QuestionsQu'est-ce qui est bien ?Le malhonnête n'est jamais vraiment utile
Qu'est-ce qui est bien ?La vertu

Le malhonnête n'est jamais vraiment utile

Cicéron 106 av. J.-C. · 43 av. J.-C.La vraie loi est la droite raison, conforme à la nature.
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Ce qu'il soutient

Ce qui est honteux n'est jamais vraiment utile, et ce qui est honnête l'est toujours : le conflit entre l'utile et l'honnête n'est qu'apparent.

Pourquoi

L'honnête est conforme à la nature et l'utile aussi ; une même action ne peut pas être à la fois contraire et conforme à la nature.

En bref

« Le malhonnête n'est jamais vraiment utile » est un argument de Cicéron (Des devoirs, III, 11 ; III, 35 ; III, 38 (l'anneau de Gygès)) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la vertu). Sa thèse : Ce qui est honteux n'est jamais vraiment utile, et ce qui est honnête l'est toujours : le conflit entre l'utile et l'honnête n'est qu'apparent. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Des devoirs, III, 11 ; III, 35 ; III, 38 (l'anneau de Gygès)
Valide avec une prémisse implicite

Mentir pour gagner un procès, tricher pour s'enrichir : on a souvent l'impression de devoir choisir entre ce qui est bien et ce qui rapporte. Cicéron, à la fin de sa vie, écrit à son fils que ce conflit n'est qu'une apparence. Ce qui est honteux ne peut pas être vraiment utile, et ce qui est honnête l'est toujours. Pour le montrer, il reprend à Platon l'histoire de l'anneau qui rend invisible.

P1Rien n'est plus contraire à la nature que ce qui est honteux : la nature demande ce qui est droit, juste et cohérent.
P2Rien n'est plus conforme à la nature que ce qui est vraiment utile.
P3 · prémisse impliciteUne même action ne peut pas être à la fois contraire et conforme à la nature.
P4Nous sommes nés pour l'honnête : il est le seul bien (selon Zénon), ou du moins le plus grand (selon Aristote).
P5Or ce qui est un bien est forcément utile.
Donc ce qui est honteux n'est jamais vraiment utile, et ce qui est honnête l'est toujours : le conflit entre l'utile et l'honnête n'est qu'apparent.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve une action à la fois honteuse et utile : elle serait en même temps contraire et conforme à la nature. Il faut dire que c'est impossible.
Deux raisonnements se rejoignent. P1, P2 et P3 montrent que le honteux et l'utile ne peuvent pas aller ensemble. P4 et P5 montrent que l'honnête est toujours utile. P3 paraît évident, mais il cache le vrai enjeu : il faut que « utile » veuille dire « bon pour une vie conforme à la nature humaine », et non « qui rapporte de l'argent ou du pouvoir ». Si l'on prend « utile » au sens ordinaire, P2 devient douteuse, et c'est là qu'attaquent Glaucon et Machiavel. Cicéron le sait : il ne nie pas que la tricherie rapporte, il nie qu'elle soit un vrai avantage.
Analogie. Un sportif peut gagner une course en se dopant. Il a la médaille, l'argent, la gloire. Mais s'il veut être un athlète, ce qu'il cherchait n'était pas seulement la médaille : c'était d'être le plus rapide. Cette victoire-là, la triche ne peut pas la lui donner.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Glaucon (dans la République de Platon) 375 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Donnez au juste et à l'injuste l'anneau de Gygès, qui rend invisible : tous deux voleront, tueront, prendront ce qu'ils veulent. Personne n'est juste par choix, seulement par contrainte. Tout le monde pense que l'injustice rapporte davantage, quand on est sûr de ne pas être pris.

Cicéron répond
Cicéron
Si le sage avait cet anneau, il ne se croirait pas plus permis de mal faire que sans lui : les gens de bien cherchent ce qui est honnête, pas ce qui reste caché. Et à ceux qui disent que l'anneau n'existe pas, je demande ce qu'ils feraient s'il existait : s'ils avouent qu'ils feraient ce qui leur profite, ils avouent qu'ils sont des criminels.
Le débat continue (notre résumé) Glaucon ne défend pas lui-même cette thèse : il la pose pour que Socrate la réfute, ce que fait toute la République. On peut aussi objecter à Cicéron qu'il dit ce que ferait le sage, sans prouver qu'un homme ordinaire y gagnerait vraiment.
Machiavel (Le Prince) 1532 · attaque la prémisse 5

Pour un prince, avoir vraiment les qualités qu'on loue (fidélité, humanité, religion) et les pratiquer toujours est nuisible ; paraître les avoir est utile. Un homme qui veut être bon en tout se ruine parmi tant de gens qui ne le sont pas : il doit apprendre à pouvoir ne pas être bon.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1532, après sa mort (-43).
Le débat continue (notre résumé) Machiavel répond presque mot pour mot à Cicéron. Dans les Devoirs (I, 41), Cicéron avait écrit que la ruse est du renard et la force du lion, toutes deux indignes de l'homme, et que la pire injustice est de tromper en se donnant l'air d'un homme de bien. Le Prince (chapitre 18) renverse ce passage : le prince doit être renard et lion, et paraître bon. Un cicéronien répondrait que Machiavel parle de ce qui rapporte du pouvoir, pas de ce qui est utile à une vie humaine.