QuestionsQu'est-ce qui est bien ?La colère n'est jamais utile
Qu'est-ce qui est bien ?La vertu

La colère n'est jamais utile

Sénèque v. 4 av. J.-C. · v. 65Ce n'est pas que nous ayons peu de temps, c'est que nous en perdons beaucoup.
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Ce qu'il soutient

La colère n'est jamais utile : il ne faut pas la modérer, il faut s'en libérer.

Pourquoi

La colère n'obéit pas à la raison et nuit ; tout ce qu'elle apporterait, la raison l'obtient seule.

En bref

« La colère n'est jamais utile » est un argument de Sénèque (De la colère, I, 1 ; I, 9-12) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la vertu). Sa thèse : La colère n'est jamais utile : il ne faut pas la modérer, il faut s'en libérer. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

De la colère, I, 1 ; I, 9-12
Valide

Une juste colère peut-elle être bonne ? Aristote le pensait : il faut savoir se fâcher quand il le faut, contre qui il faut, autant qu'il faut. Sénèque répond que non. La colère est une « courte folie » : soit elle obéit à la raison, et ce n'est plus de la colère ; soit elle n'obéit pas, et elle est dangereuse. Tout ce qu'elle prétend faire de bien (se battre, défendre les siens, punir), la raison le fait mieux, sans elle.

P1La colère, par nature, n'obéit pas à la raison : c'est une « courte folie », sourde aux conseils. Un élan qui s'arrête quand la raison le décide n'est plus de la colère.
P2Un auxiliaire de la raison qui n'obéit pas est nuisible, comme le soldat qui n'entend pas le signal de la retraite.
P3Tout ce que la colère pourrait apporter (l'élan au combat, la défense des siens, la punition), la raison peut l'obtenir seule : le chasseur ne se met pas en colère contre les bêtes.
P4Ce qui est nuisible et dont on peut se passer, mieux vaut s'en passer tout à fait : même si une fièvre guérit parfois une autre maladie, mieux vaut n'avoir jamais de fièvre.
Donc la colère n'est jamais utile : il ne faut pas la modérer, il faut s'en libérer.

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide sans prémisse cachée. P1 et P2 forment un dilemme : ou la colère obéit, et ce n'est plus de la colère ; ou elle n'obéit pas, et elle nuit. P3 et P4 ajoutent qu'on n'a pas besoin d'elle. Tout repose sur P1, qui est presque une définition : Sénèque appelle « colère » seulement l'élan qui échappe à la raison. Aristote appelle « colère » aussi un élan réglé par la raison. Une partie du désaccord porte donc sur les mots ; l'autre partie porte sur P3 : la raison seule nous fait-elle vraiment agir aussi fort ?
Analogie. Un conducteur a un moteur qui accélère tout seul, même quand il freine. Certains disent : « gardons-le, il aide à doubler ». Sénèque répond : un moteur qui n'obéit pas à la pédale n'aide pas à doubler, il provoque des accidents ; et pour doubler, un moteur qui obéit suffit.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Aristote (selon Sénèque) 330 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

La colère est nécessaire : on ne gagne aucun combat si elle ne remplit pas l'âme et n'enflamme pas le courage. Il faut seulement s'en servir non comme d'un général, mais comme d'un soldat. Bien réglée, elle obéit.

Sénèque répond
Sénèque
C'est faux : si elle écoute la raison et va où celle-ci la mène, ce n'est plus de la colère, car le propre de la colère est de se rebeller. Si elle résiste et ne s'arrête pas quand on le lui ordonne, elle est aussi inutile à l'âme que le soldat qui n'écoute pas le signal de la retraite.
Sénèque Un peu plus loin (De la colère, I, 10)
« La colère est utile si elle est modérée. » Non : seulement si elle est utile par nature. Si elle refuse l'autorité de la raison, la modérer obtient seulement qu'elle nuise moins. Une passion modérée n'est donc qu'un mal modéré.
Le débat continue (notre résumé) Sénèque lui-même reconnaît que le débat est en partie de vocabulaire : si l'élan accepte des limites, « il faut l'appeler d'un autre nom ». Dans l'Éthique à Nicomaque (IV, 5), Aristote loue celui qui se met en colère « pour ce qu'il faut, contre qui il faut, comme il faut » : il décrit exactement ce que Sénèque refuse d'appeler colère. Le vrai désaccord est de savoir si l'émotion elle-même, et pas seulement le jugement, est nécessaire pour agir.
Aristote (Éthique à Nicomaque) et son élève Théophraste 330 av. J.-C. · attaque la prémisse 3

Celui qui ne se met jamais en colère passe pour un sot, incapable de se défendre. Supporter d'être insulté, et laisser insulter les siens, c'est une âme d'esclave. Les gens de bien s'irritent des torts faits à leurs proches, et ils ont raison.

Sénèque répond
Sénèque
L'homme de bien remplira ses devoirs sans trouble et sans peur, et ne fera rien d'indigne d'un homme : « On veut frapper mon père, je le défendrai ; on l'a frappé, je le vengerai, parce que c'est mon devoir, non parce que j'en souffre. »
Le débat continue (notre résumé) Sénèque accuse Théophraste de s'adresser à la foule plutôt qu'au juge : chacun approuve la colère qu'il ressent lui-même (I, 12, 3). Reste la question de fait : le seul sens du devoir pousse-t-il à agir aussi vite et aussi fort que l'indignation ? Sénèque l'affirme ; il ne le montre que par des exemples de généraux patients (Fabius, Scipion).
A
Amia Srinivasan (« The Aptness of Anger », 2018) 2018 · attaque la prémisse 4

Juger la colère seulement sur son utilité, c'est oublier qu'elle peut être juste : elle reconnaît qu'une injustice a eu lieu, même quand elle ne sert à rien. Demander aux victimes d'une injustice de rester calmes pour être efficaces, c'est leur imposer un second tort : renoncer à ressentir ce qui est vrai.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 2018, après sa mort (65).
Le débat continue (notre résumé) Sénèque distingue le « premier mouvement », involontaire, qui saisit même le sage (on frémit en lisant le meurtre de Cicéron), et la colère proprement dite, qui consent à ce mouvement et veut punir (livre II, 2-4). Il garde le jugement « ceci est injuste » et rejette seulement la passion. Srinivasan répondrait que ce jugement sans émotion n'est pas une vraie reconnaissance de l'injustice subie.