QuestionsQu'est-ce que le bonheur ?Le pendule : de la souffrance à l'ennui
Qu'est-ce que le bonheur ?Pas de bonheur durable

Le pendule : de la souffrance à l'ennui

Arthur Schopenhauer 1788 · 1860La vie oscille entre la souffrance et l'ennui.
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Ce qu'il soutient

Il n'y a pas de bonheur durable : la vie oscille, comme un pendule, entre la souffrance et l'ennui.

Pourquoi

Nous oscillons entre le désir qui fait souffrir et l'ennui une fois comblés, et la contemplation ne dure qu'un instant.

En bref

« Le pendule : de la souffrance à l'ennui » est un argument d'Arthur Schopenhauer (Le Monde, I, § 38, 57, 58) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : pas de bonheur durable). Sa thèse : Il n'y a pas de bonheur durable : la vie oscille, comme un pendule, entre la souffrance et l'ennui. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Le Monde, I, § 38, 57, 58
Valide avec une prémisse implicite

L'argument le plus célèbre de Schopenhauer. Quand on désire, on souffre du manque. Quand on a obtenu ce qu'on voulait, le plaisir s'éteint aussitôt et l'ennui arrive. Un bonheur qui dure est donc impossible : la vie va et vient, comme un pendule, entre les deux.

P1Vouloir, c'est tout notre être, et tout vouloir naît d'un manque : désirer, c'est souffrir.
P2La satisfaction n'est que négative : elle supprime un désir, et le plaisir disparaît avec lui. Elle ne laisse rien derrière elle.
P3Quand il n'y a plus rien à désirer, c'est le vide et l'ennui : l'existence elle-même devient un fardeau.
P4La contemplation sans désir (devant l'art ou la nature) nous délivre vraiment, mais seulement par instants : personne n'a la force de s'y tenir longtemps.
P5 · prémisse impliciteIl n'y a pas d'autre état durable que ces trois-là : désirer, être satisfait, ou contempler. En particulier, il n'existe pas de joie durable et positive, comme le plaisir d'une activité qu'on aime pour elle-même.
P6Un bonheur véritable et durable demande le repos : il exclut la souffrance comme l'ennui.
Donc il n'y a pas de bonheur durable : la vie oscille, comme un pendule, entre la souffrance et l'ennui.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve une vie où un bonheur durable existe sans être ni un désir, ni une satisfaction, ni une contemplation : par exemple une activité aimée pour elle-même. Rien n'empêche alors ce bonheur d'être sans souffrance et sans ennui.
Valide avec P5, que Schopenhauer ne formule pas, mais que tout son raisonnement suppose : le désir, sa satisfaction et la contemplation seraient les seules manières de vivre un moment. C'est le point faible. Aristote et la psychologie d'aujourd'hui décrivent un autre état : être absorbé dans une activité qu'on aime (jouer de la musique, chercher, créer), où l'on désire sans souffrir et où l'on ne s'ennuie pas. Si cet état existe et peut durer, le pendule n'est qu'une partie de la vie, pas toute la vie. Les autres attaques visent P2 (certains plaisirs ne suivent aucun manque) et P4 (la contemplation peut-elle durer ?).
Analogie. Tu attends un nouveau téléphone pendant des semaines : l'attente est pénible. Le jour où tu l'as, la joie est forte, puis en quelques jours il devient banal. Tu te mets à vouloir autre chose, ou tu t'ennuies. Schopenhauer dit que toute la vie est faite ainsi. La question est : n'y a-t-il vraiment rien d'autre, comme ces heures où l'on est tellement pris par ce qu'on fait qu'on ne veut rien de plus ?

Objections

4

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Platon (les plaisirs purs) 375 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Tous les plaisirs ne sont pas la fin d'une douleur. Le plaisir d'une bonne odeur arrive soudain, sans aucun manque avant, et ne laisse aucune douleur quand il cesse. Croire que le plaisir n'est que l'arrêt de la douleur, c'est une illusion.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Schopenhauer dans ses textes.
Épicure (le bonheur, c'est l'absence de trouble) 300 av. J.-C. · attaque la prémisse 3

Ne plus rien désirer n'est pas forcément l'ennui. L'absence de douleur dans le corps et de trouble dans l'âme (l'ataraxie) est justement le plus grand bonheur, et le sage peut y vivre durablement.

Schopenhauer répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Schopenhauer
Schopenhauer donne en partie raison à Épicure : cet état sans douleur est bien le plus haut bien, l'état des dieux. Mais on ne l'atteint qu'en échappant au vouloir, dans la contemplation, et seulement pour un instant.
Aristote (le bonheur est une activité) 330 av. J.-C. · attaque la prémisse 4

Le bonheur n'est pas un état qu'on atteint, c'est une activité, et le plaisir l'accompagne et la complète. La contemplation, l'activité de l'intelligence, est même la plus continue de toutes : on peut contempler plus longtemps que faire n'importe quoi d'autre.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Schopenhauer dans ses textes.
Nietzsche 1889 · attaque la conclusion

Un jugement sur la valeur de la vie, porté par un vivant, ne prouve rien : ce n'est que le symptôme d'une certaine manière de vivre. Pour juger la vie tout entière, il faudrait se placer en dehors d'elle, ce qui est impossible. Le pessimisme de Schopenhauer dit quelque chose de Schopenhauer, pas de la vie.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1889, après sa mort (1860).