Mieux vaut être craint qu'aimé
S'il faut renoncer à l'un des deux, il est bien plus sûr pour un prince d'être craint qu'aimé, à condition de ne pas être haï.
L'amour tient par obligation et cède dès que l'intérêt le demande, alors que la peur du châtiment ne lâche jamais.
« Mieux vaut être craint qu'aimé » est un argument de Nicolas Machiavel (Le Prince, 17) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : les conséquences). Sa thèse : S'il faut renoncer à l'un des deux, il est bien plus sûr pour un prince d'être craint qu'aimé, à condition de ne pas être haï. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P6). AskPhilosophy présente 4 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Machiavel ne dit pas qu'il faut être haï, ni qu'il vaut mieux ne pas être aimé. L'idéal serait d'être à la fois aimé et craint. Mais s'il faut choisir, il juge la crainte plus sûre. Il juge ce choix à ses effets : la tenue de l'État, et le nombre de victimes. C'est un raisonnement par les conséquences, mais centré sur la sûreté de l'État plus que sur le bonheur de chacun.
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Sans la prémisse implicite : Sans P6, l'ordinateur trouve un cas où tous les faits sont vrais (les hommes sont ingrats, l'amour lâche, la crainte tient sans haine, la rigueur fait moins de victimes) et où pourtant mieux vaut être aimé : il suffit de juger un gouvernant à autre chose qu'à la sûreté, par exemple à sa justice.
Objections
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Cicéron 44 av. J.-C. · attaque la prémisse 4La crainte est une mauvaise gardienne du pouvoir durable : on hait ceux qu'on craint, et on souhaite la mort de ceux qu'on hait. Seule l'affection des citoyens protège vraiment.
Machiavel répond
La crainte est une mauvaise gardienne du pouvoir durable : on hait ceux qu'on craint, et on souhaite la mort de ceux qu'on hait. Seule l'affection des citoyens protège vraiment.
Érasme 1516 · attaque la prémisse 6Dans L'Institution du prince chrétien, Érasme soutient l'inverse : le bon prince cherche l'affection de son peuple, c'est le tyran qui règne par la crainte. Un prince se juge au bien de ses sujets, pas à la sûreté de son pouvoir.
sans réponse
Dans L'Institution du prince chrétien, Érasme soutient l'inverse : le bon prince cherche l'affection de son peuple, c'est le tyran qui règne par la crainte. Un prince se juge au bien de ses sujets, pas à la sûreté de son pouvoir.
Machiavel lui-même (Discours, I, 10) attaque la prémisse 2Dans les Discours, Machiavel écrit que les bons empereurs romains (Titus, Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin, Marc Aurèle) n'avaient besoin ni de gardes ni de légions : leur manière de vivre, l'affection du peuple et l'amour du Sénat les défendaient. L'amour protège donc parfois mieux que la crainte.
Machiavel répond
Dans les Discours, Machiavel écrit que les bons empereurs romains (Titus, Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin, Marc Aurèle) n'avaient besoin ni de gardes ni de légions : leur manière de vivre, l'affection du peuple et l'amour du Sénat les défendaient. L'amour protège donc parfois mieux que la crainte.
FFrédéric II de Prusse 1740 · attaque la prémisse 2Dans l'Anti-Machiavel, écrit quand il était encore prince héritier et publié en 1740 avec l'aide de Voltaire, Frédéric répond que les hommes ne sont pas tous ingrats : un prince bon et juste est aimé, et cet amour le protège mieux que la peur.
sans réponse
Dans l'Anti-Machiavel, écrit quand il était encore prince héritier et publié en 1740 avec l'aide de Voltaire, Frédéric répond que les hommes ne sont pas tous ingrats : un prince bon et juste est aimé, et cet amour le protège mieux que la peur.