Commander à la nature en lui obéissant
Chercher à connaître les causes de la nature, pour étendre le pouvoir du genre humain sur elle, est la plus noble des ambitions humaines.
Là où la cause est inconnue, on ne peut produire l'effet : savoir et pouvoir se rejoignent, et on ne commande la nature qu'en lui obéissant.
« Commander à la nature en lui obéissant » est un argument de Francis Bacon (Novum Organum, I, 3 et I, 129 (1620)) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : les conséquences). Sa thèse : Chercher à connaître les causes de la nature, pour étendre le pouvoir du genre humain sur elle, est la plus noble des ambitions humaines. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P4). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 1 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
Pour Bacon, savoir et pouvoir vont ensemble : on ne produit un effet que si l'on connaît sa cause. « Obéir » à la nature, c'est apprendre ses lois ; c'est ainsi qu'on peut ensuite s'en servir. L'imprimerie, la poudre et la boussole ont changé la face du monde plus qu'aucun empire. Bacon en tire un jugement moral : chercher ce savoir est la plus noble des ambitions, parce que ses bienfaits vont à tout le genre humain, pour toujours, sans faire de tort à personne. Classement : l'argument juge une action à la quantité de bien qu'elle produit pour tous, d'où le camp des conséquences ; Bacon n'est pas pour autant un « utilitariste » avant l'heure, sa morale reste chrétienne.
clique sur une prémisse pour la rejeter
Sans la prémisse implicite : Sans P4, l'ordinateur trouve un cas où le savoir donne du pouvoir, où ses bienfaits sont universels et sans tort, mais où la noblesse d'une action ne se mesure pas au bien qu'elle fait (par exemple si seule compte l'intention, ou le respect d'un devoir) : la conclusion ne suit plus.
Objections
3Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.
Objection anticipée par Bacon attaque la prémisse 3Les arts et les sciences servent aussi la méchanceté et le luxe : ils ne sont donc pas sans danger.
Bacon répond
Les arts et les sciences servent aussi la méchanceté et le luxe : ils ne sont donc pas sans danger.
Rousseau 1750 · attaque la prémisse 3Ce n'est pas un mauvais usage accidentel. Partout et toujours, les mœurs se sont corrompues à mesure que les sciences et les arts progressaient : ils naissent de l'oisiveté et nourrissent le luxe. Le progrès du savoir n'a rien ajouté à notre bonheur réel.
sans réponse
Ce n'est pas un mauvais usage accidentel. Partout et toujours, les mœurs se sont corrompues à mesure que les sciences et les arts progressaient : ils naissent de l'oisiveté et nourrissent le luxe. Le progrès du savoir n'a rien ajouté à notre bonheur réel.
Hans Jonas 1979 · attaque la prémisse 3Le programme de Bacon a trop bien réussi. Le pouvoir de l'homme sur la nature est devenu si grand que ses effets, même voulus pour le bien, menacent la nature et les générations futures. Le danger ne vient plus d'un mauvais usage, mais du succès lui-même. Il faut une éthique de la responsabilité, qui mette des limites à ce pouvoir.
sans réponse
Le programme de Bacon a trop bien réussi. Le pouvoir de l'homme sur la nature est devenu si grand que ses effets, même voulus pour le bien, menacent la nature et les générations futures. Le danger ne vient plus d'un mauvais usage, mais du succès lui-même. Il faut une éthique de la responsabilité, qui mette des limites à ce pouvoir.