L'enfant qui se noie : aider les lointains est un devoir
L'enfant qui se noie (l'étang de Singer)
Les gens aisés doivent donner pour soulager la famine. Ce n'est pas de la charité, qu'on pourrait faire ou ne pas faire : ne pas donner est mal.
Si l'on peut éviter un grand mal sans sacrifice comparable, on le doit : la distance n'y change rien.
« L'enfant qui se noie : aider les lointains est un devoir » est un argument de Peter Singer (« Famine, Affluence, and Morality », Philosophy and Public Affairs, 1972, 1972) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : les conséquences). Sa thèse : Les gens aisés doivent donner pour soulager la famine. Ce n'est pas de la charité, qu'on pourrait faire ou ne pas faire : ne pas donner est mal. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Vous passez à côté d'un étang peu profond et vous voyez un petit enfant qui se noie. Vous pouvez entrer dans l'eau et le sortir de là ; vous allez abîmer vos chaussures et vos vêtements, c'est tout. Presque tout le monde dit qu'il faut le faire, et que passer son chemin serait monstrueux. Peter Singer écrit en 1971, pendant la famine du Bengale, où des millions de réfugiés manquent de nourriture et de soins. Sa question est simple : quelle différence y a-t-il entre l'enfant de l'étang et un enfant qui meurt de faim à l'autre bout du monde, quand un don modeste suffirait à l'aider ? S'il n'y en a pas, donner n'est pas un geste généreux en plus : ne pas donner est une faute.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où la famine est très mauvaise, où le don l'empêche sans gros sacrifice, où la distance et le nombre ne comptent pas, mais où une autre différence dispense du devoir : par exemple, l'enfant de l'étang est devant moi et lui seul dépend de moi, alors que la famine relève d'abord de la responsabilité des gouvernements. C'est sur ce genre de différence que portent plusieurs objections.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Susan Wolf (l'objection de l'exigence excessive) 1982 · attaque la prémisse 2Pris au sérieux, le principe ne s'arrête jamais : tant qu'il reste un enfant à sauver, chaque heure et chaque euro devraient y passer. On deviendrait un « saint moral », qui ne lit plus de romans, ne joue plus d'un instrument, ne perfectionne plus son revers au tennis. Or une telle vie n'est ni enviable ni même un idéal raisonnable. Une morale qui exige cela demande trop. (Bernard Williams avait déjà reproché à l'utilitarisme, en 1973, d'oublier que chacun a ses propres projets de vie.)
Singer répond
Pris au sérieux, le principe ne s'arrête jamais : tant qu'il reste un enfant à sauver, chaque heure et chaque euro devraient y passer. On deviendrait un « saint moral », qui ne lit plus de romans, ne joue plus d'un instrument, ne perfectionne plus son revers au tennis. Or une telle vie n'est ni enviable ni même un idéal raisonnable. Une morale qui exige cela demande trop. (Bernard Williams avait déjà reproché à l'utilitarisme, en 1973, d'oublier que chacun a ses propres projets de vie.)
FFrances Kamm (la distance compte-t-elle ?) 1999 · attaque la prémisse 3Singer affirme trop vite que la distance ne compte pas. En comparant avec soin des cas qui ne diffèrent que par la distance, Kamm trouve que nous jugeons souvent plus forte l'obligation d'aider quelqu'un qui est près de nous qu'un inconnu lointain dans la même détresse. Pour elle, la proximité crée une responsabilité particulière : ce n'est pas une simple illusion de la psychologie. Cela ne veut pas dire qu'on ne doit rien aux lointains, mais l'argument de l'étang ne se transporte pas tel quel jusqu'au Bengale.
Singer répond
Singer affirme trop vite que la distance ne compte pas. En comparant avec soin des cas qui ne diffèrent que par la distance, Kamm trouve que nous jugeons souvent plus forte l'obligation d'aider quelqu'un qui est près de nous qu'un inconnu lointain dans la même détresse. Pour elle, la proximité crée une responsabilité particulière : ce n'est pas une simple illusion de la psychologie. Cela ne veut pas dire qu'on ne doit rien aux lointains, mais l'argument de l'étang ne se transporte pas tel quel jusqu'au Bengale.
AAngus Deaton (l'efficacité de l'aide) 2015 · attaque la prémisse 5L'économiste Angus Deaton (prix Nobel 2015) conteste le fait sur lequel tout repose : un don ne sauve pas une vie aussi simplement qu'on tire un enfant de l'eau. Les enfants ne meurent pas faute de quelques milliers de dollars ; le développement est d'abord un problème politique. L'aide venue de l'étranger peut même renforcer des gouvernements qui oppriment leur peuple, en les dispensant de rendre des comptes. Il le soutenait déjà dans La Grande Évasion (2013).
Singer répond
L'économiste Angus Deaton (prix Nobel 2015) conteste le fait sur lequel tout repose : un don ne sauve pas une vie aussi simplement qu'on tire un enfant de l'eau. Les enfants ne meurent pas faute de quelques milliers de dollars ; le développement est d'abord un problème politique. L'aide venue de l'étranger peut même renforcer des gouvernements qui oppriment leur peuple, en les dispensant de rendre des comptes. Il le soutenait déjà dans La Grande Évasion (2013).