Un sens sans dessein : le culte de l'homme libre
La vie n'a pas de sens donné par l'univers, mais elle peut en avoir un : celui que nous lui donnons en servant librement le bien et en aidant nos compagnons de route.
Le monde n'a pas de dessein ; s'incliner devant lui est une soumission d'esclave, alors que servir des idéaux choisis donne un sens.
« Un sens sans dessein : le culte de l'homme libre » est un argument de Bertrand Russell (Le Culte de l'homme libre, 1903) sur la question « La vie a-t-elle un sens ? » (réponse : un sens à créer). Sa thèse : La vie n'a pas de sens donné par l'univers, mais elle peut en avoir un : celui que nous lui donnons en servant librement le bien et en aidant nos compagnons de route. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 5 objections, dont 4 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Russell a 30 ans quand il écrit ce court essai. La science, dit-il, décrit un monde sans but : l'homme est le fruit de causes aveugles, et tout ce qu'il a construit finira dans la mort du système solaire. Faut-il désespérer ? Russell soutient qu'au contraire c'est à partir de là, sur « le ferme fondement d'un désespoir inébranlable », qu'on peut bâtir une vie qui a un sens. Ce sens ne vient pas de l'univers : il vient des idéaux que nous choisissons de servir.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où l'univers n'a pas de dessein, où l'on refuse d'adorer la force et où l'on sert le bien, mais où cela ne donne aucun sens à la vie : celui du nihiliste, pour qui rien, au bout du compte, ne compte.
Objections
5Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Objection anticipée par Russell (la révolte prométhéenne) attaque la prémisse 2Il y a une troisième attitude : ni s'incliner ni contempler, mais se révolter. Défier comme Prométhée un univers hostile, garder toujours son mal sous les yeux et le haïr. (Camus défendra une révolte de ce genre en 1942.)
Russell répond
Il y a une troisième attitude : ni s'incliner ni contempler, mais se révolter. Défier comme Prométhée un univers hostile, garder toujours son mal sous les yeux et le haïr. (Camus défendra une révolte de ce genre en 1942.)
LLe père Copleston (débat de 1948) 1948 · attaque la prémisse 4Si Dieu n'existe pas, les hommes et l'histoire n'ont pas d'autre but que celui qu'ils se donnent. En pratique, ce sera celui qu'imposent ceux qui ont le pouvoir de l'imposer. Un sens « choisi » ne protège donc pas de la loi du plus fort.
Russell répond
Si Dieu n'existe pas, les hommes et l'histoire n'ont pas d'autre but que celui qu'ils se donnent. En pratique, ce sera celui qu'imposent ceux qui ont le pouvoir de l'imposer. Un sens « choisi » ne protège donc pas de la loi du plus fort.
LLe père Copleston (débat de 1948) 1948 · attaque la prémisse 3Sans Dieu, sans être absolu, il n'y a pas de valeurs absolues : il en résulte que toutes les valeurs sont relatives. Alors pourquoi servir le Bien plutôt que la Force ?
Russell répond
Sans Dieu, sans être absolu, il n'y a pas de valeurs absolues : il en résulte que toutes les valeurs sont relatives. Alors pourquoi servir le Bien plutôt que la Force ?
LLe père Copleston (débat de 1948) 1948 · attaque la prémisse 3Si le bien et le mal ne sont qu'une affaire de sentiment, il n'y a plus aucun critère objectif pour condamner le commandant du camp de Belsen, pour qui ses actes étaient agréables. Russell rejette la Force au nom du Bien, mais sa théorie ne lui permet pas de dire pourquoi.
Russell répond
Si le bien et le mal ne sont qu'une affaire de sentiment, il n'y a plus aucun critère objectif pour condamner le commandant du camp de Belsen, pour qui ses actes étaient agréables. Russell rejette la Force au nom du Bien, mais sa théorie ne lui permet pas de dire pourquoi.
William Lane Craig 1994 · attaque la prémisse 4Si tout finit dans la mort de l'univers, rien de ce que nous faisons ne change quoi que ce soit au bout du compte. Un sens qu'on se donne soi-même est une illusion : on fait « comme si » la vie comptait. Sans Dieu et sans immortalité, la vie est absurde. Russell a le courage de le dire, mais personne ne peut vivre de façon cohérente sur « le désespoir inébranlable » : il faut emprunter en cachette un sens que sa vision du monde ne donne pas.
sans réponse
Si tout finit dans la mort de l'univers, rien de ce que nous faisons ne change quoi que ce soit au bout du compte. Un sens qu'on se donne soi-même est une illusion : on fait « comme si » la vie comptait. Sans Dieu et sans immortalité, la vie est absurde. Russell a le courage de le dire, mais personne ne peut vivre de façon cohérente sur « le désespoir inébranlable » : il faut emprunter en cachette un sens que sa vision du monde ne donne pas.