QuestionsQu'est-ce qui est bien ?Le bien, c'est ce que Dieu commande
Qu'est-ce qui est bien ?La volonté de Dieu

Le bien, c'est ce que Dieu commande

La théorie du commandement divin

Guillaume d'Ockham v. 1287 · v. 1347Le bien est ce que Dieu veut : sa volonté n'est soumise à aucune règle extérieure.
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Ce qu'il soutient

Le bien moral, c'est ce que Dieu commande, et Dieu aurait pu commander autre chose : s'il avait commandé ce que nous appelons vol ou adultère, ces actes auraient été bons et méritoires.

Pourquoi

Dieu peut commander tout ce qui n'est pas contradictoire ; voler n'est mauvais que parce qu'il l'interdit, et il aurait pu faire autrement.

La même idée à travers l'histoire
Guillaume d'Ockham1318Commentaire des Sentences (vers 1317-1319) : le vol, l'adultère et même la haine de Dieu seraient des actes méritoires si Dieu les commandait. Rien n'oblige Dieu, sinon la non-contradiction.
Robert Merrihew Adams1973« A Modified Divine Command Theory of Ethical Wrongness » : « mal » veut dire « contraire aux commandements d'un Dieu aimant ». Si Dieu commandait la cruauté pour elle-même, la notion de mal ne fonctionnerait plus.
Robert Merrihew Adams1999Finite and Infinite Goods : le Bien lui-même, c'est Dieu ; les choses sont bonnes en lui ressemblant. Les obligations, elles, viennent des commandements que Dieu adresse à ceux avec qui il est en relation.
En bref

« Le bien, c'est ce que Dieu commande » est un argument de Guillaume d'Ockham (Ockham, Reportatio II, q. 15 et IV, q. 16 (vers 1318) ; Adams (1973, 1999), 1318) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la volonté de dieu). Sa thèse : Le bien moral, c'est ce que Dieu commande, et Dieu aurait pu commander autre chose : s'il avait commandé ce que nous appelons vol ou adultère, ces actes auraient été bons et méritoires. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Ockham, Reportatio II, q. 15 et IV, q. 16 (vers 1318) ; Adams (1973, 1999)
Valide avec une prémisse implicite

Pourquoi le meurtre est-il mal ? Pour Guillaume d'Ockham, franciscain anglais du XIVe siècle, la réponse dernière est : parce que Dieu l'interdit. Dieu est tout-puissant, et rien ne le lie, sauf la logique : il ne peut pas faire qu'une chose soit et ne soit pas en même temps. Les actes que nous appelons vol ou adultère ne sont pas mauvais en eux-mêmes, ils le sont parce qu'ils vont contre un commandement. Ockham va jusqu'au bout : Dieu pourrait commander qu'on le haïsse, et cette haine serait alors méritoire. La thèse choque, mais elle a une force : elle explique pourquoi la morale oblige vraiment, et pourquoi elle ne dépend ni de nos goûts ni de la société. Au XXe siècle, le philosophe américain Robert Adams en a proposé une version modifiée, très discutée aujourd'hui.

P1Dieu peut commander tout ce qui n'enferme pas de contradiction. Il pourrait même commander à une créature de le haïr.
P2Les actes que nous appelons vol, adultère ou haine de Dieu n'enferment pas de contradiction en eux-mêmes. Ces mots les désignent en tant qu'ils vont contre un commandement de Dieu : c'est ce qui les rend mauvais.
P3 · prémisse impliciteCe qui vaut pour ces actes vaut pour toute la morale : il n'existe aucune règle du bien au-dessus de la volonté de Dieu, ni à côté d'elle, qui pourrait la juger. Si le mal consiste à aller contre ses commandements, le bien consiste à les suivre.
Donc le bien moral, c'est ce que Dieu commande, et Dieu aurait pu commander autre chose : s'il avait commandé ce que nous appelons vol ou adultère, ces actes auraient été bons et méritoires.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un monde où Dieu pourrait commander le vol et où le vol n'est mauvais que parce qu'il est interdit, mais où d'autres choses sont bonnes par elles-mêmes, sans commandement : par exemple l'amour de Dieu ou la bonté. C'est la voie que prend Adams : seul le devoir vient des commandements, le bien vient de la nature de Dieu.
Valide avec P3. P1 et P2 montrent seulement que Dieu pourrait commander ces actes et que leur mal vient d'une interdiction. Pour en tirer que tout le bien moral se réduit aux commandements, il faut la généralisation de P3. Attention à ne pas caricaturer Ockham : il ne pensait pas que Dieu commanderait vraiment le vol, et des historiens (comme Alfredo Gatto) soulignent qu'il garde des limites à la volonté divine, la non-contradiction et la nature même de Dieu. Le débat porte surtout sur la conclusion (une morale qui aurait pu être l'inverse est-elle encore une morale ?) et sur P3 (n'y a-t-il vraiment aucun bien indépendant du commandement ?).
Analogie. Au football, une main est une faute parce que le règlement l'interdit : au handball, la même main est le geste normal. Pour Ockham, la morale ressemble à un règlement, et l'arbitre suprême est Dieu. La question est de savoir si la cruauté ressemble vraiment à une main au football.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Platon (le dilemme d'Euthyphron) 399 av. J.-C. · attaque la conclusion

Le bien est-il bien parce que Dieu le veut, ou Dieu le veut-il parce qu'il est bien ? Ockham choisit la première branche, et alors la morale devient arbitraire : si Dieu commandait la cruauté pour elle-même, elle deviendrait un devoir. Et dire « Dieu est bon » ne voudrait plus rien dire, sinon « Dieu fait ce qu'il se commande ». (Voir l'argument « Le dilemme d'Euthyphron ».)

d'Ockham répond
Robert Adams 1973 · Réponse d'Adams : il faut modifier la théorie
Adams accorde le point : il juge inacceptable que la cruauté devienne un devoir si Dieu la commandait. Il modifie donc la théorie : « mal » veut dire « contraire aux commandements d'un Dieu aimant ». Si l'on croyait vraiment que Dieu commande la cruauté pour elle-même, notre notion de mal ne fonctionnerait plus du tout : on ne pourrait plus dire qu'un acte est bien ou mal.
Erik Wielenberg 2018
Dans son débat avec Craig, qui défend une position proche d'Adams, Wielenberg répond que le théiste s'arrête lui aussi sur un fait qu'il n'explique pas : que Dieu soit aimant, et que cela soit bon. Le théiste a besoin, lui aussi, d'un point de départ moral qu'il admet sans preuve. L'athée qui part directement de vérités morales premières (« la cruauté gratuite est mal ») n'est donc pas dans une position plus fragile.
Le débat continue (notre résumé) Les défenseurs d'Adams répondent que tout le monde s'arrête quelque part, et qu'un être parfait et aimant est un meilleur point d'arrêt qu'une liste de règles abstraites. Les critiques répondent que l'arbitraire n'a pas disparu : il est déplacé des commandements de Dieu vers sa nature. Ce débat est aussi développé dans l'argument « La loi morale suppose un législateur ».
Thomas d'Aquin (la loi naturelle) 1270 · attaque la prémisse 3

Une loi qui n'est pas conforme à la raison n'est pas vraiment une loi. Pour Thomas, la loi morale n'est pas un ordre arbitraire : c'est la loi éternelle de Dieu, c'est-à-dire sa sagesse, telle que notre raison y participe. Le bien se connaît par la raison, à partir de la nature humaine, et Dieu commande ce qui est bon parce que c'est bon. (Voir l'argument « La loi naturelle ».)

d'Ockham répond
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de d'Ockham dans ses textes.
Robert Adams 1973 · Réponse d'Adams : la théorie ne porte que sur le devoir
Adams ne défend pas l'idée qu'il faut tout comprendre par les commandements. Une théorie du commandement divin n'a pas besoin de dire que toutes les notions de valeur, ni même toutes les notions morales, s'expliquent par les commandements de Dieu. Elle porte sur l'obligation, ce qu'il est mal de faire.
Le débat continue (notre résumé) Ockham n'a pas répondu à Thomas sur ce point précis. La version moderne d'Adams se rapproche en fait de Thomas : le bien vient de la nature de Dieu, pas de sa volonté ; seul le devoir vient des commandements. Il reste un désaccord : pour Thomas, notre raison suffit à connaître les grands préceptes ; pour Adams, une obligation au sens fort suppose quelqu'un qui commande.
Kierkegaard (Johannes de silentio) et le cas d'Abraham 1843 · attaque la conclusion

Dieu ordonne à Abraham de sacrifier son fils. Si le bien est ce que Dieu commande, Abraham fait simplement son devoir, et il n'y a pas de drame. Or Crainte et tremblement montre que ce n'est pas si simple : ou bien Abraham est un meurtrier, ou bien il faut admettre quelque chose de plus haut que la morale. La théorie d'Ockham efface une horreur que tout lecteur ressent. Et Kant ajoute : comment être sûr que l'ordre vient de Dieu ? (Voir l'argument « Abraham : la foi au-dessus de la morale ? ».)

d'Ockham répond
Pas de réponse possible : objection formulée en 1843, après sa mort (1347).
Robert Adams 1973 · Lecture d'Adams : une simple possibilité logique
Il ne faut pas imaginer Ockham prêt à pratiquer la cruauté sur ordre. Pour lui, Dieu est sûrement opposé à de tels actes : qu'il puisse les commander est une simple possibilité logique, pas une possibilité réelle.
Le débat continue (notre résumé) La réponse d'Adams explique Ockham, mais ne règle pas le cas d'Abraham, où l'ordre est réellement donné dans le récit. Les partisans du commandement divin répondent que, dans la Bible, Dieu arrête le sacrifice, et qu'un Dieu aimant ne commande pas la mort d'un innocent pour elle-même. Les critiques répondent avec Kant : quand un ordre semble contraire à la morale, la seule conclusion sûre est qu'il ne vient pas de Dieu, ce qui revient à placer la morale avant le commandement.