Plusieurs devoirs « à première vue », et le jugement pour trancher
Les devoirs prima facie (à première vue)
La morale n'a pas un seul principe, mais plusieurs devoirs à première vue ; quand ils s'opposent, notre devoir réel se décide par un jugement attentif sur le cas, pas par une formule.
Nous avons plusieurs devoirs distincts, aucun absolu ni réductible à un seul principe : en cas de conflit, il faut juger la situation.
« Plusieurs devoirs « à première vue », et le jugement pour trancher » est un argument de W. D. Ross (The Right and the Good, 1930, ch. II, 1930) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : le devoir). Sa thèse : La morale n'a pas un seul principe, mais plusieurs devoirs à première vue ; quand ils s'opposent, notre devoir réel se décide par un jugement attentif sur le cas, pas par une formule. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Tu as promis à un ami de l'aider à déménager samedi. Samedi matin, ta voisine fait une chute et a besoin qu'on l'emmène aux urgences. Que faire ? Pour l'utilitariste, il suffit de calculer ce qui produit le plus de bien. Pour Kant, certaines règles (tenir sa promesse, ne pas mentir) ne souffrent aucune exception. Le philosophe anglais W. D. Ross, en 1930, trouve que les deux théories sont trop simples. Nous avons plusieurs devoirs différents, chacun vrai « à première vue » (prima facie, en latin) : tenir ses promesses, réparer ses torts, être reconnaissant, être juste, faire du bien, se perfectionner, ne pas nuire. Aucun ne se ramène aux autres, aucun ne gagne toujours. Quand ils entrent en conflit, aucune formule ne décide à notre place : il faut regarder la situation de près et juger lequel est le plus pressant.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où l'utilitarisme et Kant sont faux, mais où un troisième principe unique classe quand même tous les devoirs (par exemple le respect des personnes, ou une liste de priorités fixée d'avance) : alors on n'a plus besoin de juger au cas par cas. C'est ce que cherchent Rawls (des règles de priorité) et Audi (une base kantienne).
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
John Rawls (pas de règle pour trancher) 1971 · attaque la prémisse 5Une théorie comme celle de Ross, que Rawls appelle « intuitionnisme », a plusieurs principes premiers qui peuvent s'opposer, et aucune méthode, aucune règle de priorité pour les départager. Il ne reste qu'à « peser » selon son intuition. Mais deux personnes honnêtes pèseront différemment, et la théorie ne peut pas dire laquelle a raison. Une bonne théorie morale doit chercher à réduire cette part d'intuition, par exemple en classant les principes dans un ordre de priorité.
Ross répond
Une théorie comme celle de Ross, que Rawls appelle « intuitionnisme », a plusieurs principes premiers qui peuvent s'opposer, et aucune méthode, aucune règle de priorité pour les départager. Il ne reste qu'à « peser » selon son intuition. Mais deux personnes honnêtes pèseront différemment, et la théorie ne peut pas dire laquelle a raison. Une bonne théorie morale doit chercher à réduire cette part d'intuition, par exemple en classant les principes dans un ordre de priorité.
John Stuart Mill (un tas de principes sans fondement commun) 1861 · attaque la prémisse 1Bien avant Ross, Mill reproche à l'école « intuitive » de poser plusieurs principes moraux sans les ramener à un premier principe. Pour qu'une telle morale tienne, il faudrait soit un principe fondamental à la racine de tous les autres, soit, s'il y en a plusieurs, un ordre de priorité fixe entre eux. Sans cela, la liste est un simple inventaire : pourquoi ces sept devoirs, et pas six ou douze ? Et rien ne garantit qu'elle soit complète.
Ross répond
Bien avant Ross, Mill reproche à l'école « intuitive » de poser plusieurs principes moraux sans les ramener à un premier principe. Pour qu'une telle morale tienne, il faudrait soit un principe fondamental à la racine de tous les autres, soit, s'il y en a plusieurs, un ordre de priorité fixe entre eux. Sans cela, la liste est un simple inventaire : pourquoi ces sept devoirs, et pas six ou douze ? Et rien ne garantit qu'elle soit complète.
G. E. Moore (l'utilitarisme du bien idéal) 1912 · attaque la prémisse 2Il est évident par soi-même que faire sciemment une action qui rend le monde, au total, pire qu'il n'aurait été si l'on avait agi autrement est toujours mal. Donc aucune règle, ni la promesse ni la justice, ne peut valoir quelles que soient les conséquences : le juste, c'est ce qui produit le meilleur résultat.
Ross répond
Il est évident par soi-même que faire sciemment une action qui rend le monde, au total, pire qu'il n'aurait été si l'on avait agi autrement est toujours mal. Donc aucune règle, ni la promesse ni la justice, ne peut valoir quelles que soient les conséquences : le juste, c'est ce qui produit le meilleur résultat.