieurs princes, explique ce paradoxe : ce qui fait la richesse de l'État, c'est le travail de ses sujets, et ils ne travaillent que s'ils espèrent garder le fruit de leurs efforts. Il élargit ensuite l'idée à toute injustice : confisquer, imposer des corvées, forcer les marchands à acheter cher et à vendre bas. Six siècles plus tard, on a appelé « courbe de Laffer » l'idée qu'au-delà d'un certain taux, l'impôt rapporte moins.

P1Quand les impôts sont légers, les gens ont l'envie et l'énergie d'entreprendre : on cultive, on bâtit et on commerce davantage.
P2Plus il y a d'activité, plus il y a de gens et de biens à taxer : de petits impôts sur une activité abondante font un grand revenu.
P3Quand les impôts dépassent les bornes de l'équité, les gens comparent leurs charges à leurs gains, perdent espoir et cessent d'entreprendre. Le revenu total baisse, et l'augmenter encore ne sert plus à rien.
P4Plus largement, toute atteinte aux biens et au travail des gens (confisquer, imposer des corvées, exiger ce qui n'est pas dû, lever un impôt que la loi ne prévoit pas) est une injustice, et leur ôte l'envie de gagner leur vie.
P5L'État est comme la forme de la civilisation, et l'activité des gens sa matière : quand la matière se défait, la forme se défait avec elle.
P6C'est pour cela que la loi divine interdit l'injustice : ce qui ruine la civilisation ne peut pas être une manière juste de gouverner.
Donc un pouvoir juste doit taxer légèrement et respecter les biens et le travail de ses sujets ; c'est aussi ce qui enrichit l'État, alors que l'injustice le ruine.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
L'argument est valide sans prémisse cachée. Un gouvernement juste ne ruine pas l'activité des gens (P6) ; or des impôts lourds (P3) et les atteintes aux biens (P4) la ruinent : il doit donc taxer légèrement et respecter les biens. Des impôts légers font grandir l'activité (P1), donc le revenu (P2) ; l'injustice défait l'activité, donc l'État (P4, P5). Le débat porte sur les prémisses de fait, surtout P3 : à partir de quel taux l'impôt décourage-t-il vraiment le travail ?
Analogie. Un berger qui tond ses moutons chaque printemps a de la laine tous les ans. S'il les tond jusqu'à la peau, puis les égorge pour leur viande, il gagne plus cette année-là, et plus rien ensuite.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

É
Économistes modernes attaque la prémisse 3

L'idée est juste en principe, mais tout dépend du taux. La plupart des études placent le taux qui rapporte le plus bien au-dessus des impôts habituels, et beaucoup de baisses d'impôts récentes, aux États-Unis par exemple, n'ont pas rapporté plus qu'elles n'ont coûté. Baisser l'impôt n'augmente pas toujours le revenu de l'État.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée après sa mort (1406).
Le débat continue (notre résumé) Ibn Khaldoun ne dit pas que toute baisse d'impôt enrichit l'État. Il décrit des impôts qui s'empilent « au-delà des bornes de l'équité » pour payer le luxe de la cour, dans des économies d'agriculteurs et de marchands où le travail fuit vite vers une autre région. Les économistes discutent toujours de l'endroit où se trouve ce seuil, selon les pays et les époques. (Notre résumé.)
É
Économie publique moderne attaque la prémisse 2

L'impôt n'est pas seulement une charge qui décourage : il paie des routes, des écoles, la sécurité, qui rendent les gens plus productifs. Un État qui taxe peu peut aussi s'appauvrir en ne dépensant pas pour ce qui fait vivre l'économie.

Ibn Khaldoun répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Ibn Khaldoun
L'État et le souverain sont le plus grand marché du monde, d'où vient la substance de la civilisation. Si le souverain garde l'argent pour lui ou ne le dépense pas comme il faut, son entourage dépense moins, le commerce languit et l'impôt baisse : l'argent ne fait que passer des sujets au souverain et du souverain aux sujets.
Le débat continue (notre résumé) Ibn Khaldoun voyait donc que la dépense de l'État fait vivre l'économie. Mais il la pense à travers la cour, les soldats et les fonctionnaires, pas à travers des services publics pour tous : ceux-ci n'existaient guère de son temps. (Notre résumé.)
Rousseau 1755 · attaque la prémisse 4

Défendre les biens de chacun n'est pas forcément juste : les lois qui protègent la propriété ont été inventées par les riches, qui ont convaincu les pauvres de défendre leurs propres chaînes. Une société juste corrige d'abord les inégalités.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1755, après sa mort (1406).
Le débat continue (notre résumé) Les deux penseurs dénoncent le pillage des faibles par les puissants, mais ils ne visent pas les mêmes coupables. Les biens qu'Ibn Khaldoun veut protéger sont ceux des paysans, des artisans et des marchands, contre le souverain et ses courtisans : l'injustice, écrit-il, n'est commise que par ceux qui ont le pouvoir. Rousseau soupçonne la propriété elle-même. (Notre résumé.)