Je hais les indifférents
Chacun doit rendre compte de ce qu'il a fait et surtout de ce qu'il n'a pas fait : l'indifférent n'est pas innocent.
L'indifférence n'est pas neutre : le mal vient moins de quelques-uns qui agissent que de l'abstention du grand nombre, qui pouvait agir.
« Je hais les indifférents » est un argument d'Antonio Gramsci (« Indifferenti », La città futura, 11 février 1917) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : les conséquences). Sa thèse : Chacun doit rendre compte de ce qu'il a fait et surtout de ce qu'il n'a pas fait : l'indifférent n'est pas innocent. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.
À 25 ans, Gramsci écrit un texte court et dur. Pour lui, rester à l'écart ne laisse pas le monde tel qu'il est : cela le laisse aux mains de ceux qui agissent. Ce qui arrive, le mal comme le bien, vient moins de l'initiative de quelques-uns que de la masse qui laisse faire. Puis, une fois le malheur arrivé, les indifférents se plaignent comme des innocents éternels. Le texte réclame que chacun rende compte de ce qu'il a fait, et surtout de ce qu'il n'a pas fait. Nous rangeons l'argument du côté des conséquences, parce qu'il juge l'abstention à ses effets ; mais Gramsci parle aussi de « devoir », et le rangement reste approximatif.
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Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'abstention de la masse cause le mal, mais où un individu précis n'aurait rien pu changer ou n'était pas informé : il ne serait pas responsable.
Objections
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Érasme, Du libre arbitre 1524 · attaque la prémisse 3Érasme écrit qu'il prend si peu de plaisir aux affirmations tranchées qu'il se rangerait volontiers à l'avis des sceptiques, partout où l'Écriture et l'Église le permettent. Il parle d'une question de théologie, pas de politique. Mais l'objection se généralise : quand on ne sait pas qui a raison, suspendre son jugement est une position défendable, et prendre parti trop vite peut faire du mal.
Gramsci répond
Érasme écrit qu'il prend si peu de plaisir aux affirmations tranchées qu'il se rangerait volontiers à l'avis des sceptiques, partout où l'Écriture et l'Église le permettent. Il parle d'une question de théologie, pas de politique. Mais l'objection se généralise : quand on ne sait pas qui a raison, suspendre son jugement est une position défendable, et prendre parti trop vite peut faire du mal.
LL'objection de la goutte d'eau attaque la prémisse 3Une seule personne ne change presque jamais l'issue. Si je m'étais engagé, ce qui est arrivé serait arrivé quand même : pourquoi serais-je responsable de ce que je n'aurais pas pu empêcher ?
Gramsci répond
Une seule personne ne change presque jamais l'issue. Si je m'étais engagé, ce qui est arrivé serait arrivé quand même : pourquoi serais-je responsable de ce que je n'aurais pas pu empêcher ?
LL'objection du parti pris attaque la conclusionObliger chacun à prendre parti pousse aux camps et au fanatisme. On peut avoir de bonnes raisons de ne choisir aucun camp, ou de se tromper de camp. Le texte dit « partisan » sans dire pour qui.
sans réponse
Obliger chacun à prendre parti pousse aux camps et au fanatisme. On peut avoir de bonnes raisons de ne choisir aucun camp, ou de se tromper de camp. Le texte dit « partisan » sans dire pour qui.