QuestionsQu'est-ce qui est bien ?Je hais les indifférents
Qu'est-ce qui est bien ?Les conséquences

Je hais les indifférents

Antonio Gramsci 1891 · 1937Le pouvoir repose sur l'hégémonie culturelle, pas seulement la force.
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Ce qu'il soutient

Chacun doit rendre compte de ce qu'il a fait et surtout de ce qu'il n'a pas fait : l'indifférent n'est pas innocent.

Pourquoi

L'indifférence n'est pas neutre : le mal vient moins de quelques-uns qui agissent que de l'abstention du grand nombre, qui pouvait agir.

En bref

« Je hais les indifférents » est un argument d'Antonio Gramsci (« Indifferenti », La città futura, 11 février 1917) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : les conséquences). Sa thèse : Chacun doit rendre compte de ce qu'il a fait et surtout de ce qu'il n'a pas fait : l'indifférent n'est pas innocent. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

« Indifferenti », La città futura, 11 février 1917
Valide avec une prémisse implicite

À 25 ans, Gramsci écrit un texte court et dur. Pour lui, rester à l'écart ne laisse pas le monde tel qu'il est : cela le laisse aux mains de ceux qui agissent. Ce qui arrive, le mal comme le bien, vient moins de l'initiative de quelques-uns que de la masse qui laisse faire. Puis, une fois le malheur arrivé, les indifférents se plaignent comme des innocents éternels. Le texte réclame que chacun rende compte de ce qu'il a fait, et surtout de ce qu'il n'a pas fait. Nous rangeons l'argument du côté des conséquences, parce qu'il juge l'abstention à ses effets ; mais Gramsci parle aussi de « devoir », et le rangement reste approximatif.

P1L'indifférence n'est pas neutre : elle agit dans l'histoire, passivement, mais elle agit.
P2Ce qui arrive, et le mal qui s'abat sur tous, n'est pas tant dû à l'initiative de quelques-uns qui agissent qu'à l'indifférence, à l'absentéisme du grand nombre.
P3 · prémisse impliciteSi l'abstention du grand nombre contribue au mal et que chacun pouvait agir autrement, alors chacun répond de son abstention comme d'un acte.
Donc chacun doit rendre compte de ce qu'il a fait et surtout de ce qu'il n'a pas fait : l'indifférent n'est pas innocent.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P3, l'ordinateur trouve un cas où l'abstention de la masse cause le mal, mais où un individu précis n'aurait rien pu changer ou n'était pas informé : il ne serait pas responsable.
Valide avec P3. P1 et P2 décrivent un fait : l'indifférence de la masse produit des effets. Pour en conclure que chacun est responsable, il faut P3, qui passe du collectif à l'individu et suppose que chacun pouvait agir. Presque toutes les objections visent ce passage.
Analogie. Dans un village, une maison brûle et tout le monde regarde depuis sa fenêtre. L'incendie gagne parce que personne n'a pris un seau. Chaque voisin dit : « Seul, je n'aurais rien changé. » Gramsci répond : c'est la somme de ces phrases qui a laissé brûler le village.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Érasme, Du libre arbitre 1524 · attaque la prémisse 3

Érasme écrit qu'il prend si peu de plaisir aux affirmations tranchées qu'il se rangerait volontiers à l'avis des sceptiques, partout où l'Écriture et l'Église le permettent. Il parle d'une question de théologie, pas de politique. Mais l'objection se généralise : quand on ne sait pas qui a raison, suspendre son jugement est une position défendable, et prendre parti trop vite peut faire du mal.

Gramsci répond
Gramsci Gramsci ne cite pas Érasme, mais vise une attitude voisine
Il décrit ceux qui proposent de très belles solutions restées infécondes : leur contribution à la vie collective n'est animée d'aucune lueur morale, elle vient d'une curiosité intellectuelle et non d'un sens aigu de la responsabilité historique, qui veut tous les hommes actifs et n'admet aucune forme d'agnosticisme ni d'indifférence.
Le débat continue (notre résumé) Gramsci vise ceux qui voient clair et ne s'engagent pas ; Érasme doute sur des points obscurs. Le même texte reproche pourtant aux indifférents leur « scepticisme » : pour Gramsci, le doute ne dispense pas d'agir. Reste la question que le texte ne règle pas : qui décide qu'une cause est assez claire pour exiger l'engagement ?
L
L'objection de la goutte d'eau attaque la prémisse 3

Une seule personne ne change presque jamais l'issue. Si je m'étais engagé, ce qui est arrivé serait arrivé quand même : pourquoi serais-je responsable de ce que je n'aurais pas pu empêcher ?

Gramsci répond
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Gramsci Ce que le texte reproche aux indifférents (même paragraphe)
Personne ou presque ne se reproche son indifférence, son scepticisme, ni de ne pas avoir donné ses bras et son activité aux groupes de citoyens qui combattaient précisément pour éviter ce mal.
Le débat continue (notre résumé) Gramsci ne prétend pas qu'un seul engagement aurait tout changé. Il déplace la question : on n'agit pas seul, on rejoint des groupes qui, eux, peuvent changer l'issue. L'objecteur peut répondre que rejoindre un groupe reste une goutte d'eau, et que chacun a intérêt à laisser les autres s'engager à sa place. Le passage du collectif à la responsabilité de chacun reste le point que l'objection attaque.
L
L'objection du parti pris attaque la conclusion

Obliger chacun à prendre parti pousse aux camps et au fanatisme. On peut avoir de bonnes raisons de ne choisir aucun camp, ou de se tromper de camp. Le texte dit « partisan » sans dire pour qui.

sans réponse
résumé : son texte n'est pas encore dans notre corpus
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Gramsci dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Dans le texte de 1917, Gramsci parle depuis son camp, « la cité future » que son camp construit. Il ne donne aucun critère pour distinguer un bon parti d'un mauvais : il demande de prendre parti, pas de bien choisir.