Le spectateur impartial : se juger avec les yeux d'un tiers
Le spectateur impartial ; l'homme intérieur ; le petit doigt et le tremblement de terre en Chine
Notre jugement moral sur nous-mêmes, et notre capacité de préférer la justice à notre intérêt, viennent du regard du spectateur impartial que nous portons en nous.
Notre petit doigt nous touche plus que cent millions d'inconnus ; ce qui nous rend justes, c'est le regard d'un juge intérieur impartial.
« Le spectateur impartial : se juger avec les yeux d'un tiers » est un argument d'Adam Smith (Smith, Théorie des sentiments moraux, 1759 (éd. de 1777), III, chap. 2) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la nature ou la conscience). Sa thèse : Notre jugement moral sur nous-mêmes, et notre capacité de préférer la justice à notre intérêt, viennent du regard du spectateur impartial que nous portons en nous. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un homme de bonne volonté, en Europe, apprend qu'un tremblement de terre vient d'engloutir la Chine avec ses millions d'habitants. Il dira sa tristesse, puis il dînera et dormira tranquillement. Mais s'il devait perdre son petit doigt demain, il ne fermerait pas l'œil de la nuit. Pourtant, personne n'accepterait de sacrifier cent millions d'inconnus pour son petit doigt. Qu'est-ce qui nous retient ? Pour Adam Smith, ce n'est pas la bienveillance, trop faible. C'est le regard d'un « spectateur impartial » que nous portons en nous : nous nous voyons comme le ferait un tiers sans lien avec nous. Ce juge intérieur, formé par la vie en société, corrige l'amour de soi et nous fait préférer la justice à notre intérêt.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où l'on agit avec générosité sans que ce soit à cause de la bienveillance ni d'un spectateur : par exemple par respect d'une loi morale que la raison pure donne.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
David Hume (la difficulté qu'il pose à toute morale de la sympathie) 1739 · attaque la prémisse 4Hume, qui fonde lui aussi la morale sur la sympathie, se pose la difficulté : nous sympathisons plus avec nos proches qu'avec des inconnus, plus avec nos compatriotes qu'avec des étrangers. Pourtant nous donnons la même approbation aux mêmes qualités morales en Chine et en Angleterre. Si l'estime venait de la sympathie, elle devrait varier comme elle. (Hume répond lui-même par les « points de vue généraux ».)
un défenseur répond
Hume, qui fonde lui aussi la morale sur la sympathie, se pose la difficulté : nous sympathisons plus avec nos proches qu'avec des inconnus, plus avec nos compatriotes qu'avec des étrangers. Pourtant nous donnons la même approbation aux mêmes qualités morales en Chine et en Angleterre. Si l'estime venait de la sympathie, elle devrait varier comme elle. (Hume répond lui-même par les « points de vue généraux ».)
Emmanuel Kant (les sentiments ne fondent pas la loi) 1785 · attaque la prémisse 5Kant refuse de fonder la morale sur un sentiment moral ou sur la sympathie. Les sentiments diffèrent à l'infini par leur degré et ne fournissent pas une mesure uniforme du bien et du mal ; et personne n'a le droit de juger les autres d'après ses propres sentiments. La loi morale doit venir de la raison pure.
sans réponse
Kant refuse de fonder la morale sur un sentiment moral ou sur la sympathie. Les sentiments diffèrent à l'infini par leur degré et ne fournissent pas une mesure uniforme du bien et du mal ; et personne n'a le droit de juger les autres d'après ses propres sentiments. La loi morale doit venir de la raison pure.
Adam Smith lui-même (la coutume corrompt le jugement) 1759 · attaque la prémisse 4Smith reconnaît que la coutume peut établir comme permises et sans reproche des actions qui choquent les principes les plus clairs du bien et du mal. Il cite l'exposition des nouveau-nés, admise dans presque toutes les cités grecques, même à Athènes. Le spectateur que nous portons en nous peut donc être faussé par les habitudes de notre société.
sans réponse
Smith reconnaît que la coutume peut établir comme permises et sans reproche des actions qui choquent les principes les plus clairs du bien et du mal. Il cite l'exposition des nouveau-nés, admise dans presque toutes les cités grecques, même à Athènes. Le spectateur que nous portons en nous peut donc être faussé par les habitudes de notre société.