Søren Kierkegaard
La vérité est subjective : il faut faire le saut de la foi.
Søren Kierkegaard (1813 – 1855, Danemark) : existentialisme. Kierkegaard ne demande pas d'abord « qu'est-ce qui est vrai ? », mais « comment est-ce que je vis ce que je crois ? Sur AskPhilosophy : 5 arguments reconstruits, 7 citations vérifiées mot pour mot dans ses textes originaux et 4 idées reçues examinées ; chaque texte porte un badge d'authenticité (écrit par l'auteur, posthume, notes d'élèves, transmis, apocryphe).
Pourquoi il compte
On le présente souvent comme le père de l'existentialisme, un mot qui n'existait pas encore. L'angoisse, le désespoir, le choix, l'individu face à la foule : Heidegger, Jaspers, Sartre, Camus et de nombreux théologiens (Barth, Tillich) partent de lui. Ses livres pseudonymes sont aussi une expérience littéraire unique : des auteurs inventés, chacun avec sa vision de la vie.
Son époque
Il vit à Copenhague, pendant l'« âge d'or » danois, alors que la philosophie de Hegel domine. Fils d'un riche marchand très pieux, il rompt ses fiançailles avec Regine Olsen en 1841, un événement qui marque toute son œuvre. En 1846, il est moqué par le journal satirique Le Corsaire. À la fin de sa vie, il attaque l'Église officielle du Danemark. Il meurt à 42 ans.
Attention aux pseudonymes
En 1846, dans une courte « Première et dernière explication » signée de son nom, Kierkegaard reconnaît être l'auteur des livres pseudonymes, mais affirme qu'il n'y a pas « un seul mot de lui » dedans, et demande qu'on cite le nom du pseudonyme, pas le sien. Sur ce site, nous le faisons : Johannes de silentio, Johannes Climacus, Anti-Climacus, « A »... sont présentés comme les auteurs de leurs livres.
Ses positions
clique sur une ligne pour voir la preuveChrétien convaincu. À 22 ans, il cherche déjà « ce que Dieu veut » qu'il fasse. Mais il refuse les preuves de Dieu : pour son pseudonyme Johannes Climacus, Dieu n'est pas un objet qu'on démontre, il n'est accessible que dans l'intériorité.
La question ne l'intéresse pas sous cette forme. Ni empiriste ni rationaliste : pour les vérités qui engagent la vie, toute recherche objective n'est qu'une approximation sans fin (Johannes Climacus).
Sur les questions qui engagent l'existence (Dieu, l'immortalité), il n'y a pas de certitude objective, seulement une approximation. Les mathématiques sont certaines, mais cette vérité est « indifférente » pour celui qui existe (Johannes Climacus).
L'homme est une synthèse (fini et infini, temps et éternité, liberté et nécessité), et il est esprit : un soi qui se rapporte à lui-même. Il y a en lui quelque chose d'éternel (Anti-Climacus).
Le désespoir n'est pas un malheur qui nous arrive : chaque instant où l'on désespère, on le « contracte » soi-même, et l'on en est responsable (Anti-Climacus). Toute son œuvre repose sur le choix.
L'éthique vaut pour tous, à chaque instant : elle n'est pas une invention de chacun. Mais Johannes de silentio se demande si la foi peut être au-dessus d'elle (Abraham). Ses Œuvres de l'amour, signées de son nom, ne sont pas encore dans notre corpus.
La foi commence là où la pensée s'arrête (Johannes de silentio). Elle est un risque : si je pouvais saisir Dieu objectivement, je ne croirais pas (Johannes Climacus). Ces deux phrases sont de pseudonymes, mais la plupart des lecteurs y voient aussi la position de Kierkegaard.
Il y a un sens donné (ce que Dieu veut de moi), mais il ne vaut rien tant qu'il n'est pas devenu une « vérité pour moi », pour laquelle je veux vivre et mourir.
Presque personne n'échappe au désespoir, même ceux qui se croient heureux (Anti-Climacus). Mais pouvoir désespérer est aussi la grandeur de l'homme sur l'animal.
Il défend l'« individu » contre la foule et contre l'idée de tout ramener à l'État ou à la société (Johannes de silentio). Mais il pense en croyant, pas en politique, et reste conservateur sur les institutions de son temps.
Une éthique religieuse, ni calcul des conséquences ni simple morale du devoir. Johannes de silentio, en décrivant l'épreuve d'Abraham, écrit que « le devoir est l'expression de la volonté de Dieu ». Ses Œuvres de l'amour, signées de son nom, ne sont pas encore dans notre corpus : ce classement reste provisoire.