Les Indiens étaient les vrais maîtres de leurs terres
Les Indiens, vrais maîtres de leurs biens (De Indis)
Les Indiens étaient, avant l'arrivée des Espagnols, de vrais maîtres de leurs biens et de leurs pays, en droit privé comme en droit public, au même titre que les chrétiens ; on ne pouvait les en dépouiller pour ces raisons.
Ni le péché, ni l'incroyance, ni un prétendu manque de raison n'ôtent à un peuple ses biens : ce droit vient de la nature, non de la foi.
« Les Indiens étaient les vrais maîtres de leurs terres » est un argument de Francisco de Vitoria (Relectio de Indis, 1539 (publiée en 1557), question 1, 1539) sur la question « Qu'est-ce qu'une société juste ? » (réponse : les droits naturels). Sa thèse : Les Indiens étaient, avant l'arrivée des Espagnols, de vrais maîtres de leurs biens et de leurs pays, en droit privé comme en droit public, au même titre que les chrétiens ; on ne pouvait les en dépouiller pour ces raisons. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Les Espagnols viennent de s'emparer de terres immenses en Amérique. Peuvent-ils légitimement les garder ? Vitoria, théologien à Salamanque, commence par une question plus simple : avant l'arrivée des Espagnols, ces peuples possédaient-ils vraiment leurs biens et gouvernaient-ils vraiment leurs pays ? Les adversaires disaient non, pour trois raisons possibles : ce sont des pécheurs, des incroyants, ou des gens sans assez de raison. Vitoria les examine l'une après l'autre. Pour lui, la propriété et le pouvoir viennent de la nature humaine (être doué de raison, image de Dieu) et non de la foi ou de la vertu. Les peuples d'Amérique ont donc un vrai droit sur leurs terres, comme les chrétiens. Attention : Vitoria ne conclut pas que la conquête est injuste en tout. Dans la suite de la leçon, il cherche des titres qui pourraient la justifier (droit de voyager et de commercer, de prêcher), et certains critiques pensent qu'ils reprennent d'une main ce que la première partie donne de l'autre. L'argument présenté ici est la première partie, celle qui reconnaît le droit.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où le peuple est raisonnable, sans péché ni esclavage, mais perd quand même la propriété pour une cinquième raison que l'argument n'a pas écartée (par exemple une décision du pape ou de l'empereur).
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Les partisans de l'esclavage « par nature » (d'après Aristote, cités par Vitoria) 1539 · attaque la prémisse 3Selon Aristote, certains hommes sont faits pour servir plutôt que pour commander. Les Indiens semblent « peu différents des bêtes » et incapables de se gouverner eux-mêmes : il vaut mieux pour eux d'être dirigés par d'autres. Un esclave ne possède rien, donc eux non plus ; et s'ils n'avaient pas de maître avant les Espagnols, on peut les prendre comme on prend une chose abandonnée.
un défenseur répond
Selon Aristote, certains hommes sont faits pour servir plutôt que pour commander. Les Indiens semblent « peu différents des bêtes » et incapables de se gouverner eux-mêmes : il vaut mieux pour eux d'être dirigés par d'autres. Un esclave ne possède rien, donc eux non plus ; et s'ils n'avaient pas de maître avant les Espagnols, on peut les prendre comme on prend une chose abandonnée.
Voir la suite du débat (1)
John Wycliffe et les vaudois (tels que Vitoria les rapporte) 1376 · attaque la prémisse 1Certains pensent que c'est la grâce de Dieu qui donne le droit de posséder et de gouverner. Celui qui est en état de péché mortel n'a alors aucun vrai pouvoir sur rien. Le Dieu qui a donné les biens les reprendrait à ceux qui lui désobéissent, comme un prince reprend un château à des rebelles. Vitoria rappelle qu'une thèse de Wycliffe en ce sens (« nul n'est maître civil tant qu'il est en péché mortel ») a été condamnée par le concile de Constance.
un défenseur répond
Certains pensent que c'est la grâce de Dieu qui donne le droit de posséder et de gouverner. Celui qui est en état de péché mortel n'a alors aucun vrai pouvoir sur rien. Le Dieu qui a donné les biens les reprendrait à ceux qui lui désobéissent, comme un prince reprend un château à des rebelles. Vitoria rappelle qu'une thèse de Wycliffe en ce sens (« nul n'est maître civil tant qu'il est en péché mortel ») a été condamnée par le concile de Constance.
AAntony Anghie 2005 · attaque la conclusionPour ce juriste contemporain, la leçon de Vitoria reconnaît les droits des Indiens, mais pour mieux les soumettre à un droit « universel » que les Espagnols définissent. Les Espagnols ont le droit de voyager, de commercer et de prêcher chez les Indiens. Si les Indiens s'y opposent, ils commettent une injustice et la guerre devient juste. La reconnaissance de leur propriété sert alors à justifier la conquête au lieu de l'arrêter.
un défenseur répond
Pour ce juriste contemporain, la leçon de Vitoria reconnaît les droits des Indiens, mais pour mieux les soumettre à un droit « universel » que les Espagnols définissent. Les Espagnols ont le droit de voyager, de commercer et de prêcher chez les Indiens. Si les Indiens s'y opposent, ils commettent une injustice et la guerre devient juste. La reconnaissance de leur propriété sert alors à justifier la conquête au lieu de l'arrêter.
Vitoria lui-même (même leçon, section III) 1539 · attaque la prémisse 3Vitoria envisage à la fin de sa leçon un autre titre, qu'il dit ne pas oser affirmer ni condamner tout à fait : les Indiens ne seraient « pas tout à fait sans intelligence » mais peu s'en faut, incapables d'administrer un État à la façon des peuples européens. Les rois d'Espagne pourraient alors se charger de leur gouvernement, pour leur bien, comme on le fait pour des enfants. Cette idée semble en tension avec P3.
sans réponse
Vitoria envisage à la fin de sa leçon un autre titre, qu'il dit ne pas oser affirmer ni condamner tout à fait : les Indiens ne seraient « pas tout à fait sans intelligence » mais peu s'en faut, incapables d'administrer un État à la façon des peuples européens. Les rois d'Espagne pourraient alors se charger de leur gouvernement, pour leur bien, comme on le fait pour des enfants. Cette idée semble en tension avec P3.