QuestionsQu'est-ce que le bonheur ?L'alchimie du bonheur : connaître et aimer Dieu
Qu'est-ce que le bonheur ?En Dieu

L'alchimie du bonheur : connaître et aimer Dieu

L'Alchimie du bonheur

Al-Ghazali 1058 · 1111La raison a ses limites : la certitude vient de l'expérience de Dieu.
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Ce qu'il soutient

Le vrai bonheur est la connaissance et l'amour de Dieu, la jouissance de Dieu.

Pourquoi

Chaque faculté a son plaisir dans son objet ; celle de l'âme est de connaître, et son plus haut objet est Dieu, d'où son plus grand plaisir.

La même idée à travers l'histoire
Aristote330 av. J.-C.Éthique à Nicomaque, I, 7 et X, 7 : le bonheur est l'activité propre de ce qu'il y a de plus élevé en l'homme, et cette activité, à son plus haut degré, est la contemplation. Al-Ghazali garde la forme de l'idée (la plus haute faculté dans son plus haut objet) mais en fait la connaissance et l'amour de Dieu.
Augustin397Augustin : notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose pas en Dieu. Al-Ghazali dit le même besoin de repos, mais en le déduisant du plaisir propre à chaque faculté.
En bref

« L'alchimie du bonheur : connaître et aimer Dieu » est un argument d'Al-Ghazali (L'Alchimie du bonheur (Kimiya-yi sa'adat), vers 1105, chap. I, II et VIII) sur la question « Qu'est-ce que le bonheur ? » (réponse : en dieu). Sa thèse : Le vrai bonheur est la connaissance et l'amour de Dieu, la jouissance de Dieu. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

L'Alchimie du bonheur (Kimiya-yi sa'adat), vers 1105, chap. I, II et VIII
Valide avec une prémisse implicite

Al-Ghazali écrit en persan un abrégé de sa grande somme, la Revivification des sciences de la religion. Il l'appelle L'Alchimie du bonheur : comme l'alchimiste voulait changer le plomb en or, il veut changer le cœur par la connaissance de soi, de Dieu, du monde et de l'au-delà. Son idée centrale est simple. Chaque faculté humaine a son plaisir propre dans l'objet pour lequel elle est faite : le désir dans son accomplissement, la colère dans la vengeance, l'oeil dans la beauté, l'oreille dans l'harmonie. La faculté la plus haute de l'âme est la connaissance de la vérité. Rien n'est plus haut que Dieu, donc son plaisir le plus grand est de connaître et d'aimer Dieu, et c'est là le bonheur.

P1Chaque faculté de l'être humain trouve son plaisir dans l'objet pour lequel elle a été créée.
P2La fonction la plus haute de l'âme est de percevoir la vérité : c'est là qu'elle trouve son plaisir propre, et plus l'objet connu est élevé, plus le plaisir est grand.
P3Rien n'est plus haut que Dieu : la connaissance vraie de Dieu donne donc le plus grand plaisir.
P4Connaître Dieu conduit à l'aimer : lui seul est digne de notre amour, et qui ne l'aime pas ne le connaît pas.
P5Les appétits du corps meurent avec leurs organes, mais l'âme survit et garde, en l'augmentant, la connaissance de Dieu qu'elle a.
P6 · prémisse impliciteLe bonheur est le plus grand plaisir de la plus haute faculté de l'être humain, dans un objet qui ne lui est pas enlevé par la mort.
Donc le vrai bonheur est la connaissance et l'amour de Dieu, la jouissance de Dieu.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un monde où connaître Dieu donne bien le plus grand plaisir, durable, à la plus haute faculté, mais où le bonheur demande aussi autre chose, par exemple une vie bonne avec des amis et des biens extérieurs. Les prémisses restent vraies, pas la conclusion.
L'argument est valide avec P6. P1 à P5 disent que la connaissance de Dieu donne le plus grand plaisir à la plus haute faculté, qu'elle conduit à l'amour, et qu'elle dure après la mort. Il faut encore dire que cela suffit à faire le bonheur : c'est P6. Les objections visent P6 (le bonheur est-il seulement cela ?) et P3 (peut-on vraiment connaître Dieu ?).
Analogie. Pour expliquer à un enfant le plaisir de gouverner, on ne peut que le comparer à son plaisir de jouer à la balle, alors que les deux n'ont presque rien en commun. Al-Ghazali se sert de cette image : nous qui ne connaissons que les plaisirs du corps, nous n'avons qu'une idée très faible du plaisir de connaître Dieu.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Aristote 330 av. J.-C. · attaque la prémisse 6

Le bonheur est l'activité des meilleures facultés, mais il a aussi besoin de biens extérieurs : il est impossible, ou difficile, d'accomplir de belles actions sans les moyens nécessaires. Le bonheur ne se réduit pas à la seule activité de l'âme.

un défenseur répond
Al-Ghazali défenseur de l'argument
Al-Ghazali accepte que le corps ait des besoins, mais il en fait un moyen. L'âme doit soigner le corps comme le pèlerin soigne son chameau ; s'il y passe tout son temps, la caravane le laisse derrière lui.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : accord sur le fait que les besoins du corps existent. Le désaccord porte sur leur place : Aristote les compte dans le bonheur (au moins comme condition), Al-Ghazali les subordonne. Pas de réponse largement acceptée.
Emmanuel Kant 1787 · attaque la prémisse 3

La raison ne peut rien savoir de ce qui dépasse l'expérience possible. Kant dit qu'il a dû supprimer le savoir pour faire place à la croyance : on peut croire en Dieu, mais on ne peut pas le connaître au sens d'un savoir.

un défenseur répond
Al-Ghazali défenseur de l'argument
Dans l'Alchimie, Al-Ghazali dit lui-même que la connaissance de Dieu à notre portée est imparfaite, et qu'elle n'est pas un savoir seulement théorique : elle doit aller avec la prière et le culte.
Al-Ghazali défenseur de l'argument
Dans Erreur et délivrance, il raconte que sa sortie du doute (sur les vérités premières de la raison) ne vint pas d'un assemblage de preuves, mais d'une lumière que Dieu jeta dans sa poitrine.
Le débat continue (notre résumé) Notre résumé : ce passage, écrit sept siècles avant Kant, parle de la confiance dans la raison, pas directement de la connaissance de Dieu. Il montre seulement que, pour Al-Ghazali, la certitude la plus haute ne vient pas d'une démonstration.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : Kant et Al-Ghazali s'accordent sur un point, la raison seule ne démontre pas Dieu. Ils se séparent sur la suite : pour Kant, il reste la foi morale ; pour Al-Ghazali, il reste l'expérience vécue d'une lumière. Que cette expérience soit une connaissance reste le point débattu.
Ludwig Feuerbach 1841 · attaque la conclusion

La connaissance que l'homme a de Dieu est la connaissance qu'il a de lui-même, de sa propre nature. Le plaisir que l'on dit trouver en Dieu est le plaisir que l'on prend aux qualités humaines, projetées sur un être imaginé.

un défenseur répond
Al-Ghazali défenseur de l'argument
Al-Ghazali ouvre l'Alchimie en disant que la connaissance de soi est la clé de la connaissance de Dieu, mais pour lui le chemin va de l'âme vers ce qui la dépasse. Il faut voir en soi des signes qui renvoient à autre chose que soi.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : les deux partent de la même idée, connaître Dieu et se connaître vont ensemble. Feuerbach conclut que Dieu est l'homme projeté ; Al-Ghazali, que l'homme est un signe de Dieu. Le débat porte sur la direction du lien et reste ouvert.