QuestionsQu'est-ce qui est bien ?Mieux vaut subir l'injustice que la commettre
Qu'est-ce qui est bien ?La vertu

Mieux vaut subir l'injustice que la commettre

Le paradoxe de l'injustice subie

Socrate v. 470 av. J.-C. · v. 399 av. J.-C.Je sais que je ne sais rien.
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Ce qu'il soutient

Il vaut mieux subir l'injustice que la commettre.

Pourquoi

Commettre une injustice est un mal plus grave pour celui qui la commet que pour celui qui la subit.

En bref

« Mieux vaut subir l'injustice que la commettre » est un argument de Socrate (Platon, Apologie de Socrate, 28b, 30c-d (Socrate selon Platon)) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la vertu). Sa thèse : Il vaut mieux subir l'injustice que la commettre. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Platon, Apologie de Socrate, 28b, 30c-d (Socrate selon Platon)
Valide avec une prémisse implicite

Dans l'Apologie, Socrate prévient ses juges : en le condamnant à tort, ils se feront plus de mal qu'à lui. C'est la version de Platon. Classement : nous le rangeons dans « La vertu », parce que ce qui compte ici est l'état de celui qui agit (devenir injuste), pas les suites de l'acte. La même idée est développée dans le Gorgias et le Criton, que nous n'avons pas encore dans notre corpus ; ici nous nous en tenons à l'Apologie. La forme P1, P2, P3 → C est notre reconstruction.

P1Un homme de bien ne peut pas être vraiment lésé par un homme moins bon que lui : on peut le faire condamner à mort, à l'exil ou à la perte de ses droits, mais ce ne sont pas là, pour Socrate, de grands maux.
P2Commettre une injustice est un mal bien plus grave pour celui qui la commet : en faisant périr un innocent, les accusateurs se font à eux-mêmes un tort bien plus grand.
P3 · prémisse impliciteQuand on doit choisir, la seule chose à considérer est de savoir si l'on agit justement ou injustement. Si l'un des deux maux n'en est pas vraiment un et l'autre en est un, on doit préférer le premier.
Donc il vaut mieux subir l'injustice que la commettre.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où subir ne nuit pas, commettre nuit, et pourtant on aurait raison de commettre l'injustice (par exemple parce que l'intérêt prime). Les deux prémisses ne suffisent pas à elles seules.
L'argument est valide : si subir l'injustice ne nuit pas vraiment (P1) et si la commettre nuit à celui qui la commet (P2), alors, d'après P3, il vaut mieux la subir. La force de l'argument tient à P1, qui change le sens de « mal » : seul est un vrai mal ce qui abîme l'âme. Beaucoup refusent ce déplacement. Et Socrate parle ici pour lui-même, devant des juges qui peuvent le condamner à mort.
Analogie. Deux enfants : l'un est volé de son goûter, l'autre vole celui de son camarade. Le premier a perdu un goûter. Le second est devenu quelqu'un qui vole. Pour Socrate, le second a perdu bien plus.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Thrasymaque (Platon, République, livre I) 375 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Thrasymaque, un sophiste, soutient l'inverse : si les gens blâment l'injustice, c'est parce qu'ils ont peur de la subir, pas de la commettre. L'injustice, poussée assez loin, est plus forte, plus libre, plus avantageuse que la justice. Commettre l'injustice ne fait pas de mal à celui qui la commet.

Socrate répond
Socrate Socrate (selon Platon, République I)
Socrate conclut, après sa discussion avec Thrasymaque, que le juste vit bien et est donc heureux, et que l'injuste est malheureux. Il n'est donc pas vrai que l'injustice soit plus avantageuse que la justice.
Le débat continue (notre résumé) Socrate lui-même juge sa victoire incomplète : à la fin du livre I, il avoue ne pas savoir ce qu'est la justice et donc ne pas savoir si elle rend heureux. La suite de la République (livres II à IX) cherche à construire la preuve. L'argument du livre I repose sur l'idée que la justice est la vertu de l'âme, que Thrasymaque n'a accordée qu'à regret.
Machiavel (Le Prince, XV) 1532 · attaque la prémisse 1

Il y a un tel écart entre la façon dont on vit et celle dont on devrait vivre que celui qui néglige ce qui se fait pour ce qui devrait se faire apprend plutôt sa ruine que sa conservation. Un homme qui veut se montrer bon en tout périt au milieu de tant de méchants. Pour Machiavel, perdre le pouvoir, l'exil ou la mort sont de vrais maux, et la bonté qui y conduit est une erreur (notre résumé de sa position).

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en 1532, après sa mort (-399).
Le débat continue (notre résumé) Machiavel écrit presque deux mille ans après Socrate, il ne peut pas lui répondre. Ce que dit Socrate dans l'Apologie (28b) va dans l'autre sens : un homme de valeur ne doit pas calculer ses chances de vivre ou de mourir, seulement regarder si ce qu'il fait est juste ou injuste. Cela ne réfute pas Machiavel, cela montre que les deux hommes ne parlent pas de la même chose : l'un compte la survie, l'autre l'état de l'âme.
Aristote (Éthique à Nicomaque, VII, 13) 335 av. J.-C. · attaque la prémisse 1

Dire qu'un homme de bien reste heureux sur la roue de torture, ou dans les plus grands malheurs, n'a aucun sens. Le bonheur demande aussi les biens du corps, les biens extérieurs et un peu de chance : ce qu'on subit peut donc vraiment nuire, même à un homme juste.

sans réponse
Pas de réponse possible : objection formulée en -335, après sa mort (-399).
Le débat continue (notre résumé) Aristote écrit après la mort de Socrate et ne le nomme pas ici. Le désaccord porte sur le mot « nuire » : pour Aristote, le malheur abîme une vie bonne ; pour le Socrate de l'Apologie, seul ce qui rend l'âme injuste est un vrai mal. Les stoïciens reprendront plus tard la position de Socrate.