Le bien est indéfinissable : l'argument de la question ouverte
La question ouverte ; le sophisme naturaliste
« bon » désigne une notion simple et indéfinissable, comme « jaune », qui ne se confond avec aucune propriété naturelle. La confondre avec le plaisir ou le désir, c'est commettre le « sophisme naturaliste ».
Pour toute définition du bien, on peut encore demander « mais est-ce bon ? » ; la question n'est donc pas vide.
« Le bien est indéfinissable : l'argument de la question ouverte » est un argument de G. E. Moore (Principia Ethica, chapitre I, § 6-13 (1903), 1903) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la nature ou la conscience). Sa thèse : « bon » désigne une notion simple et indéfinissable, comme « jaune », qui ne se confond avec aucune propriété naturelle. La confondre avec le plaisir ou le désir, c'est commettre le « sophisme naturaliste ». Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2, P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Qu'est-ce que le bien ? Le plaisir, disent les uns ; ce que nous désirons, disent d'autres. Moore propose un test très simple. Prends n'importe quelle définition, par exemple « bon = agréable ». Puis demande : « c'est agréable, mais est-ce bon ? » La question a un sens, elle reste ouverte. Si « bon » voulait vraiment dire « agréable », ce serait aussi creux que de demander « c'est agréable, mais est-ce agréable ? ». Conclusion de Moore : « bon » ne se définit pas ; c'est une notion simple, comme le jaune. Les vérités sur ce qui est bon en soi ne se démontrent pas : Moore les appelle des « intuitions ». Nous rangeons l'argument dans ce camp parce que, pour Moore, le bien n'est pas un commandement extérieur : il se connaît directement, par l'esprit.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où « bon » et « agréable » n'ont pas le même sens, mais désignent quand même la même propriété, comme « eau » et « H2O » : le bien serait alors une propriété naturelle. Sans P2, il trouve un cas où la question reste ouverte alors que la définition est correcte, simplement parce qu'elle n'est pas évidente.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
CC. H. Langford (le paradoxe de l'analyse) 1942 · attaque la prémisse 2Toute analyse réussie tombe dans un piège : si la définition a exactement le même sens que le mot défini, elle n'apprend rien ; si elle n'a pas le même sens, elle est fausse. Or certaines définitions sont à la fois correctes et instructives. Une question peut donc sembler « ouverte » simplement parce que la bonne définition n'est pas évidente : cela ne prouve pas qu'il n'y en a pas.
Moore répond
Toute analyse réussie tombe dans un piège : si la définition a exactement le même sens que le mot défini, elle n'apprend rien ; si elle n'a pas le même sens, elle est fausse. Or certaines définitions sont à la fois correctes et instructives. Une question peut donc sembler « ouverte » simplement parce que la bonne définition n'est pas évidente : cela ne prouve pas qu'il n'y en a pas.
Hilary Putnam, puis Richard Boyd 1981 · attaque la prémisse 4Moore confond les concepts et les propriétés. « Température » ne veut pas dire « énergie cinétique moyenne des molécules », et pourtant c'est la même chose : la science l'a découvert. De même, « bon » n'a peut-être le même sens qu'aucun mot de la science, sans que cela empêche le bien d'être une propriété naturelle. Ce serait à l'enquête de le découvrir, pas à l'analyse des mots. Boyd (1988) en tire un réalisme moral « naturaliste ».
Moore répond
Moore confond les concepts et les propriétés. « Température » ne veut pas dire « énergie cinétique moyenne des molécules », et pourtant c'est la même chose : la science l'a découvert. De même, « bon » n'a peut-être le même sens qu'aucun mot de la science, sans que cela empêche le bien d'être une propriété naturelle. Ce serait à l'enquête de le découvrir, pas à l'analyse des mots. Boyd (1988) en tire un réalisme moral « naturaliste ».
A. J. Ayer (1936), puis Charles Stevenson 1936 · attaque la conclusionMoore a raison de refuser les définitions naturelles du bien, mais il a tort de faire appel à l'intuition : ce qui semble évident à l'un semble douteux, voire faux, à l'autre, et aucun test ne permet de trancher. Si « bon » ne se définit pas, c'est qu'il ne désigne rien : c'est un pseudo-concept. Dire « tu as eu tort de voler cet argent », c'est seulement dire « tu as volé cet argent » sur un ton de réprobation. C'est l'émotivisme, héritier direct de la question ouverte.
Moore répond
Moore a raison de refuser les définitions naturelles du bien, mais il a tort de faire appel à l'intuition : ce qui semble évident à l'un semble douteux, voire faux, à l'autre, et aucun test ne permet de trancher. Si « bon » ne se définit pas, c'est qu'il ne désigne rien : c'est un pseudo-concept. Dire « tu as eu tort de voler cet argent », c'est seulement dire « tu as volé cet argent » sur un ton de réprobation. C'est l'émotivisme, héritier direct de la question ouverte.