QuestionsQu'est-ce qui est bien ?La règle d'or : ne pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas subir
Qu'est-ce qui est bien ?La vertu

La règle d'or : ne pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas subir

Confucius v. 551 av. J.-C. · v. 479 av. J.-C.Devenir humain par l'étude, les rites et la bienveillance.
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Ce qu'il soutient

Il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'on nous fasse.

Pourquoi

Les hommes sont proches par nature : ce qui m'est pénible l'est aussi pour les autres, donc je juge d'autrui à partir de moi.

En bref

« La règle d'or : ne pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas subir » est un argument de Confucius (Entretiens 15.23 et 12.2) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la vertu). Sa thèse : Il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'on nous fasse. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Entretiens 15.23 et 12.2
Valide avec une prémisse implicite

Son disciple Zigong lui demande s'il existe un seul mot qu'on puisse suivre toute sa vie. Confucius répond : « la réciprocité » (shu), et il l'explique : ne pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas qu'on nous fasse. Confucius ne démontre pas cette règle, il la donne. La forme P1, P2, P3 → C ci-dessous est notre reconstruction : elle relie trois paroles rapportées dans des livres différents des Entretiens.

P1La vertu d'humanité (ren), c'est aimer les autres : on ne fait pas subir à ceux qu'on aime ce qui leur est pénible.
P2Par nature, les hommes sont proches les uns des autres.
P3 · prémisse implicitePuisque les hommes sont proches, ce que je ne veux pas subir est aussi pénible aux autres. C'est la « méthode de l'humanité » : juger des autres d'après soi-même.
Donc il ne faut pas faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'on nous fasse.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où j'aime les autres, où les hommes sont proches par nature, mais où un acte que je ne veux pas subir n'est pas pénible pour l'autre : rien n'interdit alors de le lui faire.
Avec ses trois prémisses, l'argument est valide. Sans P3, il ne l'est plus : rien ne garantit alors que ce que je refuse pour moi soit pénible pour l'autre. P3 n'est pas écrite telle quelle, mais elle est ce que Confucius appelle juger des autres par ce qui est proche en nous. C'est aussi le point d'attaque des objections : les autres ne sont peut-être pas assez semblables à moi pour que je puisse me prendre comme mesure. Note : la règle de Confucius est négative (ne pas faire) ; les Entretiens connaissent aussi une forme positive (6.28).
Analogie. Avant de poster une photo gênante d'un ami, demande-toi si tu aimerais qu'il poste la tienne. Tu n'as pas besoin de connaître ses goûts : il te suffit de savoir ce qui te blesserait, toi.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Kant 1785 · attaque la conclusion

Cette règle « triviale » ne peut pas être le principe de la morale. Elle ne fonde ni les devoirs envers soi-même, ni le devoir d'aider les autres : beaucoup accepteraient que personne ne les aide, pourvu qu'ils soient dispensés d'aider. Et le criminel pourrait l'invoquer contre le juge qui le punit.

Confucius répond
Confucius Ce que disent les Entretiens ailleurs (6.28) : une forme positive, qui répond au reproche sur le devoir d'aider (Kant vient plus de deux mille ans après)
L'homme d'humanité, voulant s'affermir lui-même, affermit aussi les autres ; voulant progresser lui-même, fait aussi progresser les autres.
Le débat continue (notre résumé) Kant répondrait que même cette forme positive part de ce que je désire pour moi : elle dépend des désirs de chacun, alors que le devoir doit valoir sans condition. Et le passage ne dit rien du criminel qui invoque la règle contre son juge, ni des devoirs envers soi-même.
O
Objection des goûts différents (George Bernard Shaw) 1903 · attaque la prémisse 3

Les autres n'ont pas forcément mes goûts : ce qui me dérangerait peut ne pas les gêner, et ce qui me plairait peut les blesser. Shaw l'a dit avec humour à propos de la forme positive de la règle ; le cas extrême est celui du masochiste, qui voudrait qu'on lui fasse mal.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Confucius dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Les défenseurs de Confucius notent que la forme négative résiste mieux : elle interdit d'imposer, elle n'oblige pas à imposer ses goûts. Le masochiste qui s'abstient de faire mal aux autres ne viole pas la règle.
L
Lao-tseu (Tao-tö-king) attaque la conclusion

La réciprocité ne va pas assez loin. Le sage du Tao-tö-king répond aux injures par des bienfaits, sans tenir de comptes.

Confucius répond
Confucius Réponse de Confucius à la formule « rendre le bien pour le mal » (Lao-tseu n'est pas nommé)
Si vous rendez le bien pour le mal, que rendrez-vous pour le bien ? Répondez au mal par la droiture, et rendez le bien pour le bien.
Le débat continue (notre résumé) Le taoïste répondrait que tenir la balance entre le bien reçu et le mal reçu, c'est encore entretenir la rancune. Le sage ne compte pas : en rendant le bien, il éteint le conflit au lieu de le régler.