QuestionsQu'est-ce qui est bien ?La volonté de Dieu est la règle suprême de la justice
Qu'est-ce qui est bien ?La volonté de Dieu

La volonté de Dieu est la règle suprême de la justice

Le volontarisme de Calvin ; « il est loi à soi-même »

Jean Calvin 1509 · 1564Théologien de la Réforme : tout être humain porte en lui un sens naturel du divin.
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Ce qu'il soutient

La volonté de Dieu est la règle suprême de la justice : il n'y a pas de bien plus haut qu'elle, devant lequel Dieu devrait répondre, et on ne peut pas juger ses décrets comme on juge ceux d'un homme.

Pourquoi

Rien n'est plus haut que la volonté de Dieu pour la juger : ce qu'il veut est donc juste parce qu'il le veut.

La même idée à travers l'histoire
Jean Calvin1559Calvin écrit ce passage en répondant à ceux qui jugent la prédestination cruelle : pourquoi Dieu condamne-t-il des hommes qui n'ont pas encore agi ? Il refuse de chercher une raison plus haute que la volonté de Dieu, mais il refuse aussi l'idée d'un Dieu « sans loi ». Il écrit en latin en 1559, puis en français en 1560.
Guillaume d'Ockham1320Ockham dit que Dieu pourrait commander n'importe quoi qui n'est pas contradictoire. Calvin va moins loin : il rejette expressément la « puissance absolue » des théologiens de l'école et dit que la volonté de Dieu est pure de tout vice.
En bref

« La volonté de Dieu est la règle suprême de la justice » est un argument de Jean Calvin (Institution de la religion chrétienne, III, 23, 2 (éd. latine 1559, française 1560), 1559) sur la question « Qu'est-ce qui est bien ? » (réponse : la volonté de dieu). Sa thèse : La volonté de Dieu est la règle suprême de la justice : il n'y a pas de bien plus haut qu'elle, devant lequel Dieu devrait répondre, et on ne peut pas juger ses décrets comme on juge ceux d'un homme. Selon la vérification logique d'AskPhilosophy (solveur Z3), l'argument est valide à condition d'admettre une prémisse que l'auteur ne formule pas (P2, P3). AskPhilosophy présente 3 objections, dont 2 avec une réponse documentée, et le texte original de chaque prémisse, vérifié mot pour mot.

Institution de la religion chrétienne, III, 23, 2 (éd. latine 1559, française 1560)
Valide avec une prémisse implicite

Calvin répond à un reproche ancien : si Dieu a choisi d'avance qui sera sauvé et qui sera perdu, n'est-il pas un tyran ? Sa réponse est radicale. On ne peut pas demander pourquoi Dieu a voulu cela, car il n'y a rien de plus haut que sa volonté pour l'expliquer ou la juger. Sa volonté est la règle de la justice, pas son sujet. Mais Calvin ajoute une précision : Dieu n'est pas « sans loi ». Sa volonté est pure de tout vice, et c'est elle qui est la loi de toutes les lois. Il ne dit donc pas que Dieu pourrait vouloir n'importe quoi.

P1La volonté de Dieu est la cause de tout ce qui existe. Si elle avait elle-même une cause, cette cause serait avant elle, ce qu'il n'est pas permis d'imaginer. On ne peut donc rien trouver de plus haut que la volonté de Dieu.
P2 · prémisse impliciteUne norme de justice à laquelle Dieu devrait se conformer serait quelque chose de plus haut que sa volonté.
P3 · prémisse impliciteS'il n'y a aucune norme au-dessus de la volonté de Dieu, alors c'est elle qui est la règle de la justice : ce qu'il veut doit être tenu pour juste parce qu'il le veut.
P4Cette volonté n'est pourtant pas sans loi : elle est pure de tout vice, règle souveraine de perfection, et Dieu est loi à lui-même. Calvin rejette pour cette raison la « puissance absolue » des théologiens de l'école.
Donc la volonté de Dieu est la règle suprême de la justice : il n'y a pas de bien plus haut qu'elle, devant lequel Dieu devrait répondre, et on ne peut pas juger ses décrets comme on juge ceux d'un homme.

clique sur une prémisse pour la rejeter

Si tu acceptes toutes les prémisses, la logique t'oblige à accepter la conclusion. Le débat porte donc sur les prémisses.
Vérifié par un solveur logique : impossible que toutes les prémisses soient vraies et la conclusion fausse.
Sans la prémisse implicite : Sans P2 et P3, l'ordinateur trouve un cas où rien n'est au-dessus de la volonté de Dieu et où pourtant la justice a un fondement autre que cette volonté : par exemple la nature de Dieu lui-même, qui n'est pas une cause extérieure à sa volonté.
L'argument est valide avec les deux prémisses cachées. P1 dit qu'aucune cause n'est au-dessus de la volonté de Dieu ; P2 fait de toute norme supérieure une telle cause ; donc il n'y a pas de norme supérieure, et par P3 la volonté divine est la règle suprême. P4 empêche d'en tirer que cette volonté serait arbitraire. Les objections visent P2 (une norme que Dieu suit serait-elle vraiment au-dessus de lui, ou dans sa nature ?) et la conclusion (pourquoi louer un Dieu dont la bonté n'est que ce qu'il veut ?).
Analogie. Dans un pays, la loi suprême est la Constitution : on ne peut pas demander à quelle loi plus haute elle obéit, car elle fixe ce qui est légal. Calvin dit : la volonté de Dieu est la Constitution de l'univers. Mais il précise que ce n'est pas la fantaisie d'un despote, parce que cette volonté est pure de tout vice.

Objections

3

Chaque objection est une conversation : clique pour voir qui répond, et où en est le débat.

Leibniz (Discours de métaphysique) 1686 · attaque la conclusion

Dire que les choses ne sont bonnes par aucune règle de bonté, mais par la seule volonté de Dieu, détruit tout l'amour de Dieu et toute sa gloire. Pourquoi le louer de ce qu'il a fait s'il serait aussi louable en faisant le contraire ? Que reste-t-il de sa justice et de sa sagesse s'il n'y a qu'un pouvoir despotique, où la volonté tient lieu de raison et où, comme dans la définition des tyrans, est juste ce qui plaît au plus puissant ?

Calvin répond
Calvin (dans le même paragraphe) 1560 · Calvin avait écarté d'avance la « puissance absolue »
Calvin dit dans le passage même qu'il ne soutient pas l'idée d'un Dieu sans loi : Dieu est loi à lui-même, et sa volonté, pure de tous vices et règle souveraine de perfection, est la loi de toutes les lois. Il appelle « profane » la puissance absolue des théologiens papistes. La volonté de Dieu n'est donc pas, pour lui, un pouvoir sans mesure, mais la perfection même.
Leibniz (Théodicée) 1710
Leibniz lit Calvin lui-même. Calvin a reconnu, dit-il, que les décrets de Dieu sont conformes à la justice et à la sagesse, même si les raisons de cette conformité nous sont inconnues. « Ainsi, selon lui, les règles de la bonté et de la justice sont antérieures aux décrets de Dieu. » Leibniz tire donc Calvin vers le camp opposé au volontarisme, contre la lecture que suggère la formule « d'autant qu'il le veut ».
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : tout le débat est de savoir si dire que la volonté de Dieu est « pure de tout vice » revient à reconnaître une norme du bien avant elle. Calvin répond que non, car cette pureté est la nature même de Dieu. Leibniz juge que oui, et que Calvin pense au fond comme les autres théologiens. Les interprètes de Calvin restent partagés.
Platon (le dilemme d'Euthyphron) 399 av. J.-C. · attaque la prémisse 2

Le saint est-il aimé des dieux parce qu'il est saint, ou est-il saint parce qu'il est aimé des dieux ? Si Dieu veut le bien parce qu'il est bien, il y a une norme avant sa volonté. S'il est bien parce que Dieu le veut, alors rien n'oblige Dieu à vouloir le bien, et « Dieu est juste » n'apprend rien. (Voir l'argument « Le dilemme d'Euthyphron ».)

un défenseur répond
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Robert Adams défenseur de l'argument · 1999 · Réponse moderne : la norme est dans la nature de Dieu, non dans sa volonté
Adams (Finite and Infinite Goods, 1999) place la norme du bien dans la nature de Dieu : être bon, c'est ressembler à Dieu. Selon l'exposé de Mark Murphy, cette vue est théocentrique sans être volontariste pour le bien ; chez Adams, seule l'obligation dépend des commandements de Dieu. Le rapprochement avec le « loi à soi-même » de Calvin est le nôtre. (Voir l'argument d'Adams.)
voir l'argument
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : la discussion est toujours ouverte. Les défenseurs disent que la nature de Dieu arrête la série des raisons sans arbitraire ; les critiques disent que l'arbitraire est seulement déplacé, de sa volonté vers sa nature.
Kant (Fondation de la métaphysique des mœurs) 1785 · attaque la conclusion

Pour reconnaître le Saint de l'Évangile comme saint, il faut d'abord le comparer à notre idéal de perfection morale. Notre concept de Dieu comme souverain bien vient de l'idée de perfection morale que la raison forme a priori. Le jugement moral précède donc la connaissance de la volonté de Dieu, et ne peut pas en dépendre.

sans réponse
Nous n'avons pas encore relevé de réponse directe de Calvin dans ses textes.
Le débat continue (notre résumé) Kant pose la question de la connaissance : comment saurions-nous qu'une volonté est sainte sans critère moral préalable ? Calvin écrit dans le même passage que nous ne sommes pas « juges idoines ni compétents » pour prononcer sur cette matière selon notre sens, ce que Kant conteste pour la morale. Nous n'avons pas trouvé de réponse de défenseurs de Calvin visant ce texte de Kant.
Où en est le débat (notre résumé)Notre résumé : pour Kant, la morale est connue par la raison avant toute révélation. Pour Calvin, le jugement humain est trop abîmé pour juger Dieu. Les deux positions ne s'accordent pas, et la discussion porte sur ce que la raison peut connaître du bien.