QuestionsFaut-il avoir peur de la mort ?L'âme passe d'un corps à un autre
Faut-il avoir peur de la mort ?L'âme survit

L'âme passe d'un corps à un autre

Pythagore v. 582 av. J.-C. · v. 490 av. J.-C.Tout est nombre.
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Ce qu'il soutient

L'âme survit à la mort du corps et passe dans d'autres corps, y compris ceux de plantes et d'animaux.

Pourquoi

Pythagore disait se souvenir de ses vies passées, et un souvenir aurait été vérifié : l'âme passerait d'un corps à l'autre.

En bref

« L'âme passe d'un corps à un autre » est un argument de Pythagore (Diogène Laërce VIII 4-5 (d'après Héraclide du Pont) ; Xénophane, fr. 7) sur la question « Faut-il avoir peur de la mort ? » (réponse : l'âme survit). Sa thèse : L'âme survit à la mort du corps et passe dans d'autres corps, y compris ceux de plantes et d'animaux. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Diogène Laërce VIII 4-5 (d'après Héraclide du Pont) ; Xénophane, fr. 7
Valide avec une prémisse implicite

Aucun texte de Pythagore ne défend cette idée. Ce que nous avons, ce sont des récits : selon Héraclide du Pont (IVe s. av. J.-C., environ 150 ans après lui), cité par Diogène Laërce (vers 230 apr. J.-C.), Pythagore disait avoir été Éthalide, puis Euphorbe, puis Hermotime, puis Pyrrhos, et se souvenir de tout. Un contemporain, Xénophane (vers 500 av. J.-C.), raconte en vers, avec « on raconte », qu'un homme reconnut à la voix d'un chiot battu l'âme d'un ami ; les vers ne donnent pas de nom, c'est Diogène Laërce qui dit qu'il s'agit de Pythagore. Le récit est légendaire, et certains lecteurs voient dans les vers de Xénophane une moquerie. L'argument ci-dessous est la forme la plus forte que nous puissions reconstruire à partir de ces récits : c'est une reconstruction, pas un raisonnement que Pythagore aurait écrit.

P1Selon Héraclide du Pont, Pythagore disait se souvenir de ses vies antérieures : Éthalide, Euphorbe, Hermotime, Pyrrhos.
P2Selon le même récit, un de ces souvenirs aurait été mis à l'épreuve : Hermotime, une de ces vies, aurait reconnu à Branchides le bouclier que Ménélas avait consacré à Apollon.
P3 · prémisse impliciteQuand quelqu'un se souvient de façon précise et vérifiable d'événements vécus par un autre corps, c'est que la même âme a habité les deux.
Donc l'âme survit à la mort du corps et passe dans d'autres corps, y compris ceux de plantes et d'animaux.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où Pythagore dit se souvenir, où un souvenir est mis à l'épreuve avec succès, et où pourtant aucune âme ne passe d'un corps à l'autre (par exemple, le souvenir vient d'un récit transmis).
Avec P3, la conclusion suit. Sans elle, rien ne relie le souvenir à une âme qui continue : le souvenir pourrait venir d'ailleurs (une histoire apprise, un objet reconnu parce qu'on l'a déjà vu). P3 n'est écrite nulle part : c'est notre prémisse implicite, ajoutée par charité, et c'est elle qui porte tout le poids. Notons aussi que l'argument suppose que P1 et P2 sont vrais comme faits : ils ne nous viennent que d'un récit légendaire.
Analogie. Quelqu'un entre dans une maison inconnue et décrit sans se tromper la pièce du fond. On peut conclure qu'il y a déjà vécu. Mais il peut aussi avoir vu des photos. Le souvenir précis ne prouve la même vie que si on exclut les autres sources.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Cébès (personnage de Platon, Phédon) 380 av. J.-C. · attaque la conclusion

Même si l'on accorde que l'âme a existé avant la naissance et qu'elle peut renaître plusieurs fois, rien ne prouve qu'elle ne s'use pas dans ces naissances et ne finit pas par disparaître tout à fait dans l'une de ses morts. Cébès compare l'âme à un tisserand qui use beaucoup de manteaux : il leur survit tous, mais il meurt avant le dernier. Passer par plusieurs corps ne prouve pas qu'on passe par un nombre infini.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en -380, après sa mort (-490).
Le débat continue (notre résumé) Pythagore ne peut pas répondre : Platon écrit environ un siècle après sa mort, et nous n'avons aucun texte de lui. Dans le Phédon, Socrate répond à Cébès par d'autres arguments (sur les Formes), qui ne sont pas ceux de Pythagore. Notons aussi que Cébès accorde la conclusion telle qu'elle est écrite ici (l'âme survit et passe dans d'autres corps) : il attaque seulement l'idée d'une survie sans fin. Il est lui-même lié au pythagoricien Philolaos, et ses doutes ne disent pas ce que pensaient les pythagoriciens.
Aristote 340 av. J.-C. · attaque la conclusion

Les « mythes pythagoriciens » parlent comme si n'importe quelle âme pouvait entrer dans n'importe quel corps. Or chaque corps a sa forme propre, et chaque art ou chaque âme a ses propres outils. Dire qu'une âme humaine peut passer dans un chien, c'est comme dire que l'art du charpentier peut passer dans des flûtes.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en -340, après sa mort (-490).
Le débat continue (notre résumé) Pythagore ne peut pas répondre : Aristote écrit environ 150 ans après sa mort, et vise « les mythes pythagoriciens » en général, pas un texte de lui. Un défenseur pourrait dire que, dans les récits rapportés, l'âme garde la mémoire d'un corps à l'autre : l'identité est dans l'âme et son souvenir, pas dans la forme du corps. Aristote tient au contraire que l'âme est la forme d'un corps précis.