QuestionsQu'est-ce qui est bien ?Abraham : la foi au-dessus de la morale ?
Qu'est-ce qui est bien ?La volonté de Dieu

Abraham : la foi au-dessus de la morale ?

Søren Kierkegaard 1813 · 1855La vérité est subjective : il faut faire le saut de la foi.
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Ce qu'il soutient

Ou bien Abraham est un meurtrier, ou bien l'éthique n'est pas ce qu'il y a de plus haut (la foi la « suspend »).

Pourquoi

Abraham ne peut se justifier devant personne, et être prêt à tuer son fils revient à le tuer : l'éthique ne suffit pas à l'expliquer.

En bref

« Abraham : la foi au-dessus de la morale ? » est un argument de Søren Kierkegaard (Crainte et tremblement, Problema I (Johannes de silentio)) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la volonté de dieu). Sa thèse : Ou bien Abraham est un meurtrier, ou bien l'éthique n'est pas ce qu'il y a de plus haut (la foi la « suspend »). Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), la conclusion suit bien de ses 4 prémisses. AskPhilosophy présente 3 objections, dont 0 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Crainte et tremblement, Problema I (Johannes de silentio)
Valide

Johannes de silentio, pseudonyme de Kierkegaard, signe Crainte et tremblement (1843) ; Kierkegaard a demandé qu'on attribue ces mots à Johannes, pas à lui-même. Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils Isaac, et Abraham s'y prépare. Johannes ne prouve pas que Dieu existe et ne dit pas qu'il faut imiter Abraham : il avoue ne pas le comprendre. Il pose un dilemme à ceux qui l'honorent comme « père de la foi » : si la morale est ce qu'il y a de plus haut, Abraham est un meurtrier. Pour sauver Abraham, il faut admettre une « suspension téléologique de l'éthique » : une foi au-dessus de la morale.

P1L'éthique, c'est le général : ce qui vaut pour tous. Un acte n'est moralement justifié que s'il peut se justifier devant tous.
P2Abraham ne peut se justifier devant personne : il ne sauve pas un peuple, ne sert pas l'État (au contraire d'Agamemnon, le « héros tragique »). Il ne peut même pas parler.
P3Être prêt à tuer son fils compte comme le tuer : que l'ange l'arrête au dernier moment ne change rien au jugement.
P4Si l'éthique est ce qu'il y a de plus haut, celui qui veut tuer son fils sans justification morale est un meurtrier.
Donc : ou bien Abraham est un meurtrier, ou bien l'éthique n'est pas ce qu'il y a de plus haut (la foi la « suspend »).

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Valide, sans prémisse cachée. La conclusion n'est pas « Abraham a raison » : c'est un dilemme. Johannes ne choisit pas pour le lecteur. Il dit seulement qu'on ne peut pas, en même temps, tenir la morale pour le plus haut et honorer Abraham. Ceux qui rejettent Abraham (comme Kant) acceptent la première branche ; les croyants qui l'honorent doivent accepter la seconde.
Analogie. Agamemnon sacrifie sa fille pour que la flotte grecque puisse partir : c'est terrible, mais tout le monde comprend pourquoi, il peut l'expliquer. Abraham, lui, n'a aucune raison à donner à personne. Si on lui demande « pourquoi ? », il ne peut répondre que « Dieu me l'a demandé ». Soit cette réponse ouvre quelque chose au-dessus de la morale, soit elle ne vaut rien.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Kant, Le Conflit des facultés 1798 · attaque la conclusion

Je peux être certain qu'il ne faut pas tuer son fils innocent. Je ne peux jamais être certain que la voix qui me l'ordonne vient de Dieu. Abraham aurait donc dû refuser : face à un ordre contraire à la loi morale, on doit conclure que ce n'est pas Dieu qui parle. Kant choisit la première branche du dilemme.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Kierkegaard dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Johannes ne nomme pas Kant et ne le réfute pas. Il pose lui-même la question : si celui qui sort du général « s'est mépris sur la divinité, quel salut reste-t-il ? » (Problema I) ; c'est pourquoi Abraham l'épouvante autant qu'il l'admire. Pour Kant, ce risque suffit à trancher : quand on ne peut pas exclure l'erreur et que tuer un innocent est certainement mal, on doit refuser. Johannes accepte le risque comme le prix de la foi. Le désaccord porte donc sur ce qu'on fait d'une incertitude que les deux reconnaissent.
E
Emmanuel Levinas (textes de 1963 et 1966, repris dans Noms propres, 1976) 1963 · attaque la prémisse 1

L'éthique n'est pas le « général », une règle anonyme qui efface l'individu. Elle commence dans la rencontre avec le visage d'un autre, unique. Et le sommet du récit n'est pas le couteau levé : c'est le moment où Abraham écoute la voix qui le ramène à l'éthique et lui interdit le sacrifice humain.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 1963, après sa mort (1855).
L
Le fanatisme religieux (débat après le 11 septembre 2001) 2001 · attaque la conclusion

Si la foi peut « suspendre » la morale, tout tueur qui dit obéir à Dieu peut se réclamer d'Abraham. Le raisonnement ne donne aucun moyen de distinguer un croyant d'un fanatique.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Pas de réponse possible : objection formulée en 2001, après sa mort (1855).
Le débat continue (notre résumé) Les défenseurs de Kierkegaard répondent que le chevalier de la foi ne peut ni se justifier, ni parler, ni recruter : il agit seul, dans la crainte, et aime Isaac. Mais ils reconnaissent que le livre ne donne aucun critère extérieur pour distinguer la foi de l'égarement : Johannes le dit lui-même.