QuestionsQu'est-ce qui est bien ?

Qu'est-ce qui est bien ?

Devoir, conséquences, vertus

En bref

Qu'est-ce qui est bien ? Les philosophes y donnent 6 grandes réponses : le devoir, les conséquences, la vertu, la nature ou la conscience, la volonté de dieu et la morale en question. AskPhilosophy présente 50 arguments, de Confucius à Jürgen Habermas, reconstruits pas à pas, testés par la logique et vérifiés mot pour mot dans leurs textes originaux.

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Les 6 réponses possibles

Chaque colonne est une manière de répondre à la question : ce qu'elle soutient et les philosophes qui la défendent. Clique sur une colonne pour ne voir que ses arguments.

Une action est bonne si elle respecte une règle valable pour tous, quelles qu'en soient les suites.

Défendue par

Kant, Thomas d'Aquin, Jürgen Habermas, W. D. Ross

Une action est bonne si elle produit le plus de bien, ou le moins de mal, pour tous.

Défendue par+4

Machiavel, Bacon, Gramsci, Jeremy Bentham…

Ce qui compte, c'est le caractère : agir comme le ferait une personne juste et bienveillante.

Défendue par+6

Confucius, Aristote, Socrate, Cicéron…

Le bien est inscrit dans la nature humaine ou la raison, pas dans un commandement extérieur.

Défendue par+5

Platon, Thomas d'Aquin, Rousseau, Camus…

Le bien vient de Dieu : ses commandements, ou la foi, passent avant tout.

Défendue par+1

Kierkegaard, Guillaume d'Ockham, Fiodor Dostoïevski, Robert Merrihew Adams…

Nos valeurs ont une histoire, ou ne peuvent pas se dire : il faut les interroger.

Défendue par+5

Platon, Nietzsche, Sartre, Beauvoir…

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Les arguments

Clique sur un argument pour le voir pas à pas, avec les objections et les réponses.

50 arguments

Les conséquences

Une action est bonne si elle produit le plus de bien, ou le moins de mal, pour tous.

9 arguments

Mieux vaut être craint qu'aimé

L'amour tient par obligation et cède dès que l'intérêt le demande, alors que la peur du châtiment ne lâche jamais.

MachiavelXVIe siècle4 objections

Apprendre à pouvoir ne pas être bon

Celui qui veut être bon en tout au milieu d'hommes qui ne le sont pas finit par périr, et l'État avec lui.

MachiavelXVIe siècle3 objections

Commander à la nature en lui obéissant

Là où la cause est inconnue, on ne peut produire l'effet : savoir et pouvoir se rejoignent, et on ne commande la nature qu'en lui obéissant.

BaconXVIIe siècle3 objections

Je hais les indifférents

L'indifférence n'est pas neutre : le mal vient moins de quelques-uns qui agissent que de l'abstention du grand nombre, qui pouvait agir.

GramsciXXe siècle3 objections

Le principe d'utilité : calculer les plaisirs et les peines

Seuls le plaisir et la douleur ont de la valeur, ils se mesurent et s'additionnent : le bon acte produit le plus grand bonheur total.

Jeremy BenthamXVIIIe siècle4 objections

Aimer tous les êtres humains sans distinction, parce que c'est ce qui profite le plus au monde

Guerres et vols naissent de ce que chacun n'aime que les siens ; si l'on aimait tous les autres comme soi, ces maux disparaîtraient.

Mozi (Mo Di)Antiquité3 objections

Mieux vaut être Socrate insatisfait : l'utilitarisme de Mill

Entre deux plaisirs, le meilleur est celui que préfèrent presque tous ceux qui ont connu les deux.

John Stuart MillXIXe siècle3 objections

Détourner le tramway : un mort plutôt que cinq

Quand toutes les issues font du mal, on choisit celle qui en fait le moins : cinq morts sont un plus grand mal qu'un seul.

Philippa FootXXe siècle3 objections

L'enfant qui se noie : aider les lointains est un devoir

Si l'on peut éviter un grand mal sans sacrifice comparable, on le doit : la distance n'y change rien.

Peter SingerXXe siècle3 objections

La vertu

Ce qui compte, c'est le caractère : agir comme le ferait une personne juste et bienveillante.

11 arguments

La règle d'or : ne pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas subir

Les hommes sont proches par nature : ce qui m'est pénible l'est aussi pour les autres, donc je juge d'autrui à partir de moi.

ConfuciusAntiquité3 objections

La vertu est un juste milieu entre deux vices

Les émotions peuvent être trop fortes ou trop faibles ; comme tout bon artisan, on vise le juste milieu, qui varie selon chacun.

AristoteAntiquité3 objections

Nul ne fait le mal volontairement

Personne ne veut son propre malheur ni n'agit contre ce qu'il juge meilleur : on fait le mal seulement par ignorance du bien.

SocrateAntiquité2 objections

Mieux vaut subir l'injustice que la commettre

Commettre une injustice est un mal plus grave pour celui qui la commet que pour celui qui la subit.

SocrateAntiquité3 objections

Le malhonnête n'est jamais vraiment utile

L'honnête est conforme à la nature et l'utile aussi ; une même action ne peut pas être à la fois contraire et conforme à la nature.

CicéronAntiquité2 objections

La fable des Troglodytes

Un peuple où chacun ne pense qu'à soi, sans partage, sans juge ni parole tenue, se détruit lui-même.

MontesquieuXVIIIe siècle2 objections

Pas de vertu dans l'obéissance

Seule la vertu née de l'exercice de sa propre raison compte, et une éducation qui enseigne l'obéissance l'empêche.

WollstonecraftXVIIIe siècle3 objections

La colère n'est jamais utile

La colère n'obéit pas à la raison et nuit ; tout ce qu'elle apporterait, la raison l'obtient seule.

SénèqueIer siècle3 objections

Un devoir sans législateur n'a plus de sens : revenons aux vertus

Le mot « devoir » suppose un législateur divin ; sans lui, il perd son sens, et on peut parler d'actes injustes ou lâches.

G. E. M. AnscombeXXe siècle3 objections

Une autre voix morale : l'éthique du care

Les entretiens font entendre une morale cohérente du soin des personnes réelles, que l'échelle de Kohlberg (les droits) classe plus bas.

Carol GilliganXXe siècle3 objections

Le poisson, la patte d'ours et la justice : il y a plus précieux que la vie

Si l'on n'aimait rien plus que la vie, on ferait tout pour la sauver ; or beaucoup refusent de le faire, parce qu'ils tiennent à la justice.

MenciusAntiquité3 objections

La nature ou la conscience

Le bien est inscrit dans la nature humaine ou la raison, pas dans un commandement extérieur.

9 arguments

Le dilemme d'Euthyphron

Les dieux aiment le pieux parce qu'il est pieux ; si c'était leur amour qui le rendait tel, le raisonnement tournerait en rond.

PlatonAntiquité2 objections

La loi naturelle

Ce vers quoi nous incline notre nature, la raison le saisit comme un bien : vivre, élever ses enfants, connaître la vérité.

Thomas d'AquinXIIIe siècle4 objections

La conscience, instinct divin

Tous les peuples ont les mêmes notions du bien et du mal, ce que ni l'éducation ni l'intérêt n'expliquent.

RousseauXVIIIe siècle3 objections

Je me révolte, donc nous sommes

Tout acte de révolte invoque une valeur qui n'est pas seulement la sienne mais celle de tous : la révolte fonde la solidarité.

CamusXXe siècle4 objections

La raison est l'esclave des passions : la morale se sent, elle ne se démontre pas

La raison seule ne pousse jamais à agir, alors que la morale nous pousse à agir : elle vient donc du sentiment.

HumeXVIIIe siècle3 objections

On peut être honnête sans croire en Dieu

On peut aimer faire le bien par penchant et éducation, et l'expérience montre qu'être honnête rend plus heureux ici-bas.

DiderotXVIIIe siècle3 objections

Le bien est indéfinissable : l'argument de la question ouverte

Pour toute définition du bien, on peut encore demander « mais est-ce bon ? » ; la question n'est donc pas vide.

G. E. MooreXXe siècle3 objections

La conscience morale est née des instincts sociaux

Un animal très social, dès que son intelligence est assez développée, regrette d'avoir cédé à un désir passager contre son instinct durable.

Charles DarwinXIXe siècle4 objections

Le spectateur impartial : se juger avec les yeux d'un tiers

Notre petit doigt nous touche plus que cent millions d'inconnus ; ce qui nous rend justes, c'est le regard d'un juge intérieur impartial.

Adam SmithXVIIIe siècle3 objections

La morale en question

Nos valeurs ont une histoire, ou ne peuvent pas se dire : il faut les interroger.

10 arguments

L'anneau de Gygès : serait-on juste si l'on était invisible ?

Si l'on pouvait commettre l'injustice sans jamais être puni, on le ferait : on ne respecte la justice que par peur de la sanction.

PlatonAntiquité4 objections

« La justice n'est rien d'autre que l'intérêt du plus fort »

Chaque gouvernement fait les lois dans son intérêt et appelle « juste » ce qui le sert : le juste est donc l'intérêt du plus fort.

PlatonAntiquité4 objections

La généalogie de la morale

Pour juger la valeur de nos valeurs, il faut savoir d'où elles viennent : la morale du bien est née du ressentiment des faibles.

NietzscheXIXe siècle2 objections

« Vous êtes libre, choisissez, c'est-à-dire inventez »

Ni une nature humaine, ni une morale toute faite, ni les sentiments ne tranchent : seul le choix lui-même décide.

SartreXXe siècle3 objections

Vouloir sa liberté, c'est vouloir celle des autres

La liberté est la source de toutes les valeurs ; comme les autres humains sont aussi des libertés, vouloir la sienne, c'est vouloir la leur.

BeauvoirXXe siècle3 objections

L'éthique ne peut pas se dire

Les mots ne disent que des faits, et aucun fait ne contient une valeur absolue, qui est l'objet de l'éthique.

WittgensteinXXe siècle3 objections

« Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage »

Notre raison et notre conscience sont formées par la coutume ; nous n'avons donc aucune autre mesure pour juger les autres peuples.

Michel de MontaigneXVIe siècle4 objections

« Le vol est mal » ne décrit rien : c'est un cri d'indignation

« Voler est mal » n'ajoute aucun fait à « tu as volé » et n'est pas vrai par définition ; ces mots expriment des sentiments.

Alfred Jules AyerXXe siècle3 objections

Il n'y a pas de valeurs objectives : nos jugements moraux sont tous faux

Les valeurs objectives seraient des choses très étranges, et nos morales varient trop pour venir d'une perception du bien.

John Leslie MackieXXe siècle3 objections

La chance morale : on nous juge aussi pour ce qui ne dépend pas de nous

Nous jugeons sans cesse les gens selon des résultats qui ne dépendent pas d'eux, et la chance touche aussi leur caractère.

Bernard WilliamsXXe siècle3 objections

Les positions des autres philosophes arrivent au fil des fiches. Aucune position n'est présentée comme gagnante.