Denis Diderot
Rassembler tout le savoir humain dans l'Encyclopédie.
Denis Diderot (1713 – 1784, France) : lumières et matérialisme. Tout s'explique par la matière en mouvement. La matière peut sentir, et la pensée naît de la matière organisée : pas besoin d'une âme à part, ni d'un Dieu pour expliquer l'ordre du monde. Sur AskPhilosophy : 4 arguments reconstruits, 5 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 3 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).
Pourquoi il compte
Il dirige pendant plus de vingt ans l'Encyclopédie, le grand projet des Lumières. Sa Lettre sur les aveugles imagine, un siècle avant Darwin, que les êtres mal formés disparaissent et que seuls restent ceux qui peuvent survivre et se reproduire. Le Rêve de d'Alembert est l'un des premiers textes à dire que la pensée vient de la matière vivante.
Son époque
Fils d'un coutelier de Langres, il vit de traductions avant l'Encyclopédie. Ses Pensées philosophiques sont condamnées au feu (1746). La Lettre sur les aveugles lui vaut environ cent jours de prison à Vincennes (1749). Après cela, il publie anonymement, sous un faux nom, ou pas du tout : beaucoup de ses chefs-d'œuvre ne paraissent qu'après sa mort.
Ses positions
clique sur une ligne pour voir la preuveDéiste en 1746 (l'ordre de la nature prouve Dieu), athée et matérialiste à partir de 1749 environ, selon la plupart des lecteurs. Mais il ne l'affirme jamais en son nom dans un livre signé : il le fait dire à Saunderson, à « Crudeli », ou l'écrit dans des textes publiés après sa mort.
Nos idées, même les plus abstraites, dépendent de nos sens et de la forme de notre corps : un aveugle n'a pas la même métaphysique ni la même morale que nous.
Le doute est le premier pas vers la vérité, et chaque esprit voit avec ses propres lunettes. Mais ce doute sert la recherche : il fait confiance à l'observation et à l'expérience.
Il n'y a qu'une substance : la matière. La sensibilité est une propriété de la matière, et la pensée vient de la matière organisée. Il le dit sous son propre nom, mais dans un dialogue publié 46 ans après sa mort.
Chacune de nos actions est l'effet nécessaire de ce que nous sommes : le libre arbitre est une illusion. C'est le médecin Bordeu qui le dit dans le Rêve, mais Diderot défend la même idée ailleurs.
Il existe une morale commune à toutes les nations, fondée sur la nature humaine. Mais beaucoup de « vertus » ne sont que des conventions, souvent religieuses, qui contredisent la nature.
La raison est notre seule lumière ; demander de la sacrifier à la foi, c'est demander d'éteindre sa bougie dans la forêt.
Le monde est « un ordre momentané », sans but écrit d'avance. C'est Saunderson qui le dit ; nos textes sur ce que Diderot met à la place (la vertu, la postérité) ne sont pas encore collectés.
On peut être né avec le plaisir de faire le bien, et l'éducation peut renforcer ce penchant. Ce sont surtout les mauvaises lois qui rendent les hommes méchants.
Personne n'a reçu de la nature le droit de commander : le pouvoir légitime vient du consentement du peuple, et il a des limites.
Le bien, c'est ce qui a plus d'avantages que d'inconvénients ; la « vertu » doit devenir la « bienfaisance ». Une morale tournée vers les effets de nos actes sur les autres, proche de l'utilitarisme, mais aussi nourrie de sensibilité.