« Le vol est mal » ne décrit rien : c'est un cri d'indignation
L'émotivisme
« voler est mal » n'est ni vrai ni faux. C'est comme dire « Tu as volé cet argent ! » sur un ton d'indignation : on exprime une émotion et on cherche à la faire partager.
« Voler est mal » n'ajoute aucun fait à « tu as volé » et n'est pas vrai par définition ; ces mots expriment des sentiments.
« « Le vol est mal » ne décrit rien : c'est un cri d'indignation » est un argument d'Alfred Jules Ayer (Langage, vérité et logique, ch. VI (1936), 1936) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la morale en question). Sa thèse : « voler est mal » n'est ni vrai ni faux. C'est comme dire « Tu as volé cet argent ! » sur un ton d'indignation : on exprime une émotion et on cherche à la faire partager. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P5). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Quand je dis « tu as eu tort de voler cet argent », est-ce que j'apprends quelque chose de plus à quelqu'un que « tu as volé cet argent » ? Pour Ayer, non. Le mot « tort » ne décrit aucun fait de plus : il montre mon indignation, comme un ton de voix ou des points d'exclamation. Les jugements moraux ne sont donc ni vrais ni faux. Ils expriment des émotions et cherchent à en faire naître chez les autres. Ayer ne dit pas que la morale est sans importance : il dit qu'elle n'est pas une connaissance.
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Sans la prémisse implicite : Sans P5, l'ordinateur trouve un cas où « voler est mal » n'est ni vrai ni faux, a bien un rôle, mais ce rôle n'est pas d'exprimer une émotion : par exemple donner un ordre valable pour tous (« ne volez pas »). C'est la piste de Hare, plus bas, et Ayer lui-même dit que certains mots moraux ont l'effet d'un ordre.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
PPeter Geach (le problème de Frege-Geach) 1965 · attaque la conclusionPrenons ce raisonnement : « S'il est mal de tourmenter le chat, il est mal de pousser ton petit frère à le faire. Or il est mal de tourmenter le chat. Donc il est mal de pousser ton petit frère à le faire. » Il est valide. Mais dans la première phrase, « il est mal de tourmenter le chat » n'exprime aucune indignation : on peut l'accepter sans désapprouver quoi que ce soit. Si le sens de la phrase était seulement un cri, elle n'aurait pas le même sens dans les deux prémisses, et le raisonnement ne tiendrait plus. Or il tient. Une phrase garde le même contenu, qu'on l'affirme ou non.
Ayer répond
Prenons ce raisonnement : « S'il est mal de tourmenter le chat, il est mal de pousser ton petit frère à le faire. Or il est mal de tourmenter le chat. Donc il est mal de pousser ton petit frère à le faire. » Il est valide. Mais dans la première phrase, « il est mal de tourmenter le chat » n'exprime aucune indignation : on peut l'accepter sans désapprouver quoi que ce soit. Si le sens de la phrase était seulement un cri, elle n'aurait pas le même sens dans les deux prémisses, et le raisonnement ne tiendrait plus. Or il tient. Une phrase garde le même contenu, qu'on l'affirme ou non.
G. E. Moore (objection rapportée par Ayer) 1922 · attaque la conclusionSi un jugement moral ne faisait qu'exprimer ce que ressent celui qui parle, on ne pourrait plus se disputer sur les valeurs. Celui qui dit « l'économie est une vertu » et celui qui répond « c'est un vice » ne se contrediraient pas : chacun dirait seulement ce qu'il ressent. Or il est évident que nous nous disputons sur les valeurs.
Ayer répond
Si un jugement moral ne faisait qu'exprimer ce que ressent celui qui parle, on ne pourrait plus se disputer sur les valeurs. Celui qui dit « l'économie est une vertu » et celui qui répond « c'est un vice » ne se contrediraient pas : chacun dirait seulement ce qu'il ressent. Or il est évident que nous nous disputons sur les valeurs.
RR. M. Hare 1952 · attaque la prémisse 5Les mots moraux ne servent pas d'abord à exprimer des émotions mais à guider l'action : « tu dois dire la vérité » est une sorte d'ordre, et un ordre qui vaut pour tous ceux qui sont dans la même situation, y compris moi. Cela permet de raisonner en morale : si je refuse d'appliquer ma règle à moi-même, je me contredis. Un simple cri d'indignation n'a pas cette logique.
Ayer répond
Les mots moraux ne servent pas d'abord à exprimer des émotions mais à guider l'action : « tu dois dire la vérité » est une sorte d'ordre, et un ordre qui vaut pour tous ceux qui sont dans la même situation, y compris moi. Cela permet de raisonner en morale : si je refuse d'appliquer ma règle à moi-même, je me contredis. Un simple cri d'indignation n'a pas cette logique.