QuestionsQu'est-ce qu'une société juste ?La liberté de penser et de dire
Qu'est-ce qu'une société juste ?Les libertés

La liberté de penser et de dire

Baruch Spinoza 1632 · 1677Dieu, c'est-à-dire la Nature : tout suit de nécessité.
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Ce qu'il soutient

L'État doit régler les actes, et laisser chacun penser ce qu'il veut et dire ce qu'il pense.

Pourquoi

On ne peut pas forcer quelqu'un à penser autrement : interdire de parler ne change pas les pensées, cela corrompt la bonne foi.

En bref

« La liberté de penser et de dire » est un argument de Baruch Spinoza (Traité théologico-politique, ch. 20) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : les libertés). Sa thèse : L'État doit régler les actes, et laisser chacun penser ce qu'il veut et dire ce qu'il pense. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Traité théologico-politique, ch. 20
Valide avec une prémisse implicite

En 1670, dans un pays où l'on censure les livres, Spinoza publie sans nom d'auteur un plaidoyer pour la liberté de penser. Son argument ne repose pas sur des bons sentiments, mais sur ce qu'un État peut et ne peut pas obtenir des hommes.

P1Personne ne peut transférer à un autre son droit de raisonner et de juger librement, ni y être forcé.
P2En formant l'État, chacun a cédé le droit d'agir selon sa seule décision, mais pas celui de raisonner et de juger.
P3La fin de l'État n'est pas de dominer ni de faire des hommes des automates, mais la liberté.
P4Interdire de dire ce qu'on pense ne change pas ce qu'on pense : les gens pensent une chose et en disent une autre, la bonne foi se corrompt, la flatterie et la perfidie prospèrent.
P5 · prémisse impliciteUn État ne doit pas exiger ce qu'il ne peut pas obtenir, quand l'exiger nuit à la paix et contredit sa propre fin.
Donc l'État doit régler les actes, et laisser chacun penser ce qu'il veut et dire ce qu'il pense.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où la pensée est inaliénable, où le pacte ne porte que sur les actes, où l'État vise la liberté et où la censure nuit, mais où l'État n'est pas tenu de laisser parler.
Avec P5, la conclusion suit. Sans elle, on peut accepter tous les faits (la pensée ne se commande pas, la censure rend hypocrite) et conclure quand même qu'il faut censurer, par exemple pour sauver les âmes ou imposer la vraie religion. P5 est la règle de prudence politique qui relie les faits à la conclusion. Noter la limite que pose Spinoza lui-même : on peut tout dire, mais on doit obéir aux lois dans ses actes.
Analogie. Un professeur peut exiger le silence pendant un contrôle : c'est un acte. Il ne peut pas exiger que ses élèves pensent qu'il a raison. S'il punit ceux qui le contredisent, il n'obtient pas leur accord, seulement des élèves qui font semblant.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Objection anticipée par Spinoza attaque la prémisse 4

Les paroles peuvent blesser le pouvoir autant que les actes. Laisser tout dire, c'est laisser prêcher la révolte.

Spinoza répond
Spinoza
Sont séditieuses les seules opinions qui, dès qu'on les pose, détruisent le pacte : par exemple, que le souverain n'a aucun droit, ou que personne n'est tenu de tenir ses promesses. Celles-là, on peut les interdire, car elles valent comme des actes. Les autres doivent rester libres.
Hobbes 1651 · attaque la prémisse 2

Hobbes accorde que la pensée intérieure reste libre. Mais parler, publier, enseigner sont des actes, et les actions des hommes naissent de leurs opinions. Pour garantir la paix, le souverain doit donc juger quelles opinions et doctrines peuvent être enseignées : les citoyens lui ont transféré ce droit (Léviathan, ch. 18).

Spinoza répond
Spinoza
Ce qui me sépare de Hobbes, c'est que je conserve toujours le droit naturel intact : le souverain n'a de droit sur les sujets que dans la mesure de son pouvoir. Et, comme le montre le Traité (ch. 20), aucun pouvoir ne peut commander aux esprits.
Locke 1689 · attaque la conclusion

La tolérance a une limite : ceux qui nient l'existence de Dieu ne doivent pas être tolérés, car les promesses, les contrats et les serments, liens de la société, n'ont aucune prise sur un athée.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1689, après sa mort (1677).