Qu'est-ce que le bonheur ?Une affaire de société

Le travail aliéné

Karl Marx 1818 · 1883L'histoire est celle des luttes de classes.
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Ce qu'il soutient

L'ouvrier ne peut pas s'épanouir dans son travail : il ne se sent lui-même qu'en dehors, et ne se sent libre que pour manger, boire, procréer. « Le bestial devient l'humain et l'humain devient le bestial. »

Pourquoi

Ce qui fait l'humain est l'activité libre et consciente ; le travail salarié est forcé et appartient à un autre.

En bref

« Le travail aliéné » est un argument de Karl Marx (Manuscrits de 1844, « Le travail aliéné ») sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : une affaire de société). Sa thèse : L'ouvrier ne peut pas s'épanouir dans son travail : il ne se sent lui-même qu'en dehors, et ne se sent libre que pour manger, boire, procréer. « Le bestial devient l'humain et l'humain devient le bestial. ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Manuscrits de 1844, « Le travail aliéné »
Valide avec une prémisse implicite

Pourquoi tant de gens attendent-ils le week-end ? À 26 ans, Marx répond : parce que le travail tel qu'il est organisé ne nous appartient pas. Or travailler, transformer le monde, c'est justement ce qui fait de nous des humains. Ce texte est un brouillon que Marx n'a jamais publié (il paraît en 1932).

P1Ce qui distingue l'homme de l'animal, c'est une activité libre et consciente : produire, transformer la nature, et même créer selon les lois de la beauté.
P2 · prémisse impliciteUn être ne peut s'épanouir que s'il exerce librement ce qui fait son essence ; s'il en est privé, il ne peut pas être heureux dans cette activité.
P3Dans le travail salarié, l'activité n'est pas libre : elle est forcée, elle n'est qu'un moyen de gagner sa vie, et elle appartient à un autre.
Donc l'ouvrier ne peut pas s'épanouir dans son travail : il ne se sent lui-même qu'en dehors, et ne se sent libre que pour manger, boire, procréer. « Le bestial devient l'humain et l'humain devient le bestial. »

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P2, l'ordinateur trouve un cas où l'homme se définit par l'activité libre, où le travail n'est pas libre, mais où l'on s'y épanouit quand même, par exemple grâce aux collègues ou au salaire.
Valide avec P2. Marx ne l'écrit pas sous forme de règle générale, mais elle relie sa définition de l'homme (P1) à son constat sur le travail (P3). C'est une idée proche d'Aristote : être heureux, c'est bien exercer ce qui nous rend humains. Le débat porte sur P1 (l'homme se définit-il vraiment par le travail ?) et sur P3 (le travail salarié est-il vraiment forcé ?).
Analogie. Un oiseau dans une cage dorée a à manger et à boire. Il ne lui manque qu'une chose : voler, c'est-à-dire ce qui en fait un oiseau. Pour Marx, l'ouvrier est cet oiseau, et la cage, c'est un travail qui ne lui appartient pas.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Louis Althusser, Pour Marx 1965 · attaque la prémisse 1

Ce texte est celui d'un jeune Marx encore « humaniste », qui croit à une essence humaine. Dès 1845, Marx rompt avec cette idée (une « coupure ») : l'essence humaine n'est rien d'autre que « l'ensemble des rapports sociaux ». On ne peut donc pas fonder sa pensée sur P1. D'autres lecteurs (Erich Fromm, 1961) voient au contraire une continuité jusqu'au Capital.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1965, après sa mort (1883).
Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne 1958 · attaque la prémisse 1

Marx définit l'homme par le travail, puis rêve d'une société où le travail serait réduit au minimum : c'est contradictoire. Surtout, il confond le labeur (la peine répétée pour survivre, que l'on consomme aussitôt) et l'œuvre (fabriquer un monde durable). Ce qui nous rend humains, ce n'est pas seulement le labeur : c'est aussi l'œuvre et l'action politique.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1958, après sa mort (1883).
L
Les économistes libéraux (Frédéric Bastiat) 1850 · attaque la prémisse 3

Le salarié n'est pas forcé : il signe librement un contrat, il peut démissionner, et le salaire fixe le protège des risques que prend l'entrepreneur. Et, ajoute-t-on aujourd'hui, beaucoup de gens trouvent du sens dans leur métier.

Marx répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Marx Ce que dit déjà le texte de 1844
La preuve que ce travail est étranger : dès qu'il n'existe plus de contrainte physique ou autre, on le fuit comme la peste.
Le débat continue (notre résumé) Bastiat répondrait que tout effort pénible n'est pas une contrainte imposée par un autre : dans toute société, c'est la nature qui nous oblige à travailler pour vivre.