QuestionsQu'est-ce qui est bien ?Aimer tous les êtres humains sans distinction, parce que c'est ce qui profite le plus au monde
Qu'est-ce qui est bien ?Les conséquences

Aimer tous les êtres humains sans distinction, parce que c'est ce qui profite le plus au monde

L'amour universel (jian ai) ; l'amour sans distinction

Mozi (Mo Di) v. 470 av. J.-C. · v. 391 av. J.-C.Aimer tous les êtres humains sans distinction : c'est la seule règle qui apaise le monde.
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Ce qu'il soutient

L'amour universel est juste et la partialité est mauvaise : chacun doit traiter les autres, leur famille et leur pays comme les siens.

Pourquoi

Guerres et vols naissent de ce que chacun n'aime que les siens ; si l'on aimait tous les autres comme soi, ces maux disparaîtraient.

La même idée à travers l'histoire
Mozi (Mo Di)400 av. J.-C.Mozi enseigne vers la fin du Ve siècle av. J.-C. ; les chapitres sur l'amour universel sont connus en trois versions, écrites par ses disciples.
Jeremy Bentham1789Bentham juge aussi les actions par leurs effets sur le bonheur de tous, chacun comptant pour un.Peter Singer1972Singer demande de même d'aider les inconnus lointains comme les proches.
En bref

« Aimer tous les êtres humains sans distinction, parce que c'est ce qui profite le plus au monde » est un argument de Mozi (Mo Di) (Mozi, chapitres 14 à 16 (« Amour universel »), 400 av. J.-C.) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : les conséquences). Sa thèse : L'amour universel est juste et la partialité est mauvaise : chacun doit traiter les autres, leur famille et leur pays comme les siens. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Mozi, chapitres 14 à 16 (« Amour universel »)
Valide avec une prémisse implicite

Pour Mozi, la Chine des Royaumes combattants souffre de guerres, de vols et de familles divisées. Les confucéens répondent par les rites et par l'amour gradué : on aime d'abord ses parents, puis les autres. Mozi pense que cette gradation est la racine du mal. Si chacun aime les siens plus que les autres, chacun prend aux autres pour donner aux siens. Il propose l'inverse, l'amour universel : regarder la famille, la ville et l'État d'autrui comme les siens. Il le justifie par ses résultats, non par un sentiment.

P1Est bon ce qui procure des bénéfices au monde et supprime ses calamités. Voilà ce que cherche l'homme bienveillant.
P2Les plus grandes calamités (guerres entre États, troubles entre familles, vols, discordes entre père et fils) naissent de la partialité : chacun aime les siens seulement et prend aux autres pour les avantager.
P3Si chacun considérait les autres comme soi-même, on ne ferait plus la guerre, on ne volerait plus, et les familles s'entendraient : l'amour universel produit les plus grands bénéfices du monde.
P4Cela est possible, car on n'a pas affaire à un exploit surhumain : ce que le souverain encourage, le peuple le fait. Les dirigeants ont déjà obtenu des gens des choses bien plus dures (se laisser mourir de faim pour avoir une taille fine).
P5 · prémisse impliciteIl faut faire ce qui apporte le plus de bénéfices au monde, quand cela est possible. L'amour sans distinction est donc la règle à suivre, et la partialité est à rejeter.
Donc l'amour universel est juste et la partialité est mauvaise : chacun doit traiter les autres, leur famille et leur pays comme les siens.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un monde où l'amour universel est possible et bénéfique, et où l'on n'est pourtant pas obligé de le pratiquer : par exemple parce qu'on garde le droit de donner la priorité à ses proches.
Avec P5, l'argument est valide. Sans P5, il est vrai que l'amour universel profiterait au monde et serait possible, mais on n'a pas montré qu'on doit le faire, ni qu'aucune autre règle ne ferait mieux. Mozi suppose aussi, sans le démontrer, que la partialité est la cause principale des calamités : c'est le point où ses critiques entrent.
Analogie. Un arbitre qui siffle toujours pour son propre fils rend le match injuste pour tous. Mozi demande que chaque arbitre siffle comme si tous les joueurs étaient ses fils.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Mencius 300 av. J.-C. · attaque la prémisse 5

Mencius juge qu'aimer tout le monde sans distinction, c'est ne plus reconnaître la place à part de son père, et que celui qui ne reconnaît ni son père ni son prince vit comme une bête. Pour lui, la bienveillance naît d'un attachement familial, qui s'étend ensuite aux autres par degrés.

un défenseur répond
C
Chris Fraser défenseur de l'argument · 2016
Résumé : Fraser interprète l'amour universel de Mozi comme n'exigeant pas un même sentiment pour tous, mais une même considération dans les décisions pratiques : chacun compte pour les institutions, et l'on s'occupe d'autrui sans exclure personne. Il ne demande pas d'oublier ses parents, mais de ne pas favoriser injustement leurs intérêts.
Où en est le débat (notre résumé)Mencius et Mozi s'accordent pour se soucier d'autrui. Le désaccord de fond : faut-il d'abord développer l'attachement aux proches puis l'étendre, ou le dépasser d'emblée par une règle impartiale ? Le débat se poursuit aujourd'hui entre éthiques impartiales et éthiques des relations.
Une objection tirée des Entretiens de Confucius 500 av. J.-C. · attaque la prémisse 5

On demande à Confucius s'il faut rendre le bien pour le mal. Il répond : que rendrait-on alors pour le bien ? Il faut répondre au mal par la justice et au bien par le bien. La bienveillance n'est donc pas la même pour tous : elle répond à ce que chacun a fait.

sans réponse
voir l'argument
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Di) dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Confucius est mort avant Mozi : ce passage n'est pas une réponse à Mozi, mais l'idée d'une bienveillance graduée qu'ont défendue ses disciples contre lui. Mozi critique les confucéens de son temps dans le chapitre 39 du livre. Le désaccord de fond : traiter chacun de la même manière est-il une exigence de la justice, ou la justice consiste-t-elle à rendre à chacun ce qui lui revient ?
Bernard Williams 1976 · attaque la prémisse 5

Une morale qui demande de ne jamais préférer ses proches détruit ce qui donne un sens à une vie : nos projets et nos attachements personnels. Si, pour sauver sa femme, on doit se demander d'abord si c'est permis, c'est déjà une pensée de trop.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1976, après sa mort (-391).
Le débat continue (notre résumé) Williams écrit plus de deux mille ans après Mozi et ne le cite pas dans ce texte. Les défenseurs de l'impartialité (dans la lignée de Mozi, Bentham et Singer) répondent que l'impartialité règle les institutions et les grands choix, pas chaque geste privé. Les partisans de Williams répondent que cette séparation ne tient pas, car le mal vient justement de l'exigence.