QuestionsQu'est-ce qui est bien ?Le mal, c'est ce qui est contraire aux commandements d'un Dieu aimant
Qu'est-ce qui est bien ?La volonté de Dieu

Le mal, c'est ce qui est contraire aux commandements d'un Dieu aimant

La théorie modifiée du commandement divin (Adams)

Robert Merrihew Adams 1937 · 2024Ce qui est mal, c'est ce qui va contre les commandements d'un Dieu aimant : la meilleure explication de la morale passe par Dieu.
Voir sa fiche
Ce qu'il soutient

Si Dieu existe, être mauvais, c'est être contraire aux commandements d'un Dieu aimant, qui ne sont pas arbitraires.

Pourquoi

Croyants et non-croyants ont le même concept du mal, et, si Dieu existe, ce qui le remplit le mieux est ce qu'un Dieu aimant interdit.

La même idée à travers l'histoire
Platon399 av. J.-C.Platon, Euthyphron : le saint est-il aimé des dieux parce qu'il est saint, ou saint parce qu'il est aimé ? Toute théorie du commandement divin doit y répondre.Guillaume d'Ockham1320Ockham : Dieu pourrait commander n'importe quoi de non contradictoire, et ce qu'il commande devient bon. C'est la forme brute de la théorie que la version d'Adams corrige.
Robert Merrihew Adams1973« A Modified Divine Command Theory of Ethical Wrongness » (1973) : le mal, c'est ce qui est contraire aux commandements d'un Dieu aimant ; thèse reprise en 1979 sous forme d'identité de propriétés, puis dans Finite and Infinite Goods (1999), où le bien est la ressemblance avec Dieu.
En bref

« Le mal, c'est ce qui est contraire aux commandements d'un Dieu aimant » est un argument de Robert Merrihew Adams (« A Modified Divine Command Theory of Ethical Wrongness », 1973 ; Finite and Infinite Goods, 1999, 1973) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la volonté de dieu). Sa thèse : Si Dieu existe, être mauvais, c'est être contraire aux commandements d'un Dieu aimant, qui ne sont pas arbitraires. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« A Modified Divine Command Theory of Ethical Wrongness », 1973 ; Finite and Infinite Goods, 1999
Valide

Si la morale dépend des ordres de Dieu, Dieu pourrait-il ordonner l'horreur et la rendre juste ? Robert Adams répond en modifiant la théorie. Elle ne dit pas que tout est bon ou mauvais selon un ordre divin : seulement que le mal moral, ce qui est interdit, consiste à être contraire aux commandements d'un Dieu aimant. Un Dieu aimant ne commanderait pas la cruauté pour elle-même. Et le bien, lui, n'est pas défini par des ordres : c'est la ressemblance avec Dieu. Les croyants et les non-croyants partagent donc la même idée du mal. La question est de savoir ce qui, dans le monde, joue ce rôle : pour Adams, si Dieu existe, ce sont ses commandements.

P1Croyants et non-croyants ont le même concept du mal : une propriété objective des actions, qu'on s'oppose à ce qu'on juge mauvais, une raison de s'opposer à un acte, et il y a des actes mauvais, comme torturer pour s'amuser.
P2Si le Dieu aimant de la tradition existe, la meilleure candidate pour jouer ce rôle est la propriété d'être contraire à ses commandements.
P3Quand une propriété remplit le mieux le rôle d'un concept, elle est la propriété que ce concept désigne, comme l'eau est H2O. Le mal est donc la propriété d'être contraire aux commandements d'un Dieu aimant.
P4Les commandements d'un Dieu aimant ne sont pas arbitraires : il peut avoir des raisons de les choisir, car le bien lui-même n'est pas défini par ses ordres mais par la ressemblance avec lui.
Si Dieu existe, être mauvais, c'est être contraire aux commandements d'un Dieu aimant, qui ne sont pas arbitraires.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans l'idée que Dieu existe, l'ordinateur trouve un monde où les prémisses sont vraies mais où personne ne commande rien : la conclusion devient vide, ce qui montre que l'argument ne vaut que pour un théiste.
Valide telle quelle, une fois la condition posée : si le Dieu aimant existe. Les prémisses sont conditionnelles, et c'est volontaire : Adams ne dit pas que la théorie est vraie sans Dieu. La force de l'argument repose sur P3 (qu'une propriété qui remplit le mieux un rôle soit cette propriété), que ses critiques contestent (voir l'objection de Murphy).
Analogie. Avant la chimie, on parlait de l'eau sans savoir que c'est H2O, mais on savait ce qu'elle fait : elle coule, elle désaltère. Adams dit : on parle du mal sans savoir ce qu'il est, mais on sait son rôle. Si Dieu existe, ce qui joue ce rôle, c'est ce qu'il interdit. Ses critiques répondent que l'eau, on peut la comprendre sans la chimie, alors qu'on ne comprend pas « interdit » sans Dieu.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Platon 399 av. J.-C. · attaque la prémisse 4

Dans l'Euthyphron, Socrate demande : le pieux est-il aimé des dieux parce qu'il est pieux, ou est-il pieux parce qu'il est aimé des dieux ? Si c'est parce que Dieu le commande que c'est mal, alors ses commandements n'ont aucune raison, et la morale est arbitraire.

un défenseur répond
voir l'argument
Robert Adams défenseur de l'argument · 1999
Chez Adams, seule l'obligation dépend de la volonté de Dieu ; le bien, lui, est la ressemblance avec Dieu. Dieu peut donc avoir des raisons morales de choisir certains commandements plutôt que d'autres : qu'ils soient plus bienveillants, plus justes ou plus loyaux (d'après l'exposé de Mark Murphy).
M
Mark Murphy 2002
Murphy formule une réplique : même s'il peut y avoir des raisons pour Dieu de choisir ses commandements, il est peu probable qu'elles déterminent entièrement son choix, et il restera donc une marge d'arbitraire.
Où en est le débat (notre résumé)Murphy lui-même juge cette marge d'arbitraire peu inquiétante, car la morale dépend déjà de faits contingents sur nous-mêmes et nos relations. Le désaccord de fond demeure : un fondement qui laisse une part à la volonté suffit-il à une morale qui ne soit pas arbitraire ?
M
Mark Murphy 2002 · attaque la prémisse 1

Dans la version de 1973, le concept du moralement obligatoire est analysé comme « commandé par un Dieu aimant ». Cela semble impliquer que ceux qui sont dans le discours moral judéo-chrétien et ceux qui sont hors de lui ne sont jamais en désaccord quand l'un affirme qu'un acte est obligatoire et que l'autre le nie.

un défenseur répond
Robert Adams défenseur de l'argument · 1979
Adams passe de l'analyse à l'identité de propriétés : le concept d'obligation est commun aux croyants et aux non-croyants, et la propriété d'être contraire aux commandements d'un Dieu aimant est celle qui, si Dieu existe, remplit le mieux le rôle de ce concept. Croyants et non-croyants peuvent donc débattre et être en désaccord.
M
Mark Murphy 2002
Murphy relève que l'analogie avec « H2O est de l'eau » est discutable : cette identité s'apprend après coup, alors que celle de l'obligatoire avec ce que Dieu commande serait connue d'avance. On peut ignorer que l'eau est H2O sans cesser de comprendre le mot « eau », mais non ignorer le lien avec Dieu sans cesser de comprendre « obligatoire ».
Où en est le débat (notre résumé)La version de 1979 évite la première difficulté, mais reste discutée : l'identité entre le mal et ce que Dieu interdit est-elle une découverte (comme H2O) ou une définition cachée ? Murphy présente le point comme encore ouvert.
Emmanuel Kant 1785 · attaque la conclusion

Pour Kant, fonder la morale sur le concept d'une perfection existant par soi, la volonté de Dieu, comme cause déterminante de notre volonté, est un des chemins que la raison essaie à tort. La loi morale doit venir de la volonté de l'agent lui-même, sans quoi elle est hétéronome.

sans réponse
Adams a répondu, mais ce texte n'est pas encore dans notre corpus.
Le débat continue (notre résumé) Adams a écrit sur l'autonomie et l'éthique théologique, mais cette réponse n'est pas dans nos sources lues. Des défenseurs du commandement divin répondent qu'un agent peut accepter librement une exigence venue d'une personne qu'il aime et respecte. Un kantien répond que l'obligation vient alors d'une autorité extérieure, quelle que soit la liberté avec laquelle on l'accepte.
Où en est le débat (notre résumé)Désaccord de fond : une obligation peut-elle venir d'une volonté autre que la sienne tout en restant morale (Adams, qui la voit comme une relation sociale entre personnes) ou doit-elle être donnée à soi-même (Kant) ?