Le bien, c'est ce que Dieu commande
La théorie du commandement divin
Le bien moral, c'est ce que Dieu commande, et Dieu aurait pu commander autre chose : s'il avait commandé ce que nous appelons vol ou adultère, ces actes auraient été bons et méritoires.
Dieu peut commander tout ce qui n'est pas contradictoire ; voler n'est mauvais que parce qu'il l'interdit, et il aurait pu faire autrement.
« Le bien, c'est ce que Dieu commande » est un argument de Guillaume d'Ockham (Ockham, Reportatio II, q. 15 et IV, q. 16 (vers 1318) ; Adams (1973, 1999), 1318) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la volonté de dieu). Sa thèse : Le bien moral, c'est ce que Dieu commande, et Dieu aurait pu commander autre chose : s'il avait commandé ce que nous appelons vol ou adultère, ces actes auraient été bons et méritoires. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Pourquoi le meurtre est-il mal ? Pour Guillaume d'Ockham, franciscain anglais du XIVe siècle, la réponse dernière est : parce que Dieu l'interdit. Dieu est tout-puissant, et rien ne le lie, sauf la logique : il ne peut pas faire qu'une chose soit et ne soit pas en même temps. Les actes que nous appelons vol ou adultère ne sont pas mauvais en eux-mêmes, ils le sont parce qu'ils vont contre un commandement. Ockham va jusqu'au bout : Dieu pourrait commander qu'on le haïsse, et cette haine serait alors méritoire. La thèse choque, mais elle a une force : elle explique pourquoi la morale oblige vraiment, et pourquoi elle ne dépend ni de nos goûts ni de la société. Au XXe siècle, le philosophe américain Robert Adams en a proposé une version modifiée, très discutée aujourd'hui.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un monde où Dieu pourrait commander le vol et où le vol n'est mauvais que parce qu'il est interdit, mais où d'autres choses sont bonnes par elles-mêmes, sans commandement : par exemple l'amour de Dieu ou la bonté. C'est la voie que prend Adams : seul le devoir vient des commandements, le bien vient de la nature de Dieu.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Platon (le dilemme d'Euthyphron) 399 av. J.-C. · attaque la conclusionLe bien est-il bien parce que Dieu le veut, ou Dieu le veut-il parce qu'il est bien ? Ockham choisit la première branche, et alors la morale devient arbitraire : si Dieu commandait la cruauté pour elle-même, elle deviendrait un devoir. Et dire « Dieu est bon » ne voudrait plus rien dire, sinon « Dieu fait ce qu'il se commande ». (Voir l'argument « Le dilemme d'Euthyphron ».)
d'Ockham répond
Le bien est-il bien parce que Dieu le veut, ou Dieu le veut-il parce qu'il est bien ? Ockham choisit la première branche, et alors la morale devient arbitraire : si Dieu commandait la cruauté pour elle-même, elle deviendrait un devoir. Et dire « Dieu est bon » ne voudrait plus rien dire, sinon « Dieu fait ce qu'il se commande ». (Voir l'argument « Le dilemme d'Euthyphron ».)
Thomas d'Aquin (la loi naturelle) 1270 · attaque la prémisse 3Une loi qui n'est pas conforme à la raison n'est pas vraiment une loi. Pour Thomas, la loi morale n'est pas un ordre arbitraire : c'est la loi éternelle de Dieu, c'est-à-dire sa sagesse, telle que notre raison y participe. Le bien se connaît par la raison, à partir de la nature humaine, et Dieu commande ce qui est bon parce que c'est bon. (Voir l'argument « La loi naturelle ».)
d'Ockham répond
Une loi qui n'est pas conforme à la raison n'est pas vraiment une loi. Pour Thomas, la loi morale n'est pas un ordre arbitraire : c'est la loi éternelle de Dieu, c'est-à-dire sa sagesse, telle que notre raison y participe. Le bien se connaît par la raison, à partir de la nature humaine, et Dieu commande ce qui est bon parce que c'est bon. (Voir l'argument « La loi naturelle ».)
Kierkegaard (Johannes de silentio) et le cas d'Abraham 1843 · attaque la conclusionDieu ordonne à Abraham de sacrifier son fils. Si le bien est ce que Dieu commande, Abraham fait simplement son devoir, et il n'y a pas de drame. Or Crainte et tremblement montre que ce n'est pas si simple : ou bien Abraham est un meurtrier, ou bien il faut admettre quelque chose de plus haut que la morale. La théorie d'Ockham efface une horreur que tout lecteur ressent. Et Kant ajoute : comment être sûr que l'ordre vient de Dieu ? (Voir l'argument « Abraham : la foi au-dessus de la morale ? ».)
d'Ockham répond
Dieu ordonne à Abraham de sacrifier son fils. Si le bien est ce que Dieu commande, Abraham fait simplement son devoir, et il n'y a pas de drame. Or Crainte et tremblement montre que ce n'est pas si simple : ou bien Abraham est un meurtrier, ou bien il faut admettre quelque chose de plus haut que la morale. La théorie d'Ockham efface une horreur que tout lecteur ressent. Et Kant ajoute : comment être sûr que l'ordre vient de Dieu ? (Voir l'argument « Abraham : la foi au-dessus de la morale ? ».)