Søren Kierkegaard
La vérité est subjective : il faut faire le saut de la foi.
L'amour préférentiel est une forme d'amour de soi ; l'amour véritable est un devoir qui aime chaque homme
L'amour véritable n'est pas l'amour préférentiel : c'est le commandement d'aimer le prochain, un devoir qui vaut pour chaque être humain et qui protège l'amour du changement.
L'amour qui dépend de l'inclination peut cesser et reste un amour de soi ; seul le devoir d'aimer le prochain est à l'abri du changement.
On croit souvent que l'amour le plus haut est celui qu'on éprouve pour une personne unique, l'amoureuse ou l'ami, et que les poètes l'ont bien décrit. Kierkegaard dit le contraire, du point de vue chrétien. L'amour qu'on a pour un être choisi est, selon lui, encore une forme d'amour de soi : on aime en l'autre « un autre moi ». L'amour véritable est celui que l'Évangile commande : « Tu aimeras ton prochain ». C'est un devoir, ce qui paraît étrange. Mais c'est justement ce qui le protège : un sentiment peut changer, un devoir ne change pas. Et le prochain n'est pas quelqu'un de choisi : c'est tout être humain, y compris celui qu'on ne choisirait pas. L'argument est donné ici dans son cadre : une morale chrétienne, où tous les humains sont égaux devant Dieu.
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Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un monde où l'amour véritable existe, où il n'est pas protégé du changement, et où pourtant tout le reste est vrai : par exemple un amour sincère qui s'éteint avec le temps et qui n'en est pas moins vrai pendant qu'il dure.
Objections
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TTheodor W. Adorno 1939 · attaque la conclusionDans « On Kierkegaard's Doctrine of Love » (1939), Adorno résume le livre et lui reproche son abstraction. À force d'insister sur le commandement et sur la généralité du prochain, dit-il, l'objet de l'amour devient, en exagérant, indifférent : ce qui compte, ce sont les qualités de celui qui aime. Il juge que cet amour frôle l'insensibilité et résume : il demande d'aimer tous les hommes comme s'ils étaient morts.
Kierkegaard répond
Dans « On Kierkegaard's Doctrine of Love » (1939), Adorno résume le livre et lui reproche son abstraction. À force d'insister sur le commandement et sur la généralité du prochain, dit-il, l'objet de l'amour devient, en exagérant, indifférent : ce qui compte, ce sont les qualités de celui qui aime. Il juge que cet amour frôle l'insensibilité et résume : il demande d'aimer tous les hommes comme s'ils étaient morts.
Arthur Schopenhauer 1844 · attaque la prémisse 1Dans la « Métaphysique de l'amour sexuel » (Le Monde comme volonté et comme représentation, II, chap. 44), Schopenhauer explique autrement le choix d'un être précis. Quand deux amoureux se scrutent du regard, ce qui s'y joue est, dit-il, « la méditation du génie de l'espèce sur l'individu qui peut naître d'eux ». Ce qui est décidé par leurs amours, c'est « la composition de la génération suivante ». Pour lui, l'amour préférentiel n'est donc pas un amour de soi : c'est un travail de l'espèce, et non du moi.
sans réponse
Dans la « Métaphysique de l'amour sexuel » (Le Monde comme volonté et comme représentation, II, chap. 44), Schopenhauer explique autrement le choix d'un être précis. Quand deux amoureux se scrutent du regard, ce qui s'y joue est, dit-il, « la méditation du génie de l'espèce sur l'individu qui peut naître d'eux ». Ce qui est décidé par leurs amours, c'est « la composition de la génération suivante ». Pour lui, l'amour préférentiel n'est donc pas un amour de soi : c'est un travail de l'espèce, et non du moi.
Emmanuel Kant 1785 · attaque la prémisse 3Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, Kant lit lui aussi le commandement d'aimer son prochain, même son ennemi. Mais il objecte : l'amour comme inclination ne peut pas être commandé. Ce qui peut l'être, c'est de faire du bien par devoir, même sans inclination, et même contre une aversion naturelle : un amour « pratique », qui est dans la volonté, et non « pathologique », qui est dans le penchant de la sensibilité. Si l'amour devient un devoir, ce que le devoir protège du changement serait donc la bienveillance, pas la tendresse.
Kierkegaard répond
Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, Kant lit lui aussi le commandement d'aimer son prochain, même son ennemi. Mais il objecte : l'amour comme inclination ne peut pas être commandé. Ce qui peut l'être, c'est de faire du bien par devoir, même sans inclination, et même contre une aversion naturelle : un amour « pratique », qui est dans la volonté, et non « pathologique », qui est dans le penchant de la sensibilité. Si l'amour devient un devoir, ce que le devoir protège du changement serait donc la bienveillance, pas la tendresse.