Un devoir sans législateur n'a plus de sens : revenons aux vertus
Le retour à l'éthique de la vertu
Pour qui ne croit pas en un législateur divin, il faut abandonner les notions d'obligation et de devoir moral, et revenir à une morale des vertus, appuyée sur une meilleure connaissance de l'être humain (la « psychologie morale »).
Le mot « devoir » suppose un législateur divin ; sans lui, il perd son sens, et on peut parler d'actes injustes ou lâches.
« Un devoir sans législateur n'a plus de sens : revenons aux vertus » est un argument de G. E. M. Anscombe (Anscombe, « Modern Moral Philosophy » (1958), 1958) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la vertu). Sa thèse : Pour qui ne croit pas en un législateur divin, il faut abandonner les notions d'obligation et de devoir moral, et revenir à une morale des vertus, appuyée sur une meilleure connaissance de l'être humain (la « psychologie morale »). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
En 1958, la philosophe anglaise Elizabeth Anscombe publie un article qui fait l'effet d'une bombe. Elle remarque que les philosophes modernes parlent sans cesse d'« obligation morale », de ce qu'on « doit » faire au sens moral. Or Aristote, le grand penseur de la morale antique, n'avait presque pas ces mots. D'où viennent-ils ? D'une morale où le bien est une loi donnée par Dieu, comme dans la Bible. Mais la plupart des philosophes modernes ne croient plus à ce législateur. Garder le mot « obligation » sans lui, dit-elle, c'est comme garder le mot « criminel » après avoir supprimé les lois et les tribunaux. Sa conclusion : arrêtons de parler ainsi, et revenons à des mots qui ont encore un contenu, comme « juste », « honnête », « lâche ». C'est le point de départ du renouveau de l'éthique de la vertu.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où l'obligation sans Dieu n'a plus de sens, où une morale des vertus est possible, mais où l'on ne choisit pas pour autant la vertu : par exemple parce qu'on trouve une autre façon de fonder le devoir (Kant), ou un autre vocabulaire (les conséquences). C'est exactement ce que lui répondent les kantiens et les utilitaristes.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
RRobert Louden 1984 · attaque la prémisse 4L'éthique de la vertu dit quelle personne il faut être, mais pas quoi faire. Devant un vrai dilemme (dire la vérité à un malade, avorter ou non), « sois courageux, sois juste » ne tranche rien. Une morale doit pouvoir guider l'action.
Anscombe répond
L'éthique de la vertu dit quelle personne il faut être, mais pas quoi faire. Devant un vrai dilemme (dire la vérité à un malade, avorter ou non), « sois courageux, sois juste » ne tranche rien. Une morale doit pouvoir guider l'action.
Kant (et les kantiens, comme Onora O'Neill) 1788 · attaque la prémisse 2Le devoir n'a pas besoin d'un législateur extérieur. Pour Kant, l'obligation repose sur l'autonomie de la raison : la raison se donne à elle-même une loi, la même pour tous. On peut donc garder l'obligation sans Dieu, et P2 est fausse.
Anscombe répond
Le devoir n'a pas besoin d'un législateur extérieur. Pour Kant, l'obligation repose sur l'autonomie de la raison : la raison se donne à elle-même une loi, la même pour tous. On peut donc garder l'obligation sans Dieu, et P2 est fausse.
OObjection de l'égocentrisme (Thomas Hurka) 2001 · attaque la conclusionL'éthique de la vertu met au centre le caractère de l'agent : « que dois-je devenir pour bien vivre ? ». Mais la personne bonne aide son voisin parce que le voisin souffre, pas pour améliorer son propre caractère. Une morale centrée sur ses propres vertus risque de faire de l'autre un moyen de se perfectionner.
sans réponse
L'éthique de la vertu met au centre le caractère de l'agent : « que dois-je devenir pour bien vivre ? ». Mais la personne bonne aide son voisin parce que le voisin souffre, pas pour améliorer son propre caractère. Une morale centrée sur ses propres vertus risque de faire de l'autre un moyen de se perfectionner.