Une autre voix morale : l'éthique du care
L'éthique du care (du soin)
La morale ne se réduit pas aux droits et à la justice impartiale : le soin, l'attention et la responsabilité envers les autres sont une voix morale à part entière. Une morale mûre doit réunir les deux.
Les entretiens font entendre une morale cohérente du soin des personnes réelles, que l'échelle de Kohlberg (les droits) classe plus bas.
« Une autre voix morale : l'éthique du care » est un argument de Carol Gilligan (Gilligan, « In a Different Voice » (1977), puis le livre (1982), 1982) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la vertu). Sa thèse : La morale ne se réduit pas aux droits et à la justice impartiale : le soin, l'attention et la responsabilité envers les autres sont une voix morale à part entière. Une morale mûre doit réunir les deux. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Dans les années 1970, le psychologue Lawrence Kohlberg mesure le « développement moral » par des dilemmes : un homme doit-il voler un médicament trop cher pour sauver sa femme ? Le stade le plus élevé, pour lui, c'est de raisonner avec des principes de justice et des droits valables pour tous. Or ses stades viennent d'études sur des garçons et des hommes, et les femmes y obtiennent souvent des résultats plus bas. Carol Gilligan, qui travaille avec lui, écoute des femmes face à de vrais choix (par exemple, avorter ou non) et entend autre chose : une morale de la responsabilité envers les autres, de l'attention à la situation précise et du souci de ne blesser personne. Ce n'est pas un retard, dit-elle : c'est une autre voix morale, qu'on a eu tort de tenir pour inférieure. C'est la naissance de l'éthique du care (du soin). On la range ici avec la vertu, car elle met au centre une qualité de la personne (l'attention, le souci des autres) plutôt qu'une règle ou un calcul.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où la théorie de Kohlberg met les droits au sommet, où la voix du soin existe et est classée plus bas, mais où ce classement est juste : la voix du soin serait réellement une étape moins mûre. C'est ce que pensait Kohlberg ; c'est P4 qui le refuse.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
CCritiques féministes (Bill Puka, Claudia Card) 1990 · attaque la conclusionCélébrer le care, c'est risquer de célébrer ce que la domination a fait des femmes. Si elles parlent plus souvent de soin et de sacrifice, c'est peut-être parce qu'on les a chargées de soigner les autres et privées de pouvoir. Faire de cette voix une « morale des femmes », c'est les enfermer dans ce rôle.
Gilligan répond
Célébrer le care, c'est risquer de célébrer ce que la domination a fait des femmes. Si elles parlent plus souvent de soin et de sacrifice, c'est peut-être parce qu'on les a chargées de soigner les autres et privées de pouvoir. Faire de cette voix une « morale des femmes », c'est les enfermer dans ce rôle.
Peter Singer 1972 · attaque la conclusionUne morale du soin et des relations favorise ceux qui sont proches de nous. Mais la distance ne change rien à la valeur d'une vie : l'enfant du voisin et un enfant à l'autre bout du monde comptent autant. Une morale qui préfère toujours les proches est injuste envers les lointains.
Gilligan répond
Une morale du soin et des relations favorise ceux qui sont proches de nous. Mais la distance ne change rien à la valeur d'une vie : l'enfant du voisin et un enfant à l'autre bout du monde comptent autant. Une morale qui préfère toujours les proches est injuste envers les lointains.
LLawrence Walker ; Sara Jaffee et Janet Hyde 1984 · attaque la prémisse 3Les données ne montrent pas ce qu'on croit. Quand on reprend les nombreuses études faites avec l'échelle de Kohlberg, les femmes n'obtiennent pas vraiment de moins bons résultats que les hommes (Walker, 1984). Et une grande synthèse de 2000 ne trouve qu'une petite différence entre femmes et hommes dans l'usage du « soin » et de la « justice » : le type de dilemme compte bien plus que le sexe.
sans réponse
Les données ne montrent pas ce qu'on croit. Quand on reprend les nombreuses études faites avec l'échelle de Kohlberg, les femmes n'obtiennent pas vraiment de moins bons résultats que les hommes (Walker, 1984). Et une grande synthèse de 2000 ne trouve qu'une petite différence entre femmes et hommes dans l'usage du « soin » et de la « justice » : le type de dilemme compte bien plus que le sexe.