QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?Le pacte social : obéir à la loi et rester libre
Qu'est-ce qu'une société juste ?Le contrat

Le pacte social : obéir à la loi et rester libre

Jean-Jacques Rousseau 1712 · 1778L'homme naît bon, c'est la société qui le corrompt.
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Ce qu'il soutient

Dans une société fondée sur le pacte social, le citoyen qui obéit aux lois reste libre.

Pourquoi

Si les lois viennent de la volonté de tous et s'appliquent à tous, leur obéir, c'est n'obéir qu'à soi-même.

En bref

« Le pacte social : obéir à la loi et rester libre » est un argument de Jean-Jacques Rousseau (Du contrat social, I, 6-8) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : le contrat). Sa thèse : Dans une société fondée sur le pacte social, le citoyen qui obéit aux lois reste libre. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 5 prémisses. AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Du contrat social, I, 6-8
Valide

Rousseau part d'un problème : trouver une association qui protège chacun avec la force de tous, et où chacun « n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant ». Sa solution : un pacte où le peuple entier fait les lois. Il ne raconte pas une histoire réelle : il donne un critère pour juger si une société est légitime.

P1Être libre, ce n'est pas suivre toutes ses envies : c'est obéir à la loi qu'on s'est donnée à soi-même.
P2Par le pacte social, chacun met sa personne sous la direction de la volonté générale, dont il fait partie comme citoyen : les lois sont des actes de cette volonté générale.
P3Une vraie loi part de tous et s'applique à tous : chacun se soumet aux conditions qu'il impose aux autres, donc personne n'a intérêt à la rendre injuste.
P4La volonté générale est la volonté que chacun a comme citoyen, même quand, comme individu, son avis ou son intérêt est différent.
P5Si les lois viennent de la volonté générale, s'appliquent à tous également, et si cette volonté est bien la mienne, alors obéir aux lois, c'est obéir à la loi que je me suis donnée.
Donc, dans une société fondée sur le pacte social, le citoyen qui obéit aux lois reste libre.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
L'argument est valide et chaque prémisse est indispensable. Il n'y a pas de prémisse cachée : P4 est écrite par Rousseau, juste après le pacte (I, 7 : la volonté générale « qu'il a comme Citoyen »), et redite plus loin (IV, 2 : « la volonté générale qui est la leur »). Mais c'est la prémisse que visent presque toutes les critiques : sans elle, des lois générales et votées par tous peuvent encore être la volonté des autres, et j'obéis alors à autrui.
Analogie. Une équipe vote ses propres règles, et les mêmes règles valent pour tout le monde, capitaine compris. Si tu as voté contre une règle mais que tu veux vraiment le bien de l'équipe, la suivre reste ton choix. Toute la question : ce que veut l'équipe est-il vraiment ce que tu veux, toi ?

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Objection anticipée par Rousseau attaque la prémisse 4

Celui qui a voté contre une loi doit quand même lui obéir. Comment peut-il être libre en se soumettant à une volonté qui n'est pas la sienne ?

Rousseau répond
Rousseau
La question est mal posée. Voter, ce n'est pas dire ce que je préfère, c'est dire ce que je crois être la volonté générale. Si l'avis contraire l'emporte, cela prouve seulement que je me trompais. Rousseau ajoute une condition : cela suppose que la majorité ait encore les caractères de la volonté générale ; sinon, il n'y a plus de liberté.
Hume 1748 · attaque la prémisse 2

Le contrat est une fiction. Presque tous les gouvernements sont nés de la conquête ou de l'usurpation, et la plupart des gens n'ont jamais consenti à rien. Dire qu'on consent parce qu'on reste dans son pays, c'est comme dire qu'un homme embarqué de force pendant son sommeil consent à obéir au capitaine parce qu'il ne saute pas à la mer.

Rousseau répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Rousseau
Rousseau ne répond pas à Hume nommément, mais il dit déjà que son pacte n'est pas un fait historique, et que rester dans un pays ne vaut consentement que dans un État libre : ailleurs, la famille, les biens, la nécessité ou la violence peuvent retenir quelqu'un malgré lui.
Benjamin Constant 1819 · attaque la prémisse 1

Rousseau confond deux libertés. Pour les Anciens, être libre, c'était participer au pouvoir collectif. Pour les Modernes, c'est être protégé dans sa vie privée, même contre la majorité. En donnant un pouvoir sans limite à la volonté générale, Rousseau a fourni des prétextes à la tyrannie.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1819, après sa mort (1778).
I
Isaiah Berlin 1958 · attaque la prémisse 4

Si ma « vraie » volonté est la volonté générale, on peut me contraindre en disant que je veux vraiment ce qu'on m'impose. La formule de Rousseau, « on le forcera d'être libre », montre le danger : la liberté devient une raison d'obéir.

Rousseau répond
Rousseau Ce que Rousseau écrit juste après (bien avant l'objection)
Rousseau ne pouvait pas répondre à Berlin, mais la phrase continue : être forcé d'obéir à la loi commune, c'est être protégé de « toute dépendance personnelle », c'est-à-dire de la volonté d'un maître. Pour lui, la contrainte vient de la loi égale pour tous, jamais d'un homme.
Le débat continue (notre résumé) Berlin répondrait que c'est justement ce que dit tout pouvoir qui contraint au nom de la loi.