Le coton et le feu : la cause n'est pas nécessaire
Rien ne prouve que le feu produise nécessairement la combustion. Il est possible que le feu touche le coton sans le brûler, si Dieu ne crée pas la combustion : le lien entre cause et effet n'est pas nécessaire.
On observe le feu puis la brûlure, jamais le lien qui forcerait l'un à suivre l'autre ; nier ce lien n'est pas contradictoire.
« Le coton et le feu : la cause n'est pas nécessaire » est un argument d'Al-Ghazali (L'Incohérence des philosophes, discussion 17 (1095)) sur la question « Peut-on être certain de quelque chose ? » (réponse : il faut douter). Sa thèse : Rien ne prouve que le feu produise nécessairement la combustion. Il est possible que le feu touche le coton sans le brûler, si Dieu ne crée pas la combustion : le lien entre cause et effet n'est pas nécessaire. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Tu approches une flamme d'un morceau de coton : il brûle. Tu dis que le feu a causé la combustion, et que cela devait arriver. Al-Ghazali demande : qu'as-tu vraiment vu ? Le feu, puis le coton qui brûle. Jamais le lien qui obligerait l'un à suivre l'autre. Pour lui, ce lien est une habitude que Dieu fait durer, et qu'il peut interrompre : c'est ce qui rend les miracles possibles, son vrai but dans ce chapitre. Six siècles plus tard, Hume fera une observation très proche sur la causalité, sans influence prouvée, et sans en tirer la même conclusion.
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Sans la prémisse implicite : Sans P2, l'ordinateur trouve un cas où le lien est prouvé par une troisième voie (par exemple une connaissance de la nature du feu), alors que ni la logique seule ni la simple observation ne le prouvent. La conclusion « rien ne prouve le lien » ne suit plus.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Objection anticipée par al-Ghazali attaque la conclusionSi les effets ne suivent pas nécessairement leurs causes, alors tout devient possible et on ne peut plus rien savoir. Un livre laissé à la maison pourrait s'être changé en jeune homme, ou en animal. On ne pourrait plus être sûr de rien autour de soi.
Al-Ghazali répond
Si les effets ne suivent pas nécessairement leurs causes, alors tout devient possible et on ne peut plus rien savoir. Un livre laissé à la maison pourrait s'être changé en jeune homme, ou en animal. On ne pourrait plus être sûr de rien autour de soi.
Avicenne et les philosophes (d'après al-Ghazali) 1027 · attaque la conclusionAdmettons que le feu ne soit pas lui-même l'agent : les événements viennent de principes supérieurs (les intelligences célestes). Mais ces principes agissent par nécessité, comme le soleil éclaire, sans choisir. Alors deux morceaux de coton identiques, touchés de la même façon par le feu, brûleront forcément tous les deux. Le miracle d'Abraham jeté au feu sans brûler est impossible.
Al-Ghazali répond
Admettons que le feu ne soit pas lui-même l'agent : les événements viennent de principes supérieurs (les intelligences célestes). Mais ces principes agissent par nécessité, comme le soleil éclaire, sans choisir. Alors deux morceaux de coton identiques, touchés de la même façon par le feu, brûleront forcément tous les deux. Le miracle d'Abraham jeté au feu sans brûler est impossible.
Averroès 1180 · attaque la prémisse 2Nier les causes, c'est nier la raison. Connaître une chose, c'est connaître ses causes ; et chaque chose a une nature et des actions propres : un feu qui ne brûlerait pas ne serait plus du feu. Si l'on supprime ce lien, on ne peut plus rien connaître vraiment, et la science devient impossible.
sans réponse
Nier les causes, c'est nier la raison. Connaître une chose, c'est connaître ses causes ; et chaque chose a une nature et des actions propres : un feu qui ne brûlerait pas ne serait plus du feu. Si l'on supprime ce lien, on ne peut plus rien connaître vraiment, et la science devient impossible.
Hume 1748 · attaque la conclusionHume part de la même observation : nous voyons seulement que les choses vont ensemble, jamais le lien entre elles. Mais il retourne l'argument contre ceux qui en concluent que Dieu est la seule vraie cause (il vise Malebranche, pas al-Ghazali). Nous ignorons tout autant comment une volonté, même celle de Dieu, produit un effet. Si notre ignorance suffisait à refuser une force au feu, elle obligerait à la refuser aussi à Dieu.
sans réponse
Hume part de la même observation : nous voyons seulement que les choses vont ensemble, jamais le lien entre elles. Mais il retourne l'argument contre ceux qui en concluent que Dieu est la seule vraie cause (il vise Malebranche, pas al-Ghazali). Nous ignorons tout autant comment une volonté, même celle de Dieu, produit un effet. Si notre ignorance suffisait à refuser une force au feu, elle obligerait à la refuser aussi à Dieu.