QuestionsQu'est-ce qui est bien ?On peut être honnête sans croire en Dieu
Qu'est-ce qui est bien ?La nature ou la conscience

On peut être honnête sans croire en Dieu

Denis Diderot 1713 · 1784Rassembler tout le savoir humain dans l'Encyclopédie.
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Ce qu'il soutient

La bonne conduite ne dépend pas de la foi : un incroyant peut être un honnête homme, et un croyant peut ne pas l'être.

Pourquoi

On peut aimer faire le bien par penchant et éducation, et l'expérience montre qu'être honnête rend plus heureux ici-bas.

En bref

« On peut être honnête sans croire en Dieu » est un argument de Denis Diderot (Entretien avec la maréchale, vers 1774) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la nature ou la conscience). Sa thèse : La bonne conduite ne dépend pas de la foi : un incroyant peut être un honnête homme, et un croyant peut ne pas l'être. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Entretien avec la maréchale, vers 1774
Valide avec une prémisse implicite

Une maréchale très pieuse s'étonne : un philosophe qui ne croit en rien, et qui pourtant ne vole ni ne tue ? Quel motif peut avoir un incroyant d'être bon ? Le philosophe, « Crudeli », masque de Diderot, lui répond que la bonté a d'autres racines que la peur de l'enfer.

P1On peut être né avec le plaisir de faire le bien, et une bonne éducation renforce ce penchant.
P2L'expérience montre qu'il vaut mieux, pour son bonheur dans ce monde, être honnête que coquin.
P3 · prémisse impliciteCes motifs de ce monde peuvent suffire à rendre quelqu'un honnête, sans espoir de récompense ni peur d'une punition après la mort.
P4Et croire ne suffit pas à bien agir : on croit, et tous les jours on se conduit comme si on ne croyait pas. La religion n'a presque aucune influence réelle sur les mœurs.
Donc la bonne conduite ne dépend pas de la foi : un incroyant peut être un honnête homme, et un croyant peut ne pas l'être.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'on a un bon penchant, une bonne éducation et intérêt à être honnête, mais où cela ne suffit pas sans la peur de l'au-delà : l'incroyant ne serait alors pas honnête.
Valide avec P3. La conclusion a deux volets : P1, P2 et P3 montrent que la foi n'est pas nécessaire pour être honnête ; P4 montre qu'elle n'est pas suffisante. Sans P3, on peut toujours dire, comme la maréchale, que ces motifs sont trop faibles quand la tentation est forte. Côté faits, le point fragile est P4 : Crudeli s'appuie sur des exemples (« cet exemple, et cent mille autres »), pas sur une enquête. Et l'argument montre qu'un incroyant peut être honnête, pas ce qui rend une action bonne : c'est l'objection de Dostoïevski.
Analogie. Un élève peut travailler sans craindre la punition : parce qu'il aime la matière, parce qu'on l'a bien habitué, parce qu'il voit que ça lui sert. À l'inverse, la peur de la punition n'a jamais empêché tout le monde de tricher.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

L
La maréchale (dans le dialogue) attaque la prémisse 4

Admettons. Mais quel inconvénient y aurait-il à avoir une raison de plus de bien faire, la religion, et une raison de moins de mal faire ? La peur de Dieu retient au moins quelques-uns.

Diderot répond
Diderot Dans le dialogue
La tentation est trop proche, et l'enfer est trop loin. Si l'on veut des gens honnêtes, il vaut mieux de bonnes lois : lier l'intérêt de chacun au bien commun et récompenser la vertu comme on punit le crime.
Locke 1689 · attaque la prémisse 3

Un athée ne peut pas être tenu par ses promesses, ses contrats et ses serments, qui sont les liens de la société : il ne craint aucun juge au-dessus de lui. C'est pourquoi on ne doit pas tolérer les athées.

Diderot répond
Diderot Diderot en 1746, encore déiste : une réponse en partie d'accord
Le déiste a plus de motifs d'être vertueux que le sceptique, et le sceptique en a un de plus que l'athée. Mais la probité de l'athée a quand même trois appuis : la crainte des lois, son tempérament, et la connaissance des avantages que la vertu donne dès cette vie. Sans eux, elle manquerait de fondement.
Dostoïevski (Les Frères Karamazov) 1880 · attaque la conclusion

Montrer que des incroyants se conduisent bien ne dit pas ce qui rend une action bonne. Sans Dieu, la morale n'est plus qu'un penchant ou un calcul : si quelqu'un n'a ni ce penchant ni cet intérêt, rien ne l'oblige. Le roman résume l'idée par une formule célèbre : « si Dieu n'existe pas, tout est permis » (un résumé de propos d'Ivan, pas une phrase exacte du livre).

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1880, après sa mort (1784).