Un acte à deux effets : vouloir le bien, accepter le mal prévu
La doctrine du double effet
Un acte qui a un bon et un mauvais effet est permis si l'acte est bon ou neutre, si le mauvais effet n'est visé ni comme but ni comme moyen du bon, et s'il y a une raison proportionnée de l'accepter.
Un acte vaut moralement par ce qu'on veut, pas par ce qu'on prévoit sans le viser : un effet mauvais non voulu peut être permis.
« Un acte à deux effets : vouloir le bien, accepter le mal prévu » est un argument de Thomas d'Aquin (Thomas d'Aquin, Somme de théologie, II-II, q. 64, a. 7 (vers 1271) ; Gury (1850) ; Foot (1967), 1271) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : le devoir). Sa thèse : Un acte qui a un bon et un mauvais effet est permis si l'acte est bon ou neutre, si le mauvais effet n'est visé ni comme but ni comme moyen du bon, et s'il y a une raison proportionnée de l'accepter. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un homme vous attaque pour vous tuer. Vous vous défendez, et votre coup le tue. Êtes-vous un meurtrier ? Thomas d'Aquin répond non, si vous vouliez sauver votre vie et non tuer : la mort de l'agresseur n'était pas votre but, seulement une suite prévue de votre défense. Mais il ajoute une limite : si vous frappez plus fort qu'il ne faut, la défense devient injuste. Plus tard, les moralistes ont fait de cette réponse une règle générale, la « doctrine du double effet » : on n'a jamais le droit de vouloir le mal, ni comme but ni comme moyen, mais on peut parfois accepter un mal qu'on prévoit sans le vouloir. Elle sert en médecine (un antidouleur qui abrège la vie), à la guerre (bombarder une usine en sachant que des civils mourront) et dans le dilemme du tramway : à l'aiguillage, la mort de l'ouvrier est un effet prévu ; sur la passerelle, pousser le gros homme fait de sa mort le moyen.
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Sans la prémisse implicite : Sans P2, l'ordinateur trouve un monde où le mauvais effet n'est ni le but ni le moyen, mais où il est quand même voulu : l'acte n'est alors plus bon en lui-même, et rien ne garantit qu'il soit permis. C'est exactement le problème de la « proximité » : ce qui est collé de très près à ce qu'on vise, sans en être le moyen au sens strict, compte-t-il comme voulu ?
Objections
4Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
H. L. A. Hart et Philippa Foot (la « proximité ») 1967 · attaque la prémisse 2Des spéléologues sont bloqués dans une grotte qui se remplit d'eau : le plus gros d'entre eux est coincé dans la sortie. Ils ont de la dynamite. Pourraient-ils dire : « Nous ne voulions pas le tuer, seulement l'expulser de la sortie ; sa mort n'est qu'un effet prévu » ? C'est ridicule, et les défenseurs de la doctrine le refusent. Mais alors, où passe la ligne ? Si tout ce qui est « très proche » de ce qu'on vise compte comme voulu, il faut un critère de cette proximité, et personne ne l'a donné. Hart remarquait aussi que, dans la craniotomie (écraser le crâne d'un enfant à naître pour sauver la mère), la mort de l'enfant n'est pas, au sens strict, le moyen.
Thomas d'Aquin répond
Des spéléologues sont bloqués dans une grotte qui se remplit d'eau : le plus gros d'entre eux est coincé dans la sortie. Ils ont de la dynamite. Pourraient-ils dire : « Nous ne voulions pas le tuer, seulement l'expulser de la sortie ; sa mort n'est qu'un effet prévu » ? C'est ridicule, et les défenseurs de la doctrine le refusent. Mais alors, où passe la ligne ? Si tout ce qui est « très proche » de ce qu'on vise compte comme voulu, il faut un critère de cette proximité, et personne ne l'a donné. Hart remarquait aussi que, dans la craniotomie (écraser le crâne d'un enfant à naître pour sauver la mère), la mort de l'enfant n'est pas, au sens strict, le moyen.
Philippa Foot (le gaz) 1967 · attaque la prémisse 1Cinq malades d'un hôpital peuvent être sauvés en fabriquant un gaz, mais cette fabrication envoie des fumées mortelles dans la chambre d'un sixième patient, qu'on ne peut pas déplacer. Sa mort ne sert à rien : c'est un pur effet secondaire, et cinq contre un, la proportion y est. La doctrine devrait donc le permettre. Pourtant nous le jugeons interdit, comme si l'on tuait le patient. Pour Foot, ce qui explique nos jugements n'est pas la différence entre vouloir et prévoir, mais celle entre nuire et ne pas aider : le devoir de ne pas nuire est plus strict que le devoir d'aider.
sans réponse
Cinq malades d'un hôpital peuvent être sauvés en fabriquant un gaz, mais cette fabrication envoie des fumées mortelles dans la chambre d'un sixième patient, qu'on ne peut pas déplacer. Sa mort ne sert à rien : c'est un pur effet secondaire, et cinq contre un, la proportion y est. La doctrine devrait donc le permettre. Pourtant nous le jugeons interdit, comme si l'on tuait le patient. Pour Foot, ce qui explique nos jugements n'est pas la différence entre vouloir et prévoir, mais celle entre nuire et ne pas aider : le devoir de ne pas nuire est plus strict que le devoir d'aider.
Judith Jarvis Thomson (la boucle) 1985 · attaque la prémisse 2Changeons la voie de l'aiguillage : elle fait une boucle et revient vers les cinq. Le tramway ne s'arrêtera que s'il heurte l'ouvrier seul, dont le corps le bloquera. Cette fois, la mort de l'ouvrier est bien le moyen de sauver les cinq : la doctrine devrait interdire de tourner, comme pour le gros homme. Pourtant, un petit bout de voie en plus ne peut pas changer grand-chose moralement, et il semble qu'on puisse tourner. Si c'est vrai, la doctrine donne ici une mauvaise réponse.
Thomas d'Aquin répond
Changeons la voie de l'aiguillage : elle fait une boucle et revient vers les cinq. Le tramway ne s'arrêtera que s'il heurte l'ouvrier seul, dont le corps le bloquera. Cette fois, la mort de l'ouvrier est bien le moyen de sauver les cinq : la doctrine devrait interdire de tourner, comme pour le gros homme. Pourtant, un petit bout de voie en plus ne peut pas changer grand-chose moralement, et il semble qu'on puisse tourner. Si c'est vrai, la doctrine donne ici une mauvaise réponse.
Joshua Greene 2010 · attaque la prémisse 1La différence entre moyen et effet secondaire, que nous sentons si fort, pourrait être un sous-produit de la manière dont notre cerveau se représente les actions : le système d'alarme émotionnelle qui réagit aux actes violents « voit » les moyens et pas les effets secondaires. Si c'est le cas, cette distinction décrit notre psychologie, pas ce qui est vraiment permis, et il ne faut pas s'y réfugier.
sans réponse
La différence entre moyen et effet secondaire, que nous sentons si fort, pourrait être un sous-produit de la manière dont notre cerveau se représente les actions : le système d'alarme émotionnelle qui réagit aux actes violents « voit » les moyens et pas les effets secondaires. Si c'est le cas, cette distinction décrit notre psychologie, pas ce qui est vraiment permis, et il ne faut pas s'y réfugier.