QuestionsQu'est-ce qui est bien ?La conscience, instinct divin
Qu'est-ce qui est bien ?La nature ou la conscience

La conscience, instinct divin

Jean-Jacques Rousseau 1712 · 1778L'homme naît bon, c'est la société qui le corrompt.
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Ce qu'il soutient

Il y a au fond des âmes un principe inné de justice, par lequel nous jugeons le bien et le mal : la conscience.

Pourquoi

Tous les peuples ont les mêmes notions du bien et du mal, ce que ni l'éducation ni l'intérêt n'expliquent.

En bref

« La conscience, instinct divin » est un argument de Jean-Jacques Rousseau (Émile IV, Profession de foi du vicaire savoyard) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la nature ou la conscience). Sa thèse : Il y a au fond des âmes un principe inné de justice, par lequel nous jugeons le bien et le mal : la conscience. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Émile IV, Profession de foi du vicaire savoyard
Valide avec une prémisse implicite

Attention : ici, c'est un personnage qui parle, le vicaire savoyard. Rousseau dit avoir « transcrit » son discours comme un exemple, pas comme une règle ; mais il l'a ensuite défendu comme proche de sa propre pensée. Le vicaire soutient qu'on n'apprend pas à aimer le bien : ce sentiment, la conscience, est inné.

P1Dans tous les peuples, malgré des religions et des mœurs opposées, on retrouve les mêmes notions du bien et du mal.
P2 · prémisse impliciteCe sur quoi tous les peuples s'accordent, alors qu'ils diffèrent en tout le reste, ne vient pas de l'éducation mais de la nature.
P3Ce sentiment ne s'explique pas par l'intérêt : nous admirons le juste qui se sacrifie, et l'intérêt seul n'explique que les actions des méchants.
P4Un sentiment du bien et du mal qui ne vient ni de l'éducation ni de l'intérêt est un principe naturel en nous, aussi naturel que l'amour de soi.
Donc il y a au fond des âmes un principe inné de justice, par lequel nous jugeons le bien et le mal : la conscience.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P2, l'ordinateur trouve un cas où tous les peuples partagent les mêmes notions morales et où l'intérêt ne les explique pas, mais où elles sont quand même apprises : il n'y a alors pas de principe inné.
Avec ses quatre prémisses, la conclusion suit. Sans P2, elle ne suit plus : un accord universel pourrait venir d'autre chose que de la nature, par exemple de besoins sociaux partout les mêmes, transmis par l'éducation. Le vicaire n'énonce P2 qu'en répondant à Montaigne : c'est exactement là que Locke attaque.
Analogie. Partout sur Terre, les enfants ont peur du noir. On peut dire : c'est inné. On peut aussi dire : partout, les parents racontent des histoires de monstres. Que tout le monde fasse pareil ne dit pas encore d'où cela vient.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Pascal (après Montaigne) 1670 · attaque la prémisse 1

Il n'y a pas d'accord universel : ce qui est juste d'un côté d'une frontière est injuste de l'autre. Les lois et les mœurs changent avec les pays et les époques.

Rousseau répond
Rousseau Réponse du vicaire savoyard (personnage de Rousseau)
Le vicaire répond à Montaigne : quelques coutumes étranges, dues à des causes locales, ne détruisent pas l'accord de tous les peuples. Y a-t-il un seul pays où ce soit un crime de tenir parole ou d'être généreux, où l'homme de bien soit méprisé et le traître honoré ?
Locke 1689 · attaque la prémisse 2

Même si tous les hommes s'accordaient, cela ne prouverait pas que c'est inné : l'éducation, les fréquentations et les coutumes suffisent à l'expliquer. La conscience n'est que l'opinion que nous avons de nos propres actes, et des consciences sincères approuvent des choses opposées.

Rousseau répond
Rousseau Réponse du vicaire savoyard (personnage de Rousseau)
Le vicaire ne nomme pas Locke, mais il répond aux « prétendus sages » pour qui tout vient de l'expérience. Il leur accorde que nos idées viennent du dehors et que la connaissance du bien n'est pas innée. Ce qui est inné, ce n'est pas une idée, c'est un sentiment : celui qui nous porte à aimer le bien dès que la raison nous l'a fait connaître.
Nietzsche 1887 · attaque la conclusion

La « mauvaise conscience » n'a rien de divin. Quand la vie en société empêche nos instincts agressifs de sortir, ils se retournent contre nous : c'est ainsi que naît le monde intérieur. La conscience a une histoire, et cette histoire est faite de contrainte.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1887, après sa mort (1778).