PhilosophesAlbert Camus

Albert Camus

Le monde se tait : vivre lucide, dans la révolte.

Philosophie de l'absurde1913 – 1960 FrancePhilosophe de l'absurdeÉcrivain et essayistePenseur de la révolteJournaliste engagé
En bref

Albert Camus (1913 – 1960, France) : philosophie de l'absurde. Camus part d'un constat : le monde ne répond pas à notre demande de sens. Il appelle cela l'absurde. Sur AskPhilosophy : 2 arguments reconstruits, 4 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 4 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).

En 30 secondesCamus part d'un constat : le monde ne répond pas à notre demande de sens. Il appelle cela l'absurde. Sa réponse tient en un refus : ni le suicide, ni le saut vers un Dieu ou une idéologie qui consolerait, mais une lucidité obstinée, qu'il nomme la révolte. Plus tard, il constate que l'absurde seul ne donne aucune règle d'action, et il cherche dans la révolte elle-même une valeur commune à tous les hommes, qui interdit de tuer au nom de l'avenir. Il refuse d'être appelé existentialiste.
Pourquoi il compte

Il est l'un des rares philosophes lus par des millions de personnes hors de l'école, parce qu'il écrit aussi des romans, du théâtre et des articles. Il pose la question du sens sans promettre de réponse toute faite, et il en tire une morale de la mesure. À 44 ans, il reçoit le prix Nobel de littérature (1957). Son discours de Suède résume sa position : la tâche de sa génération, dit-il, est d'empêcher que le monde se défasse.

Son époque

Il naît en Algérie dans une famille pauvre ; son père meurt à la guerre en 1914. Il étudie la philosophie à Alger. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il écrit dans Combat, journal de la Résistance. Il publie L'Étranger et Le Mythe de Sisyphe en 1942, La Peste en 1947, L'Homme révolté en 1951. Ce dernier livre provoque en 1952 la rupture avec Sartre et la revue Les Temps modernes. Il meurt dans un accident de voiture à 46 ans.

Attention aux mots

Chez Camus, « absurde » ne veut pas dire « ridicule » : c'est le désaccord entre l'esprit qui demande du sens et un monde qui n'en offre pas. Il le dit lui-même : l'absurde n'est ni dans l'homme, ni dans le monde, mais dans leur présence commune. De même, « révolte » désigne le refus qui affirme une valeur, pas la violence. Enfin, les extraits de L'Homme révolté de cette page viennent d'une numérisation OCR, non entièrement relue.

Ses positions

clique sur une ligne pour voir la preuve
Dieu existe-t-il ?Dieu
AthéismeThéisme
Débattu entre spécialistes

Il ne construit pas d'athéisme positif. Dans le Mythe de Sisyphe, il écrit qu'il ne sait pas si le monde a un sens qui le dépasse, mais qu'il ne le connaît pas. Une note précise que ce n'est pas l'affirmation de Dieu qu'il met en cause, mais la logique qui y mène. Son attitude est de vivre « sans appel », comme si Dieu ne répondait pas. Beaucoup le rangent parmi les athées, d'autres parmi les agnostiques.

D'où vient ce que nous savons ?Source de la connaissance
Empirisme (de l'expérience)Rationalisme (de la raison)
Débattu entre spécialistes

Il ne développe pas de théorie de la connaissance. Il tient que ce qu'il comprend, c'est ce qu'il touche et ce qui lui résiste, et il refuse de nier la raison : elle a un ordre où elle est efficace, celui de l'expérience humaine. Cela le rapproche de l'empirisme, sans qu'il se dise empiriste.

Peut-on atteindre des vérités certaines ?Certitude
ScepticismeCertitude possible
Interprétation majoritaire

Très peu de certitudes : l'appétit de clarté de l'homme et l'impossibilité de réduire le monde à un principe raisonnable. Il dit qu'une seule certitude suffit à celui qui cherche. Pour le reste, il refuse de s'appuyer sur ce qu'il ne peut vérifier.

L'esprit est-il autre chose que la matière ?Esprit et corps
MatérialismeNe s'est pas prononcéDualisme
Débattu entre spécialistes

Il ne traite pas la question de l'esprit et du corps comme telle. Il écrit seulement que le jugement du corps vaut bien celui de l'esprit, et que le corps recule devant l'anéantissement.

Sommes-nous vraiment libres ?Liberté
Déterminisme (pas de libre arbitre)Ne s'est pas prononcéLibre arbitre
Affirmé explicitement

Il écarte la question du libre arbitre : savoir si l'homme est libre ne l'intéresse pas, car il ne peut éprouver que sa propre liberté. Il affirme une liberté d'esprit et d'action, limitée par la mort. L'absurde, dit-il, annule les chances de liberté éternelle mais exalte la liberté d'action.

Le bien et le mal existent-ils objectivement ?Statut de la morale
Antiréalisme (la morale est humaine)Réalisme moral (vérités morales objectives)
Débattu entre spécialistes

Dans le Mythe de Sisyphe, il écarte les jugements de valeur au profit des jugements de fait. Dans L'Homme révolté, il découvre dans la révolte une valeur qui « préexiste » à l'action et soupçonne une nature humaine. Mais il dit aussi que rien n'autorise à affirmer que ces principes ont été éternellement. Sa position évolue et reste discutée.

La raison peut-elle tout juger, y compris la foi ?Foi et raison
Primauté de la foi / du cœurRaison seule juge
Interprétation majoritaire

Il refuse le « saut » de la foi, qu'il juge être une dérobade, et il écrit que, pour un esprit absurde, il n'y a rien au-delà de la raison. Mais il ne nie pas la raison pour autant : il reconnaît ses limites et ses pouvoirs relatifs. Il ne dit pas que la raison juge tout, seulement qu'il ne la quittera pas.

La vie a-t-elle un sens donné ?Sens de la vie
Pas de sens donné (absurde, à créer)Sens objectif (nature, Dieu, Bien)
Affirmé explicitement

Pas de sens donné : la vie sera d'autant mieux vécue qu'elle n'aura pas de sens, écrit-il. Il ne conclut pas pour autant que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue : c'est le contraire, c'est la révolte lucide qui lui donne son prix.

L'être humain est-il naturellement bon ?Nature humaine
Fondamentalement faible ou corrompuFondamentalement bon ou perfectible
Débattu entre spécialistes

Dans L'Homme révolté, il soupçonne une nature humaine, avec quelque chose « de permanent à préserver ». Mais il sait que la révolte peut tourner à la rancune et à la tyrannie. Il ne dit pas que l'homme est bon, ni qu'il est mauvais.

Qui doit primer : l'individu ou la communauté ?Individu et société
Communauté, ordre, traditionLiberté individuelle
Débattu entre spécialistes

Il défend un « nouvel individualisme » fondé sur le « Nous sommes » : on ne peut pas ravaler la dignité commune, ni en soi ni chez les autres. Il refuse de sacrifier les hommes d'aujourd'hui à l'histoire de demain. Mais il admet que toute société suppose une discipline. Il ne formule pas de programme politique dans nos textes.

Qu'est-ce qui rend une action bonne ?Fondement de la morale
Le devoir (déontologie)Les conséquences (conséquentialisme)Le caractère (éthique des vertus)Autre (loi divine, relations, création de valeurs…)
Débattu entre spécialistes

Ni calcul des conséquences, ni devoir abstrait, ni éthique des vertus au sens d'Aristote. Le point de départ est la révolte, qui découvre une valeur et une limite. Il écrit que « respirer, c'est juger » : vivre suppose déjà des valeurs. Il refuse les principes abstraits : la morale de la révolte les découvre « à la chaleur de l'insurrection ».