Détourner le tramway : un mort plutôt que cinq
Le dilemme du tramway
Le conducteur a le droit, et même le devoir, de détourner le tramway vers la voie où il ne tuera qu'une personne.
Quand toutes les issues font du mal, on choisit celle qui en fait le moins : cinq morts sont un plus grand mal qu'un seul.
« Détourner le tramway : un mort plutôt que cinq » est un argument de Philippa Foot (Foot, « The Problem of Abortion and the Doctrine of the Double Effect » (1967) ; Thomson (1976, 1985), 1967) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : les conséquences). Sa thèse : Le conducteur a le droit, et même le devoir, de détourner le tramway vers la voie où il ne tuera qu'une personne. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 3 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Un tramway fou dévale une pente. Sur la voie, cinq ouvriers ne pourront pas s'écarter. Le conducteur peut encore actionner l'aiguillage et prendre une autre voie, où travaille un seul ouvrier. Philippa Foot a inventé cette histoire en 1967 pour tester nos règles morales, et presque tout le monde répond la même chose : il faut tourner. Mais pourquoi ? La réponse la plus simple est celle des conséquences : quand toutes les issues font des morts, il faut choisir celle qui en fait le moins, et cinq vies valent plus qu'une. Le cas paraît facile ; c'est en le comparant à d'autres (le juge, le chirurgien, le gros homme sur la passerelle) qu'il devient l'une des énigmes les plus célèbres de la philosophie. Attention : Foot elle-même ne défend pas l'idée qu'il faut toujours compter les vies. Pour elle, le conducteur doit tourner parce qu'il va de toute façon tuer quelqu'un, et qu'il doit alors faire le moins de mal possible.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un monde où le conducteur suit la règle du moindre mal, mais où la mort de cinq n'est pas un plus grand mal que la mort d'un seul. Alors rien n'oblige à tourner. C'est la position de John Taurek : pour lui, chaque personne perd tout autant, et on devrait tirer à pile ou face.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Judith Jarvis Thomson (le gros homme) 1985 · attaque la prémisse 2Vous êtes sur une passerelle au-dessus de la voie. Le tramway fonce vers cinq ouvriers. À côté de vous, un homme très gros est penché sur la rambarde : si vous le poussez, son corps arrêtera le tramway. Un mort au lieu de cinq, exactement comme à l'aiguillage. Si la règle du moindre mal valait partout, il faudrait le pousser. Or tous ceux à qui Thomson a posé la question répondent que c'est interdit. Même chose pour le chirurgien qui découperait un patient en bonne santé pour donner ses organes à cinq malades. Il faut donc expliquer pourquoi le nombre décide à l'aiguillage et pas ailleurs.
Foot répond
Vous êtes sur une passerelle au-dessus de la voie. Le tramway fonce vers cinq ouvriers. À côté de vous, un homme très gros est penché sur la rambarde : si vous le poussez, son corps arrêtera le tramway. Un mort au lieu de cinq, exactement comme à l'aiguillage. Si la règle du moindre mal valait partout, il faudrait le pousser. Or tous ceux à qui Thomson a posé la question répondent que c'est interdit. Même chose pour le chirurgien qui découperait un patient en bonne santé pour donner ses organes à cinq malades. Il faut donc expliquer pourquoi le nombre décide à l'aiguillage et pas ailleurs.
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JJohn Taurek 1977 · attaque la prémisse 3Les morts ne s'additionnent pas. Si cinq personnes meurent, chacune perd sa vie, mais personne ne subit une perte cinq fois plus grande que celle que subirait l'homme seul. Il n'y a donc pas de raison de préférer les cinq à l'un. Pour donner à chacun la même chance, Taurek propose de tirer à pile ou face, et il le ferait même s'il s'agissait de cinquante personnes contre une.
Foot répond
Les morts ne s'additionnent pas. Si cinq personnes meurent, chacune perd sa vie, mais personne ne subit une perte cinq fois plus grande que celle que subirait l'homme seul. Il n'y a donc pas de raison de préférer les cinq à l'un. Pour donner à chacun la même chance, Taurek propose de tirer à pile ou face, et il le ferait même s'il s'agissait de cinquante personnes contre une.
CCritique des dilemmes de laboratoire 1967 · attaque la prémisse 1Dans la vraie vie, on n'est jamais sûr de rien : l'ouvrier seul pourrait s'écarter, le tramway dérailler, le gros homme ne pas suffire. Foot le reconnaît elle-même : les certitudes que supposent les philosophes n'existent presque jamais. P1 (« il n'y a pas de troisième issue ») n'est vraie que dans une histoire inventée. Nos réponses au dilemme pourraient donc dépendre de ce que nous imaginons en plus de l'histoire, et non de principes moraux.
Foot répond
Dans la vraie vie, on n'est jamais sûr de rien : l'ouvrier seul pourrait s'écarter, le tramway dérailler, le gros homme ne pas suffire. Foot le reconnaît elle-même : les certitudes que supposent les philosophes n'existent presque jamais. P1 (« il n'y a pas de troisième issue ») n'est vraie que dans une histoire inventée. Nos réponses au dilemme pourraient donc dépendre de ce que nous imaginons en plus de l'histoire, et non de principes moraux.