Je me révolte, donc nous sommes
La révolte fonde sur tous les hommes la première valeur : je me révolte, donc nous sommes.
Tout acte de révolte invoque une valeur qui n'est pas seulement la sienne mais celle de tous : la révolte fonde la solidarité.
« Je me révolte, donc nous sommes » est un argument de Camus (L'Homme révolté, 1951) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la nature ou la conscience). Sa thèse : La révolte fonde sur tous les hommes la première valeur : je me révolte, donc nous sommes. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Dans le Mythe de Sisyphe, l'absurde ne donne aucune valeur : il ne dit pas si l'on peut tuer. Neuf ans plus tard, Camus cherche un point d'appui dans une autre évidence, la révolte. L'esclave qui refuse un ordre dit non, mais il dit aussi oui à quelque chose en lui qu'il veut défendre. Camus en tire une valeur commune à tous les hommes, et une limite : une révolte qui détruit les autres hommes détruit ce qui la fonde et cesse d'être une révolte. Notre texte est une numérisation OCR de l'édition de 1951, corrigée en partie. Camus y soupçonne une « nature humaine » ; nous classons donc l'argument dans le camp « nature » de la question morale, avec cette réserve : il dit aussi que ces principes ne sont pas prouvés éternels.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où je me révolte, où ma révolte invoque une valeur, où cette valeur est commune à tous, mais où rien n'établit qu'une communauté existe : « nous sommes » reste faux.
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Max Scheler, L'Homme du ressentiment (tel que Camus le rapporte) 1912 · attaque la prémisse 1Derrière la valeur proclamée, il y a souvent du ressentiment : une impuissance prolongée qui s'empoisonne elle-même et se déguise en défense de l'humanité. Ce que le révolté dit défendre pourrait n'être que son envie. Camus raconte que Scheler identifie l'esprit de révolte au ressentiment.
Camus répond
Derrière la valeur proclamée, il y a souvent du ressentiment : une impuissance prolongée qui s'empoisonne elle-même et se déguise en défense de l'humanité. Ce que le révolté dit défendre pourrait n'être que son envie. Camus raconte que Scheler identifie l'esprit de révolte au ressentiment.
Karl Marx 1848 · attaque la prémisse 2Les valeurs ne sont pas communes à tous les hommes : les idées dominantes d'une époque sont celles de la classe dominante. Ce qu'un esclave ou un ouvrier invoque dans sa révolte n'est pas une valeur de l'homme en général, mais le produit de sa situation de classe et de son époque.
Camus répond
Les valeurs ne sont pas communes à tous les hommes : les idées dominantes d'une époque sont celles de la classe dominante. Ce qu'un esclave ou un ouvrier invoque dans sa révolte n'est pas une valeur de l'homme en général, mais le produit de sa situation de classe et de son époque.
Objection que Camus se pose à lui-même 1951 · attaque la prémisse 2La révolte et sa valeur ne sont-elles pas relatives ? Un paria hindou ou un guerrier inca n'avaient pas la même idée de la révolte. Camus constate lui-même que le problème de la révolte semble ne prendre de sens précis qu'à l'intérieur de la pensée occidentale.
Camus répond
La révolte et sa valeur ne sont-elles pas relatives ? Un paria hindou ou un guerrier inca n'avaient pas la même idée de la révolte. Camus constate lui-même que le problème de la révolte semble ne prendre de sens précis qu'à l'intérieur de la pensée occidentale.
Francis Jeanson et Jean-Paul Sartre, Les Temps modernes 1952 · attaque la conclusionEn 1952, Les Temps modernes, la revue dirigée par Sartre, publient une critique sévère de L'Homme révolté par Francis Jeanson, puis, quelques mois plus tard, une réponse de Sartre lui-même à Camus. Le reproche, dans son ensemble : en jugeant l'histoire au nom d'une révolte et de limites placées avant elle, Camus condamne les révolutions réelles sans dire comment lutter contre l'injustice présente, et reste, en pratique, hors de l'histoire, ce qui profite à l'ordre établi. Notre résumé est général : ces textes ne sont pas dans notre corpus.
sans réponse
En 1952, Les Temps modernes, la revue dirigée par Sartre, publient une critique sévère de L'Homme révolté par Francis Jeanson, puis, quelques mois plus tard, une réponse de Sartre lui-même à Camus. Le reproche, dans son ensemble : en jugeant l'histoire au nom d'une révolte et de limites placées avant elle, Camus condamne les révolutions réelles sans dire comment lutter contre l'injustice présente, et reste, en pratique, hors de l'histoire, ce qui profite à l'ordre établi. Notre résumé est général : ces textes ne sont pas dans notre corpus.