« Le plus grand poids » : voudrais-tu revivre ta vie ?
L'éternel retour, l'amor fati (Nietzsche)
Le sens n'est pas donné : il se crée, en disant oui à sa vie telle qu'elle est (amor fati), au point de pouvoir en vouloir le retour. Il faut vivre de façon à vouloir ce retour.
Un sens créé ne vaut que s'il résiste à l'épreuve de revivre sa vie à l'identique : on la maudit, ou on en veut le retour.
« « Le plus grand poids » : voudrais-tu revivre ta vie ? » est un argument de Nietzsche (Le Gai Savoir, §341 et §276 (1882) ; Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885)) sur la question « La vie a-t-elle un sens ? » (réponse : un sens à créer). Sa thèse : Le sens n'est pas donné : il se crée, en disant oui à sa vie telle qu'elle est (amor fati), au point de pouvoir en vouloir le retour. Il faut vivre de façon à vouloir ce retour. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un démon te dit : cette vie, exactement telle que tu l'as vécue, avec chaque douleur et chaque joie, tu devras la revivre une infinité de fois. Te jetterais-tu à terre pour le maudire, ou lui répondrais-tu : « Tu es un dieu » ? Pour Nietzsche, aucun sens ne nous est donné d'en haut : l'homme est celui qui met des valeurs dans les choses. La vraie question est donc de savoir si ton propre sens tient face à cette épreuve. Il faut vivre de façon à pouvoir vouloir le retour de sa vie : c'est l'amor fati, l'amour de ce qui est nécessaire. Nietzsche sait que l'épreuve peut écraser : son Zarathoustra lui-même est pris de dégoût devant la pensée du retour. On discute encore pour savoir si le retour est une thèse sur le monde ou seulement une épreuve de pensée.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un monde où personne n'est donné de sens, où quelqu'un veut le retour de sa vie, et où pourtant cette vie n'a aucun sens : le oui n'est alors qu'un sentiment passager.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Schopenhauer 1819 · attaque la prémisse 2Schopenhauer répond d'avance à la question du démon : vers la fin de sa vie, un homme à la fois réfléchi et sincère ne souhaiterait peut-être pas la recommencer, et préférerait de beaucoup le néant. Pour lui, toute vie est une série de grands et de petits malheurs. Si c'est vrai, la grande majorité maudirait le démon, et le sens que Nietzsche veut créer reposerait sur un oui que presque personne ne peut dire honnêtement.
sans réponse
Schopenhauer répond d'avance à la question du démon : vers la fin de sa vie, un homme à la fois réfléchi et sincère ne souhaiterait peut-être pas la recommencer, et préférerait de beaucoup le néant. Pour lui, toute vie est une série de grands et de petits malheurs. Si c'est vrai, la grande majorité maudirait le démon, et le sens que Nietzsche veut créer reposerait sur un oui que presque personne ne peut dire honnêtement.
Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe 1942 · attaque la prémisse 3Camus va aussi loin que Nietzsche dans le oui, mais il refuse le mot « sens ». Il écrit que la vie « sera d'autant mieux vécue qu'elle n'aura pas de sens ». Pour lui, le oui de Sisyphe ne crée rien : il est la lucidité de celui qui regarde son rocher sans espoir et ne se détourne pas. Appeler « sens » ce oui, c'est reprendre d'une main ce qu'on avait retiré de l'autre.
sans réponse
Camus va aussi loin que Nietzsche dans le oui, mais il refuse le mot « sens ». Il écrit que la vie « sera d'autant mieux vécue qu'elle n'aura pas de sens ». Pour lui, le oui de Sisyphe ne crée rien : il est la lucidité de celui qui regarde son rocher sans espoir et ne se détourne pas. Appeler « sens » ce oui, c'est reprendre d'une main ce qu'on avait retiré de l'autre.
RR. Lanier Anderson (résumé de la lecture cosmologique) 2017 · attaque la prémisse 2Le retour est-il une épreuve de pensée ou une thèse sur le monde ? Selon la Stanford Encyclopedia, les premiers lecteurs y voyaient surtout une hypothèse cosmologique sur la structure du temps ou du destin, alors que beaucoup de lecteurs récents y voient une épreuve pratique pour savoir si l'on a bien vécu. Si le retour est un fait, l'argument change : il ne s'agit plus de se demander ce qu'on voudrait, mais de se réconcilier avec ce qui revient de toute façon.
Nietzsche répond
Le retour est-il une épreuve de pensée ou une thèse sur le monde ? Selon la Stanford Encyclopedia, les premiers lecteurs y voyaient surtout une hypothèse cosmologique sur la structure du temps ou du destin, alors que beaucoup de lecteurs récents y voient une épreuve pratique pour savoir si l'on a bien vécu. Si le retour est un fait, l'argument change : il ne s'agit plus de se demander ce qu'on voudrait, mais de se réconcilier avec ce qui revient de toute façon.