QuestionsQu'est-ce qui est bien ?Pas de vertu dans l'obéissance
Qu'est-ce qui est bien ?La vertu

Pas de vertu dans l'obéissance

Mary Wollstonecraft 1759 · 1797Les femmes ont la même raison : qu'on les éduque comme telles.
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Ce qu'il soutient

Une femme élevée selon ce système ne peut pas être vertueuse au sens propre. Comment attendre la vertu d'une esclave ? Pour que les femmes soient vertueuses, il faut qu'elles soient libres et qu'elles n'obéissent qu'à la raison.

Pourquoi

Seule la vertu née de l'exercice de sa propre raison compte, et une éducation qui enseigne l'obéissance l'empêche.

En bref

« Pas de vertu dans l'obéissance » est un argument de Mary Wollstonecraft (Droits de la femme, ch. 2-3) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la vertu). Sa thèse : Une femme élevée selon ce système ne peut pas être vertueuse au sens propre. Comment attendre la vertu d'une esclave ? Pour que les femmes soient vertueuses, il faut qu'elles soient libres et qu'elles n'obéissent qu'à la raison. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 3 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Droits de la femme, ch. 2-3
Valide

Rousseau voulait des hommes vertueux par leur propre raison, et des femmes douces, dociles et obéissantes. Wollstonecraft relève la contradiction : si la vertu vient de la raison, une femme qu'on dresse à obéir ne peut pas être vertueuse. Elle peut seulement paraître sage, tant que quelqu'un la surveille. « La liberté est la mère de la vertu. »

P1On ne peut appeler vertueux que celui dont les vertus viennent de l'exercice de sa propre raison. Rousseau le disait des hommes ; cela vaut pour tout être humain, car il n'y a pas de vertus propres à un sexe.
P2Être élevée pour la dépendance, c'est apprendre à agir selon la volonté d'un autre être faillible et à se soumettre au pouvoir, à tort ou à raison : ce n'est pas agir par sa propre raison.
P3Or l'éducation que Rousseau propose pour les filles fait de l'obéissance « la grande leçon » à imprimer avec une rigueur sans relâche.
Donc une femme élevée selon ce système ne peut pas être vertueuse au sens propre. Comment attendre la vertu d'une esclave ? Pour que les femmes soient vertueuses, il faut qu'elles soient libres et qu'elles n'obéissent qu'à la raison.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide sans prémisse cachée : chaque prémisse est indispensable. La force de l'argument est de partir d'une idée que Rousseau admet lui-même (P1, pour les hommes) et de montrer qu'il ne peut pas en faire une exception pour les femmes sans dire que la vertu change de nature selon le sexe, ce qu'elle refuse. Pour y échapper, il faut soit nier P1 (une vertu d'obéissance existe), soit nier P2 (obéir peut être un choix raisonnable).
Analogie. Un élève qui ne triche pas parce que le professeur le surveille n'est pas honnête : il est surveillé. On ne sait s'il est honnête que le jour où il pourrait tricher et ne le fait pas, parce qu'il a compris pourquoi il ne faut pas.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Rousseau (Émile, livre V) 1762 · attaque la prémisse 1

La première qualité d'une femme est la douceur. Faite pour obéir à un être aussi imparfait que l'homme, elle doit apprendre de bonne heure à souffrir même l'injustice et à supporter les torts d'un mari sans se plaindre. Ce n'est pas pour lui, c'est pour elle : la douceur est sa vertu propre, et l'aigreur ne ferait qu'aggraver ses maux.

Wollstonecraft répond
Wollstonecraft
Exiger l'obéissance aveugle viole tous les droits sacrés de l'humanité. L'être qui endure patiemment l'injustice et supporte les insultes en silence deviendra bientôt injuste lui-même, ou incapable de distinguer le bien du mal. La vraie douceur n'atteint le cœur que comme effet de la réflexion ; celle que la peur imprime n'est qu'une façon de se tenir.
O
Objection : obéir peut être raisonnable attaque la prémisse 2

Obéir n'empêche pas toujours de raisonner. Un enfant obéit à ses parents, un apprenti à son maître, un malade à son médecin : on juge raisonnablement que l'autre sait mieux. Wollstonecraft elle-même demandait aux enfants dont elle s'occupait de suivre ses conseils tant que leur raison n'était pas mûre.

Wollstonecraft répond
Wollstonecraft
J'aime l'homme comme mon semblable ; mais son sceptre, réel ou usurpé, ne s'étend pas jusqu'à moi, à moins que la raison d'un individu ne réclame mon hommage ; et même alors, c'est à la raison que je me soumets, non à l'homme. La conduite d'un être responsable doit être réglée par sa propre raison.
Le débat continue (notre résumé) Elle accorde donc qu'on peut suivre l'avis de quelqu'un de plus sage, à condition d'obéir à ses raisons. Et l'obéissance qu'elle demandait aux enfants était provisoire : « ensuite, tu dois penser ». Ce qu'elle refuse, c'est une obéissance définitive, « à tort ou à raison », imposée à tout un sexe. L'objecteur peut répondre que, dans la vie réelle, on suit souvent une autorité sans pouvoir vérifier ses raisons (un médecin, par exemple) : la frontière entre confiance raisonnable et soumission n'est pas toujours nette.
L'éthique du care (Carol Gilligan, Une voix différente) 1982 · attaque la prémisse 1

Faire de la raison indépendante la seule source de la vertu, c'est adopter un modèle masculin de la morale. L'attention aux autres, le soin, la fidélité aux liens sont de vraies vertus, pas des vertus d'esclave. En les méprisant comme « vertus de femmes », on perd une moitié de la morale.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1982, après sa mort (1797).
Le débat continue (notre résumé) Les lectrices actuelles sont partagées. Certaines reprochent à Wollstonecraft une raison froide qui dédaigne les qualités traditionnellement féminines. D'autres rappellent qu'elle recommande chaleureusement les affections et les devoirs familiaux, à condition qu'ils ne remplacent pas la raison : ce qu'elle combat, c'est une douceur imposée par la peur, pas le soin lui-même.