QuestionsQui suis-je vraiment ?Je suis ce dont je me souviens
Qui suis-je vraiment ?Ma conscience, ma mémoire

Je suis ce dont je me souviens

John Locke 1632 · 1704L'esprit naît page blanche ; le pouvoir vient du consentement.
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Ce qu'il soutient

L'identité personnelle consiste dans la conscience, et non dans le même corps ou la même substance : aussi loin que ma conscience s'étend dans le passé, aussi loin s'étend ma personne.

Pourquoi

Je ne réponds que des actes dont j'ai conscience comme miens : c'est la conscience, pas le corps, qui fait la personne.

En bref

« Je suis ce dont je me souviens » est un argument de John Locke (Essai, II.27) sur la question « Qui suis-je vraiment ? » (réponse : ma conscience, ma mémoire). Sa thèse : L'identité personnelle consiste dans la conscience, et non dans le même corps ou la même substance : aussi loin que ma conscience s'étend dans le passé, aussi loin s'étend ma personne. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Essai, II.27
Valide avec une prémisse implicite

Mon corps change sans cesse, et personne ne voit mon âme. Qu'est-ce qui fait alors que je suis la même personne qu'à cinq ans ? Locke répond : la conscience que j'ai de mes actions passées, autrement dit ma mémoire vécue de l'intérieur. Ce chapitre, ajouté en 1694, a lancé le débat moderne sur l'identité personnelle.

P1« Personne » est un terme juridique : c'est à la personne qu'on attribue des actions, leur mérite et leur faute.
P2Une action passée dont je ne peux pas avoir conscience comme mienne ne me concerne pas plus que si elle n'avait jamais eu lieu : on ne peut pas me l'imputer.
P3À l'inverse, une action dont j'ai réellement conscience comme mienne m'est imputable, même faite il y a mille ans, autant que ce que je viens de faire.
P4 · prémisse impliciteCette conscience du passé n'est pas trompeuse : si je me souviens « de l'intérieur » d'avoir fait une action, c'est bien moi qui l'ai faite. Locke s'en remet ici à la bonté de Dieu.
P5Si l'âme d'un prince, avec la conscience de sa vie de prince, passait dans le corps d'un savetier, chacun verrait que c'est la même personne que le prince, alors que ce n'est plus le même corps.
Donc l'identité personnelle consiste dans la conscience, et non dans le même corps ou la même substance : aussi loin que ma conscience s'étend dans le passé, aussi loin s'étend ma personne.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où quelqu'un a conscience d'une action comme sienne, mais où ce souvenir n'est pas authentique : on ne peut pas la lui imputer, donc il n'est pas la même personne que l'auteur, alors qu'il en a conscience.
L'argument est valide avec P4. Sans elle, il ne suit plus : un faux souvenir (une action que je crois avoir faite mais que quelqu'un d'autre a faite) me rendrait « conscient » d'une action sans que je sois la personne qui l'a commise. Locke voit lui-même le problème et ne le règle qu'en faisant confiance à Dieu. P5 est indispensable pour la seconde moitié de la conclusion : sans le cas du prince, rien ne montre que la personne peut se séparer du corps.
Analogie. Un compte en ligne n'est pas l'ordinateur sur lequel on l'ouvre : on peut changer de machine, c'est toujours le même compte, tant que l'historique suit. Pour Locke, la personne est ce compte, la mémoire est l'historique, le corps est la machine.

Objections

5

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Objection anticipée par Locke attaque la prémisse 2

Si j'oublie totalement une partie de ma vie, ne suis-je pas quand même la même personne que celle qui a fait ces actions ?

Locke répond
Locke
Dans cette question, « je » désigne l'homme, c'est-à-dire le corps vivant, pas la personne. Le même homme peut être deux personnes : la loi ne punit pas l'homme sain d'esprit pour ce qu'a fait le fou, ni le fou pour ce qu'a fait l'homme sain.
Objection anticipée par Locke attaque la prémisse 4

Et si une substance pensante pouvait se représenter comme faite par elle une action qu'elle n'a jamais faite, comme dans un rêve qu'on prend pour vrai ?

Locke répond
Locke
On ne peut pas l'exclure par la seule nature des choses. Jusqu'à ce qu'on connaisse mieux les substances pensantes, le mieux est de s'en remettre à la bonté de Dieu, qui ne transférera pas d'une créature à l'autre une conscience qui entraîne récompense ou punition.
Joseph Butler 1736 · attaque la prémisse 4

Le cercle est inévitable : pour qu'un souvenir soit vrai, il faut que ce soit moi qui aie fait l'action. La conscience suppose donc déjà l'identité personnelle ; elle ne peut pas la constituer.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1736, après sa mort (1704).
Thomas Reid (l'officier courageux) 1785 · attaque la conclusion

Un enfant est fouetté pour avoir volé dans un verger. Devenu jeune officier, il s'en souvient. Devenu vieux général, il se souvient de l'officier mais plus de l'enfant. Selon Locke, le général est l'officier, l'officier est l'enfant, mais le général n'est pas l'enfant. Or l'identité ne peut pas fonctionner ainsi : si A = B et B = C, alors A = C. (Les défenseurs de Locke répondent aujourd'hui en parlant d'une chaîne de souvenirs qui se chevauchent : le général est relié à l'enfant par l'officier.)

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1785, après sa mort (1704).
Leibniz 1765 · attaque la prémisse 2

La conscience montre l'identité morale, celle qui compte pour la responsabilité, mais elle ne la fait pas : derrière, il faut une identité réelle, celle d'une même âme. Et un souvenir perdu peut être rétabli par le témoignage des autres.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1765, après sa mort (1704).