QuestionsQu'est-ce qui est bien ?Nul ne fait le mal volontairement
Qu'est-ce qui est bien ?La vertu

Nul ne fait le mal volontairement

L'intellectualisme socratique

Socrate v. 470 av. J.-C. · v. 399 av. J.-C.Je sais que je ne sais rien.
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Ce qu'il soutient

Nul ne fait le mal en le sachant mal : tout mal vient d'une ignorance du bien, et la vertu est un savoir. Diogène Laërce, six siècles plus tard, résume la même doctrine : « un seul bien, la science ; un seul mal, l'ignorance ».

Pourquoi

Personne ne veut son propre malheur ni n'agit contre ce qu'il juge meilleur : on fait le mal seulement par ignorance du bien.

En bref

« Nul ne fait le mal volontairement » est un argument de Socrate (Ménon 77b-78b ; Xénophon, Mémorables III, 9, 4-5 (Socrate selon Platon et selon Xénophon)) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la vertu). Sa thèse : Nul ne fait le mal en le sachant mal : tout mal vient d'une ignorance du bien, et la vertu est un savoir. Diogène Laërce, six siècles plus tard, résume la même doctrine : « un seul bien, la science ; un seul mal, l'ignorance ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 2 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Ménon 77b-78b ; Xénophon, Mémorables III, 9, 4-5 (Socrate selon Platon et selon Xénophon)
Valide avec une prémisse implicite

Socrate n'a rien écrit : cette thèse nous est rapportée par deux témoins qui s'accordent. Dans le Ménon, Platon montre Socrate qui fait avouer à Ménon que personne ne veut son propre malheur. Chez Xénophon, Socrate dit que tous choisissent ce qu'ils croient le plus avantageux. De là vient l'idée que faire le mal, c'est se tromper sur le bien, et que la vertu est un savoir. La forme P1..P5 → C est notre reconstruction : aucun des deux témoins n'a écrit l'argument sous cette forme.

P1Personne ne veut être malheureux. (Platon, Ménon)
P2Si quelqu'un désirait un mal en le connaissant comme un mal, il voudrait son propre malheur. Celui qui désire un mal le prend donc pour un bien. (Platon, Ménon)
P3 · prémisse impliciteFaire le mal en le sachant mal, ce serait soit désirer ce mal, soit agir contre ce qu'on juge le meilleur.
P4Personne n'agit contre ce qu'il juge le meilleur : tous choisissent ce qu'ils croient le plus avantageux pour eux. (Xénophon, Mémorables III, 9, 4)
P5Si personne ne fait le mal en le sachant, c'est que bien agir dépend de connaître le bien : la justice et toute autre vertu sont une sagesse. (Xénophon, Mémorables III, 9, 5)
Donc nul ne fait le mal en le sachant mal : tout mal vient d'une ignorance du bien, et la vertu est un savoir. Diogène Laërce, six siècles plus tard, résume la même doctrine : « un seul bien, la science ; un seul mal, l'ignorance ».

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Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'on fait le mal en le sachant mal sans le désirer ni agir contre son jugement, par exemple sous la contrainte : P1, P2 et P4 restent vraies, mais la conclusion tombe.
L'argument est valide : P1 et P2 montrent que personne ne désire un mal qu'il connaît comme tel ; P4 écarte l'autre cas de P3 (agir contre son jugement) ; il reste que faire le mal sciemment est impossible, et P5 en tire que la vertu est un savoir. P3 n'est écrite nulle part : c'est une prémisse ajoutée par charité, qui dit qu'il n'y a pas d'autre manière de faire le mal en connaissance de cause. Le point le plus discuté est P4 : c'est là qu'Aristote attaque.
Analogie. Un conducteur qui passe au rouge croit gagner du temps sans risque, ou n'a pas vraiment compris le danger. Pour Socrate, aucun conducteur ne passerait au rouge en étant sûr que cela le tuera : s'il le fait, c'est qu'il se trompe sur ce qui est bon pour lui.

Objections

2

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Aristote (l'akrasia, faiblesse de la volonté) 335 av. J.-C. · attaque la prémisse 4

Cette thèse contredit les faits. Un homme peut savoir qu'une chose est mauvaise et la faire quand même, emporté par le plaisir ou la colère : avant que la passion le prenne, il ne pensait pas qu'il fallait agir ainsi. Aristote appelle cela l'akrasia. Socrate nie qu'elle existe.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en -335, après sa mort (-399).
Le débat continue (notre résumé) Aristote ne rejette pas tout. Plus loin (VII, 3, 1147b), il explique que celui qui cède à la passion ne possède plus, à cet instant, le savoir au sens plein : il le « récite » comme un homme ivre récite des vers. Il écrit que l'on est alors conduit à « la conclusion que cherchait Socrate ». Le débat reste ouvert : Socrate a-t-il nié l'évidence, ou seulement dit que le vrai savoir ne cède jamais ?
Platon (République, livre IV) 375 av. J.-C. · attaque la prémisse 4

Plus tard, Platon décrit lui-même des hommes dont les désirs les entraînent « contre leur raison ». L'exemple est celui de Léontios, qui désire regarder des cadavres et se déteste de le faire : il se gourmande lui-même. Pour expliquer ce conflit, Platon sépare dans l'âme la raison, le cœur (thumos) et le désir. On y lit souvent un disciple qui corrige son maître.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en -375, après sa mort (-399).
Le débat continue (notre résumé) Les spécialistes lisent ce passage de deux façons. Pour certains, Platon abandonne ici la thèse du Socrate historique, qui faisait de la vertu un pur savoir. Pour d'autres, Platon veut seulement l'enrichir. Cela montre aussi le problème socratique : le Socrate de la République n'est probablement plus celui de l'Apologie.